Nicaragua: Brooklyn Rivera, leader indigène, meurt en prison
Sous le régne de Daniel Ortega, la grande révolution sandiniste s’est muée en machine répressive
Faible, titubant et émacié
Le leader indigène Brooklyn Rivera est mort le 30 mai 2026 à l’âge de 73 ans. L’État nicaraguayen cachait ce militant politique dans une de ses geôles, ne révélant qu’une photographie de lui, faible, titubant et émacié quelques jours avant que les mauvais traitements ne l’achèvent. Sa famille réclamait des nouvelles depuis son interpellation il y a près de 32 mois, au retour d’un congrès sur les droits des indigènes de l’ONU qui avait irrité le gouvernement sandiniste. Incarcéré sans procès, il a vu son sort reproduit sur sept de ses proches, coupables d’avoir osé demander sa dépouille pour l’enterrer auprès des siens.
Un visage de la lutte indigène brisé
Rivera était un défenseur du peuple Miskito, une communauté indigène du Nicaragua. Il luttait pour l’autonomie de sa région et le respect des droits culturels et fonciers de son peuple. Son parti politique, le Yatama, a été également interdit par les autorités. Sa disparition endeuille tous les militants indigènes d’Amérique latine et marque la fin d’une époque, dans un pays où pourtant le pouvoir se veut au service du peuple.
De la révolution sandiniste à la dynastie Ortega
Ce drame illustre la dérive du pouvoir central de l’autocrate Daniel Ortega et de sa femme la vice-présidente Rosario Murillo, au pouvoir depuis 2007. Leurs huit enfants portent des titres de « conseillers présidentiels » et ont fait main basse sur tous les secteurs de l’économie, grâce à l’argent détourné du pétrole. Ce couple présidentiel a trahi la révolution sandiniste, porteuse en 1979 de promesses de liberté et d’émancipation. Les guérilleros avaient chassé le dictateur Somoza, homme-lige des Américains dans le pays, à l’issue d’une guerre civile de plusieurs mois qui a provoqué plus de 40 000 morts, notamment à cause de la répression.
Un État policier obsédé par le contrôle de l’information
Le Front sandiniste promettait la justice sociale. Or, comme dans Tintin et les Picaros, pouvoir change de main mais pas de nature : Ortega pourchasse ses opposants, interdit toute opposition et mène une politique néolibérale. Les prisons se remplissent de dissidents, les juges condamnent les étudiants contestataires et les journalistes tandis que l’État confisque les biens des exilés. Radio Stereo Romance, l’une des stations de radio les plus renommées du sud du Nicaragua, a été réduite au silence le 8 mai 2026.
Le Nicaragua occupe la 172e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse. Au moins 276 journalistes ont été contraints à l’exil depuis 2018 et 58 médias ont été fermés. Plus de 345 000 Nicaraguayens ont déposé une demande d’asile à l’étranger, fuyant la répression et les difficultés économiques (principalement vers le Costa Rica et les États-Unis). Un paradoxe apparaît : sans eux, l’économie s’effondrerait, car 30% du PIB nicaraguayen vient des envois de fonds de l’étranger.
Église bâillonnée, nationalités confisquées
Le gouvernement a retiré la nationalité à des centaines de citoyens, coupables d’opposition. Son régime n’hésite pas à s’en prendre à l’Eglise catholique, pourtant première foi dans le pays : l’évêque Rolando José Álvarez Lagos a été condamné à 20 ans de prison en 2023, avant d’être expulsé vers le Vatican l’année suivante.
La Moskitia livrée aux colons et aux prédateurs
Les populations indigènes, déjà marginalisées, sont les premières victimes de ces pratiques autoritaires. Les dirigeants sandinistes favorisent des intérêts économiques. Des colons envahissent les forêts de la Moskitia, chassant les habitants de leur terre ancestrale. Les sandinistes ont beau revendiquer une rhétorique anti-impérialiste, ils pratiquent aujourd’hui sans vergogne un colonialisme interne. La dynastie Ortega contrôle l’économie nationale et en pille largement les ressources. La mort de Rivera symbolise cet échec de la révolution, qui a fini par dévorer ses enfants.
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