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Netanyahou, premier ministre corrompu: les accusations d’un ancien du Mossad

publié le 06/12/2025 par Marc Lefevre

Soupçons financiers, crypto-monnaies et omerta d’État, les révélations s’accumulent et de lourds soupçons financiers entourent le clan Netanyahou, tandis que les autorités israéliennes… restent silencieuses

 Mis en examen dans trois affaires

Depuis des années, la scène judiciaire et médiatique israélienne est accaparée par les affaires judiciaires de Benjamin Netanyahou. Ayant été mis en examen dans trois affaires où il est soupçonné d’abus de confiance, de corruption et de trafic d’influence, le Premier ministre est appelé depuis des mois, et malgré l’état de guerre, à comparaître régulièrement devant les juges plusieurs fois par semaine.

Le déballage de questions sur les caisses de champagne et les boîtes de cigares fournies régulièrement par son ami, le producteur hollywoodien Arnon Milchan, fait les délices des médias. Les éventuelles contreparties qu’il aurait accordées alimentent encore ces débats.
Les témoignages concernant des tentatives auprès du milliardaire Sheldon Adelson pour orienter la presse israélienne alimentent aussi les commentaires. Ils renforcent l’idée d’une volonté de Netanyahou et de ses partisans d’affaiblir la démocratie israélienne.

Une action judiciaire pour abus de confiance et possibles trafics d’influence est sujette à l’absence de matérialité de certaines preuves et est fragile par nature. Il est alors facile pour Netanyahou de jouer les victimes et de se présenter comme l’objet d’un acharnement judiciaire déclenché par ses adversaires politiques. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la demande incongrue transmise au président de l’État, Yitzhak Herzog, d’une grâce judiciaire pour un mis en examen qui n’a pas été jugé et qui s’obstine à se déclarer innocent.

Un ancien du Mossad dénonce

Mais face à ces affaires judiciaires incertaines et relativement fragiles, un ancien du Mossad témoigne régulièrement dans les médias israéliens sur les soupçons qui cernent Netanyahou dans des affaires de beaucoup plus grande ampleur.
Oudi Levy est lieutenant-colonel et a été responsable pendant plusieurs années de l’unité spéciale du Mossad en charge des enquêtes sur les trafics financiers internationaux qui financent la corruption politique et le terrorisme.

Dans le cadre de ses fonctions, le département du Trésor américain avait informé Oudi Levy dès 2015 qu’une enquête de corruption avait été lancée contre Benjamin Netanyahou à la demande du président des États-Unis. Informé par ses services, Benjamin Netanyahou, qui était Premier ministre à l’époque, a préféré « tuer le messager » et fermer l’unité de recherche anticorruption du Mossad.

Au centre des accusations : la famille Netanyahou

Après avoir démissionné en 2017, Oudi Levy a poursuivi ses investigations grâce à ses contacts internationaux. Il dit recevoir encore des informations confidentielles. Il alimente régulièrement les médias israéliens d’opposition avec des informations potentiellement explosives : flux financiers opaques, autorisations sensibles accordées au Qatar, investissements dissimulés en crypto-monnaies.
Mais les institutions israéliennes — fiscales, policières ou judiciaires — ne réagissent pas. Aucune enquête d’envergure n’a été déclenchée.

Les accusations les plus graves visent le rôle de la famille du Premier ministre. Selon ces éléments, ce ne serait pas Netanyahou lui-même qui toucherait de l’argent, mais son cercle intime : son épouse, son fils Yair et, plus indirectement, son fils Avner.

Transferts occultes et “projet Raven”

Les soupçons incluent un transfert de 15 millions de dollars vers le Likoud ou vers Netanyahou lui-même, mentionné dans les documents du « projet Raven », une opération de renseignement des Émirats arabes unis lancée contre le Qatar avec l’aide d’anciens membres américains de la NSA. Ces informations auraient été corroborées par plusieurs sources : un ancien enquêteur français, l’ex-chef de l’autorité anti-blanchiment en Jordanie, un général qatari et des responsables émiratis.

Autorisation de ventes sensibles au Qatar, un matériel retrouvé chez le Hamas

Une autre accusation porte sur des décisions prises par Netanyahou, lorsqu’il était ministre des Finances puis Premier ministre, pour autoriser des ventes de technologies avancées au Qatar. Des documents saisis à Gaza durant la dernière opération militaire montrent que certaines caméras sophistiquées, vendues par des entreprises israéliennes aux Qataris, ont atterri entre les mains du Hamas. Elles seraient indirectement responsables de la mort de plusieurs soldats israéliens.

