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Noël en Ukraine : le cadeau empoisonné de la paix

publié le 18/12/2025 par Jean-Paul Mari

Qui peut sauver l’Ukraine ? Qui peut empêcher la tenaille Poutine-Trump de se refermer ?

Trump a un plan, précis, écrit en 28 points. Très bien écrit même, puisqu’il a été rédigé par Moscou. Et transmis par Vladimir Poutine au petit télégraphiste Steve Witkoff, l’envoyé spécial du président américain, comme lui un négociateur issu de l’immobilier, qui ne cesse de faire la navette entre Washington et Moscou. 

Le plan original n’est rien moins qu’un ultimatum pour une capitulation quasiment sans condition. En substance, le Donbass aux Russes, plus Kherson et Zaporijia, une armée ukrainienne réduite à l’état de nain militaire, pas d’entrée dans l’OTAN, la levée des sanctions pour la Russie, le déblocage des avoirs gelés partagés entre Trump et Poutine, assorti de vagues, très vagues garanties de sécurité pour l’avenir. Et, à terme, un Zelensky qui tombe, discrédité par cette reddition sans honneur, vite remplacé par un gouvernement plus « coopératif ».

Voilà une affaire rondement menée entre Moscou et Washington. Sans les Ukrainiens bien sûr, quantité négligeable. Et dehors les Européens ! Puisqu’on sait que Moscou considère que l’Europe n’existe pas. Un agrégat de petits pays sans consistance qu’un Trump, officiellement hostile, voit, lui, comme des gêneurs en pleine déliquescence.

Devant la levée de boucliers, Witkoff, qui ne parle ni valeurs ni droit international mais, selon une méthode très trumpienne – rapport de force, coûts, bénéfices et sortie de crise – propose maintenant de geler la crise au lieu de la régler, avec l’acceptation d’un statu quo territorial de facto, sans calendrier de restitution.

Toute cette logique, brutale, repose sur un postulat « cognitif » : la Russie est militairement conquérante, elle ne cesse d’avaler du terrain ukrainien, la fin est programmée, Kiev, à bout de forces, n’a plus le choix. Allons ! Soyons réalistes et raisonnables ! Ne reste plus qu’à refermer la tenaille diplomatique Trump-Poutine qui écrase Zelensky, l’Ukrainien. Ce n’est plus un accord de paix mais un contrat dicté par des gangsters qui vous mettent le couteau sous la gorge. Sauf que…

En un an de combats sanglants, l’armée russe n’a conquis que 0,9 % de nouveau territoire ukrainien. Une toute petite avancée par rapport aux 20 % pris au début de l’invasion russe. Certes, le peuple ukrainien est usé par la guerre, ses enfants morts ou mutilés, les bombardements incessants de civils, les hivers sans chauffage, sans électricité, et l’exil de sa jeunesse. Peu d’Ukrainiens – 24 % – sont encore partisans d’une « guerre longue jusqu’à une victoire complète ». Mais une grande majorité -71 % – refusent pourtant de mettre la crosse en l’air en cédant le Donbass aux Russes. 

Chaque mètre de terrain défendu, creusé de lignes de défense ukrainiennes, est baigné du sang de trop de martyrs. Et puis chacun, en Ukraine, sait bien qu’aucun accord de paix mal ficelé, sans garanties solides extérieures, n’arrêtera l’insatiable maître du Kremlin. Le président Zelensky en est cosncient : son peuple et l’armée ne lui pardonneraient pas ce qui ressemblerait à un crime de haute trahison.

Alors il faut gagner du temps, en tentant d’écarter les mâchoires de la tenaille. D’abord en rappelant les principes quand Zelensky affirme qu’il n’a ni le droit légal ni le droit moral d’accepter de céder une part du territoire national. En conservant une armée nationale réelle de 800 000 hommes pour assurer la sécurité. En proposant la démilitarisation du Donbass sous surveillance internationale. Le sort de la Crimée ? Sous le tapis. On verra plus tard ! Et, côté européen, en promettant une intégration à la communauté dès 2027. Le tout avec des garanties sur la sécurité du pays, écrites et solides. La pierre angulaire serait l’organisation d’un référendum pour valider le tout… à condition qu’un cessez-le-feu durable permette la tenue d’un scrutin dans un pays écrasé jusqu’ici sous un feu d’enfer.

Qui peut sauver l’Ukraine ? Qui peut empêcher cette tenaille de se refermer ? Peut-être, paradoxalement, son meilleur ennemi : Vladimir Poutine. Il parle peu, mais ne cède rien, jamais. Et ce n’est pas le massacre de ses hommes, traités comme de la vulgaire chair à canon, qui peut l’émouvoir. À l’heure du compromis, nul doute que l’homme de fer, rigide, brutal mais inébranlable, rappellera ses conditions initiales : tout, tout de suite.

Inacceptable ? Sans doute. Trump lui-même peut multiplier les ultimatums, il ne pourra jamais imposer une reddition sans conditions. L’Europe continuera à en appeler à la diplomatie et au bon sens. L’Ukraine pliera en essayant de ne pas rompre. Et, sur le terrain, on continuera à se battre dans la boue et le sang, pour chaque pouce de terrain, 
En sachant que ce Noël dans les tranchées n’apportera pas la paix tant attendue.


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