Avraham Zarbiv, le sulfureux rabbin en bulldozer blindé
Avraham Zarbiv s’est rendu célèbre en Israël en se vantant de démolir des maisons à Gaza puis en en aplatissant d’autres dans le sud du Liban
Photo : Le rabbin Avraham Zarbiv s’est filmé en train de démolir des bâtiments palestiniens à Gaza tout en récitant des versets religieux.
Ce rabbin controversé, réserviste au sein de l’armée israélienne, fait partie des 14 personnes honorées “pour leur contribution extraordinaire à la société et à l’État” à l’occasion du 78e anniversaire de l’indépendance d’Israël, déplore “The Guardian”.
Le mardi 21 avril, c’est un rabbin extrémiste connu pour raser des logements de civils à Gaza qui [a porté] un flambeau lors des célébrations de l’indépendance d’Israël, un rôle qui prouve que le génocide est désormais officiellement “l’esprit de la nation”, dénoncent les défenseurs des droits humains.
Avraham Zarbiv compte parmi les 14 personnes choisies pour leur “contribution extraordinaire à la société et à l’État”, aux côtés d’un scientifique, d’un chef étoilé au Michelin, d’une star de la médecine, de membres des forces de sécurité et de chefs d’entreprise.
“On va vous écraser et vous détruire”
Zarbiv, un réserviste qui pilote un bulldozer blindé, a été rendu célèbre par des vidéos qui décrivent sa campagne personnelle de destruction à Gaza et sont souvent accompagnées d’une rhétorique incendiaire. “Il ne vous restera rien, déclare-t-il en voix off dans l’une d’elles, alors que la caméra filme un paysage de bâtiments détruits. On va vous écraser et vous détruire.”
Ces images ont tellement circulé sur les réseaux sociaux que son nom est entré dans le lexique de l’argot hébreu. “De zarbiv” est maintenant synonyme de “détruire”, un néologisme que l’homme de 54 ans revendique d’ailleurs, au point d’en faire le titre d’une conférence qu’il a donnée au début de l’année.
À travers ce choix de mettre en avant Zarbiv lors de la cérémonie, les autorités approuvent officiellement la déshumanisation des Palestiniens et la destruction systématique de leur existence, selon le groupe de défense des droits humains B’Tselem. “Ce choix adresse un message sans ambiguïté aux citoyens d’Israël et au monde entier : en Israël, le génocide, le nettoyage ethnique et les crimes de guerre constituent l’esprit de la nation”, déplore l’organisation.
“Israël a perdu ses valeurs et sa conscience”
La ministre des Transports, Miri Regev, a dit avoir sélectionné Zarbiv parce qu’il serait une double source d’“inspiration”, en tant que rabbin et militaire, “entre le livre et l’épée”. Avec cette reconnaissance officielle, il devient plus difficile pour l’État hébreu de rejeter les accusations de génocide et d’incitation au génocide formulées par les tribunaux internationaux, souligne le quotidien Ha’Aretz.
“Un pays qui décide de mettre à l’honneur quelqu’un qui est devenu le symbole de la destruction de Gaza affirme aux yeux du monde qu’il considère que ses valeurs et lui-même méritent le respect et qu’ils représentent l’État, critique le journal dans un éditorial. Zarbiv mérite effectivement d’allumer un flambeau le jour de l’Indépendance : non parce qu’il est digne d’honneur, mais parce qu’Israël a perdu ses valeurs, son sens moral et sa conscience.”
Zarbiv a effectué de nombreuses périodes de réserves en tant que conducteur d’un bulldozer blindé D9 à Gaza, et il a été envoyé dans le sud du Liban pour des missions de destruction du même type. En janvier 2025, il s’est vanté de démolir “50 maisons par semaine” à Gaza. “Ils ne trouveront rien, s’ils reviennent à Rafah et à Jabaliya. […] Des dizaines de milliers de familles n’ont plus de papiers, de photos d’enfance, de cartes d’identité, de foyer. Elles n’ont rien.”
Le bulldozer Zarbiv désormais à l’œuvre au Liban
“Après Gaza, le voilà désormais au Liban-Sud”, rapporte le 23 avril le quotidien libanais L’Orient-Le Jour, citant des “informations de presse et des vidéos publiées sur les réseaux sociaux”. Selon le journal, Avraham Zarbiv est entré dernièrement au Liban-Sud pour prendre part aux destructions de maisons dans les villages frontaliers. “Une vidéo publiée il y a quelques jours sur Instagram le montre à bord d’un bulldozer à Bint Jbeil, où des combats acharnés ont eu lieu ces dernières semaines entre le Hezbollah et l’armée israélienne”, indique le journal.
Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu le 16 avril, l’armée israélienne procède à la “destruction systématique d’habitations civiles, de bâtiments publics et d’écoles” situées dans la zone tampon instaurée dans le sillage de la guerre, rapporte de son côté le quotidien israélien Ha’Aretz. Des explosions sont entendues quotidiennement dans cette bande territoriale qui s’étend jusqu’à 10 kilomètres à l’intérieur des terres et couvre entre 550 km2 et 600 km2, soit environ 6 % de la superficie libanaise. Selon les sources citées par Ha’Aretz, l’objectif est de “nettoyer la zone”, à l’instar des “opérations [de démolition] menées à Gaza”.
“Il ne représente pas les forces armées”
Sa propre maison, érigée sur un terrain palestinien privé, dans une zone illégale d’implantation de colons en Palestine occupée, est sous le coup d’un ordre de démolition pour construction illicite depuis 2000, selon l’ONG Kerem Navot. Cet ordre n’a jamais été exécuté.
Zarbiv, juge rabbinique dans le civil, a été censuré par les autorités judiciaires chargées de surveiller les propos extrémistes. Au début de l’année, le commissaire Asher Kula a statué qu’il avait violé le code d’éthique des juges.
La hiérarchie militaire israélienne tente de prendre ses distances vis-à-vis de Zarbiv, et le général Effie Defrin a assuré, lors d’une conférence de presse donnée la semaine dernière, qu’il n’avait “pas été choisi en collaboration avec les forces armées israéliennes” et qu’il “ne [représentait] pas les forces israéliennes à la cérémonie des flambeaux”.
Des contractants militaires et civils ont rasé des quartiers entiers de Gaza et réduit des villages et des villes à l’état de gravats. Dans le territoire, 9 habitations sur 10 ont été détruites ou endommagées, indiquent des données des Nations unies, et d’autres infrastructures civiles, dont des écoles, des hôpitaux, des mosquées, des cimetières et des commerces, ont été prises pour cibles.
Dans une vidéo, Zarbiv dépeint ainsi le mode opératoire de son unité : “Quartier par quartier, […] on détruit et on avance, on détruit et on avance.” À en croire certains observateurs, les dévastations sont si terribles qu’elles devraient être traitées comme un nouveau crime de guerre, le “domicide”.
Emma Graham-Harrison. Article du Guardian. Traduit par Raymond Clarinard. Republié dans Courrier International
Tous droits réservés "grands-reporters.com"