Crypto-monnaies : la piste d’un blanchiment familial pour des centaines de millions de dollars

Une part importante de la fortune présumée de la famille Netanyahou aurait été convertie en crypto-actifs, via Amatzia Ben-Artzi, le frère de Sarah Netanyahou, et ses enfants. Le témoignage sous serment d’un associé de la société Brencore décrit un circuit structuré : provenance de l’argent, conversion en crypto et valorisation aujourd’hui estimée à plusieurs centaines de millions de dollars.

Yair Netanyahou, “intermédiaire” et bénéficiaire présumé

Plusieurs témoignages et documents cités accusent Yair Netanyahou d’être impliqué « jusqu’au cou » dans QatarGate. Ils le placent aux côtés de Jonathan Urich, Eli Feldstein et Yisrael Einhorn, les trois chargés de communication du bureau du Premier ministre déjà inculpés. Il aurait perçu des commissions du Qatar, agissant comme partenaire à part entière. Il serait aussi devenu un « agent commercial » pour des sociétés israéliennes de cybersécurité cherchant à traiter avec le Qatar.

Selon ces informations, Yair aurait également fait transiter des fonds au Royaume-Uni via une liste de trente intermédiaires. Il aurait collaboré avec Brock Pierce, figure de la crypto à Porto Rico, pour gérer de vastes actifs numériques.

Un appartement secret à Londres

Le deuxième fils, Avner Netanyahou, aurait acheté un appartement en Grande-Bretagne sous un faux nom, « Avraham Segal », grâce à un passeport utilisé de manière frauduleuse. L’information a été confiée à une étudiante israélienne à Londres. L’argent ne viendrait pas de la famille, mais d’un tiers non identifié.

ThyssenKrupp : un dossier allemand étouffé

Les autorités allemandes détiendraient un dossier complet sur un pot-de-vin destiné à Israël dans l’affaire des sous-marins ThyssenKrupp. En 2017, le gouvernement Netanyahou avait annoncé son intention de commander à l’Allemagne trois sous-marins supplémentaires, contre l’avis du ministère de la Défense. Des proches de Netanyahou auraient été impliqués. Le dossier aurait ensuite été enterré après des pressions exercées sur Angela Merkel.

Enfin, des personnes impliquées dans le transfert d’espèces via le pont Allenby affirment qu’une partie des fonds contenus dans les valises qataries n’est jamais parvenue à Gaza — sans que l’on sache à qui a profité le reste.

Pourquoi personne n’enquête

Malgré la gravité des soupçons, aucune enquête israélienne sérieuse n’a été menée. Les services compétents — police, parquet, Shin Bet — se sont tenus à distance du dossier. Le champ d’investigation de QatarGate reste limité aux trois assistants israéliens, sans jamais convoquer Yair Netanyahou.

Plusieurs raisons sont avancées. Harcelées et fragilisées par les attaques incessantes du clan Netanyahou, les autorités judiciaires ne souhaitent pas déclencher de nouvelles batailles avec le sommet de l’État. Certains détenteurs d’informations au sein des organes de sécurité brûlent de révéler ce qu’ils savent, mais redoutent d’être poursuivis pour ces informations sensibles et de passer du statut d’enquêteur à enquêté : « la première question des enquêteurs serait : comment les avez-vous obtenues ? », explique Oudi Levy.

Un climat d’Omerta

À cela s’ajoute un climat général d’omerta : selon ces sources, de nombreux responsables politiques dans le monde auraient eux aussi bénéficié de pots-de-vin liés au Qatar, créant un système de silence mutuel. En Allemagne, aux États-Unis ou en Suisse, des enquêtes auraient été freinées pour des raisons politiques ou diplomatiques. Certains membres du Mossad ou du Shin Bet, qui détiendraient des informations compromettantes, seraient liés par des accords de confidentialité ou paralysés par la peur.

Le temps joue aussi contre d’éventuelles enquêtes : les registres suisses retraçant des mouvements importants de crypto-monnaies associés à la famille Netanyahou en 2017 devraient être effacés en 2027.

Ouvrir la boite de pandore

Les révélations d’Oudi Levy ne sont reprises qu’avec prudence par l’opposition politique à Benjamin Netanyahou. Ouvrir la boîte de Pandore peut générer des effets collatéraux indésirables pour certains chefs de l’opposition. Le gendarme Trump veille dès qu’il s’agit de corruption à grande échelle. En attendant, Benjamin Netanyahou peut continuer à jouer les victimes. Et demander une grâce présidentielle


LE TEMOIGNAGE D’OUDI LEVY


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