Netanyahou-Trump: couple au bord de la crise de nerfs
Netanyahou frappe le Hamas en pleine négociation. Pour Trump, furieux, Israël, l’allié privilégié, pourrait devenir un partenaire encombrant
Un raid israélien qui provoque la fureur de la Maison-Blanche
Samedi 13 décembre, à 14h49 heure locale, un missile israélien frappe Gaza, éliminant Raad Saad, numéro deux du Hamas dans l’enclave palestinienne. Problème : les Américains, pourtant partenaires clés d’Israël, n’ont été informés de l’opération que vingt minutes plus tard, à 15h09. Une non-concertation qui a provoqué la fureur de la Maison Blanche, selon des informations révélées par la presse israélienne.
Mais c’est surtout le timing de cette frappe qui interroge. Israël justifie son action par la découverte d’une bombe dissimulée sous une route, ayant blessé deux de ses soldats. Pourtant, cette opération intervient au moment même où les négociateurs mandatés par Donald Trump discutent avec le Hamas des conditions de la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu. Pour Washington, le message est clair : cette élimination vise moins le Hamas que le président américain lui-même.
Netanyahou affirme une politique « ferme et indépendante »
Le lendemain de l’attaque, Benjamin Netanyahou a tenu à rappeler que la politique de riposte israélienne face aux menaces terroristes resterait « ferme et indépendante ». Une déclaration qui s’adresse autant à l’opinion publique israélienne, mal à l’aise avec le contrôle américain sur le cessez-le-feu à Gaza, qu’au public américain.
Pour les équipes de Trump, cette liquidation ciblée est perçue comme un défi direct. Les discussions sur la « phase deux » du cessez-le-feu s’enlisent, notamment sur deux points cruciaux : le désarmement du Hamas, objet de déclarations contradictoires, et la création d’une force internationale d’interposition, que les pays consultés refusent d’envisager, par crainte de voir leurs soldats musulmans engagés dans une confrontation armée avec le Hamas.
Le blocage
Ces négociations butent sur un obstacle de taille : l’implication de l’Autorité palestinienne. Sans elle, ni désarmement ni reconstruction de Gaza ne pourront être mis en œuvre. Or, Netanyahou refuse catégoriquement de lui laisser un rôle, par calcul politique intérieur. Un choix qui risque de le mettre en confrontation directe avec Trump, dont les émissaires, Steve Witkoff et Jared Kushner, avaient pourtant misé sur la dynamique d’un cessez-le-feu pour relancer le processus de paix.
Israël et les États-Unis : des divergences stratégiques
Les tensions entre les deux alliés ne se limitent pas à Gaza. Trump a clairement signifié son opposition à toute annexion de la Cisjordanie par Israël. Par ailleurs, alors que Washington considère le régime syrien comme un facteur de stabilité, Israël multiplie les incursions en territoire syrien, comme celle de Beit Jinn, où six soldats israéliens ont été blessés. Un message sans équivoque : Israël n’entend pas se retirer des territoires conquis depuis la chute du régime Assad.
L’avertissement américain
Un document de 33 pages, publié en décembre par les États-Unis, détaille les nouvelles orientations stratégiques de l’administration Trump. Il y est question du « partage du fardeau » entre alliés et de la frustration américaine face à des partenaires dont les actions contrarient les intérêts des États-Unis. Pour Washington, la stabilité au Moyen-Orient est cruciale, notamment dans la perspective d’une confrontation avec la Chine. Or, cette stabilité passe par des avancées sur la question palestinienne, une condition posée par l’Arabie saoudite et ses alliés.
Netanyahou à Washington : rendez-vous sous haute tension
Benjamin Netanyahou est attendu fin décembre aux États-Unis pour une série de rencontres. Au menu : non seulement les questions de sécurité, mais aussi l’avenir politique et économique du Moyen-Orient. Si le Premier ministre israélien vient chercher des garanties militaires à court terme, sans s’engager sur des solutions politiques à long terme, les échanges risquent d’être tendus. Car Trump, malgré sa méthode transactionnelle, pourrait bien perdre patience face à un Israël perçu comme un obstacle à ses intérêts stratégiques.
Un pari risqué pour Israël
En jouant sur l’impatience de Trump et en évitant les détails, Netanyahou gagne peut-être du temps. Mais à long terme, Israël pourrait bien passer du statut d’allié privilégié à celui de partenaire encombrant. La question palestinienne, une fois de plus, s’impose comme le nœud gordien des relations entre Israël et les États-Unis.
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