Iran. la répression vire au massacre
La rue ensanglantée, l’Iran coupé du monde, les hôpitaux iraniens seraient désormais « débordés » par l’afflux de blessés, parmi lesquels des enfants
Mardi 13 janvier, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit « horrifié » par l’escalade de la violence exercée par les forces de sécurité contre les manifestants. « Il faut cesser de tuer des manifestants pacifiques », a-t-il dénoncé, rejetant la rhétorique officielle qui consiste à qualifier les protestataires de « terroristes » pour légitimer l’usage de la force. Les Iraniens ont le droit de manifester, leurs revendications doivent être entendues et non étouffées par la peur, la répression ou la propagande.
Un bilan humain impossible à vérifier
La réalité chiffrée reste floue — et c’est aussi un élément du drame. Les informations reçues « de diverses sources sur le terrain » sont jugées « fiables ». Sur le nombre de victimes, l’ONU évoque un bilan potentiel « de centaines » de morts, sans pouvoir fournir un décompte « précis et vérifié ».
Cette incertitude n’est pas un hasard : elle est la conséquence directe d’une stratégie de blackout. Depuis le 8 janvier, les autorités ont imposé une interruption nationale d’Internet et des télécommunications. Un verrouillage qui étouffe l’accès à l’information, gêne les secours, rend les familles aveugles et complique la documentation indépendante des violations des droits humains.
Une contestation née de la vie chère, devenue politique
Le mouvement a démarré le 28 décembre à Téhéran, à l’initiative de commerçants dénonçant la cherté de la vie et l’effondrement de la monnaie nationale. Très vite, la colère s’est propagée à de nombreuses villes, glissant du terrain économique à une contestation plus large du régime des ayatollahs.
Dans ce contexte, l’ONU avertit contre une fuite en avant et se dit en outre préoccupé par « l’intensification de la rhétorique de type militaire » autour de la crise, appelant les États à « privilégier la diplomatie » plutôt que l’escalade verbale.
L’Iran hors ligne, l’Iran sous contrôle
Malgré la coupure des communications, la mobilisation continuerait, selon plusieurs médias. Avant le blackout, des vidéos circulant sur les réseaux sociaux ont montré des manifestations nocturnes importantes, notamment à Téhéran et à Machhad.
En parallèle, le pouvoir met en scène sa propre démonstration de force. La télévision d’État a diffusé des images de milliers de personnes rassemblées lundi sur une grande place du centre de Téhéran, affichant leur soutien à la République islamique et rendant hommage à des membres des forces de sécurité tués lors d’affrontements. Un message politique limpide : le régime veut prouver qu’il tient encore la rue — et qu’il garde des relais populaires. Mais cette mobilisation officielle ne suffit pas, pour l’instant, à enrayer la dynamique de contestation.
La menace de la peine de mort, ultime étape de la répression
Ce scénario n’a rien d’inédit. Il rappelle les grandes mobilisations de 2022, lorsque « de larges pans de la population » étaient déjà descendus dans la rue pour réclamer des changements profonds. Et, « une fois encore », la réponse du pouvoir serait la même : « une force brutale » contre des revendications jugées légitimes.
L’alerte la plus grave concerne désormais la justice. Le Haut-Commissaire se dit particulièrement inquiet de déclarations de responsables judiciaires laissant entendre que la peine de mort pourrait être appliquée à des manifestants dans le cadre de procédures accélérées. Ce basculement constituerait une escalade supplémentaire dans un « cycle de violence terrifiante » qui « ne peut pas continuer ».
À ce stade, le diagnostic est frontal : l’Iran est en train de réprimer une crise sociale et politique par la force, dans l’opacité, et au prix d’un nombre croissant de victimes. Et l’avertissement est explicite : les responsables doivent rendre des comptes, et les revendications d’« équité, d’égalité et de justice » doivent être entendues — avant que le pays ne s’enfonce davantage dans la violence et la peur.
Tous droits réservés "grands-reporters.com"