Orban, l’homme fort, va-t-il trébucher sur les faibles chiffres de son économie ?
Une croissance atone, une inflation galopante, des restaurants aussi chers que Rome ou Paris, moins d’enfants… le moral des Hongrois est en berne
Une élection à haut risque pour Orbán
Plus que cinq mois avant de savoir si Viktor Orbán restera au pouvoir à Budapest. Premier ministre depuis 2010, l’homme fort de Hongrie fera face à une coalition de centre droit dirigée par Péter Magyar, un ancien fidèle ayant décidé d’enfourcher le cheval de bataille de l’anticorruption. Et si, loin des rencontres mises en scène avec le maître du Kremlin et des bravades nationalistes envers Bruxelles, le destin d’Orbán se lisait dans les graphiques économiques ?
La Hongrie décroche
Les chiffres démontrent un net décrochage de la Hongrie par rapport aux autres États membres de l’UE. La croissance y est atone : sans doute 0,4 % du PIB cette année, bien loin de la moyenne des 27 à 1,4 %. L’inflation y est galopante (4,5 %), notamment à cause de la hausse des prix de l’énergie : en moyenne, les biens de consommation sont plus chers de 50 % par rapport à 2020. Les restaurants affichent des prix désormais comparables à ceux de Rome ou Paris, alors que le pays était longtemps prisé par les touristes pour ses tarifs attractifs.
La fragilisation du forint, très volatile
Depuis l’invasion de l’Ukraine, le forint est devenu l’une des monnaies les plus instables d’Europe. Il a frôlé en 2022 puis en 2023 des niveaux historiques, dépassant les 430 forints pour un euro, avant de se redresser partiellement sous l’effet d’interventions coûteuses de la Banque centrale. En 2024-2025, la devise reste durablement fragile : les investisseurs s’inquiètent du gel des fonds européens, de l’isolement politique de Budapest et du maintien de taux directeurs très élevés.
Cette volatilité renchérit les importations, aggrave l’inflation et freine les investissements étrangers, déjà en recul.
Une dette modérée, mais un coût d’emprunt écrasant
Bien que la dette publique ne soit « que » de 74 % du PIB, le coût de l’endettement du pays est loin d’être négligeable : il est même supérieur à ceux de l’Italie et de la Grèce, des États ayant la confiance des investisseurs. Pour combattre l’inflation tenace, la Banque centrale hongroise maintient son taux directeur haut (6,5 %), ce qui renchérit automatiquement le coût des emprunts d’État. Les prêteurs craignent un enlisement de la situation financière du pays en cas de reconduction du Fidesz (parti d’Orbán) aux affaires : les fonds européens sont bloqués à cause de la procédure liée au « non-respect de l’État de droit ». Un milliard d’euros sont définitivement perdus et 18 milliards demeurent gelés. Les investissements publics sont à l’arrêt, les universités ont été expulsées du programme Erasmus+.
L’exode massif des jeunes diplômés
Depuis plus de dix ans, la Hongrie connaît une fuite continue de ses jeunes diplômés vers l’Allemagne, l’Autriche ou les Pays-Bas. Les salaires y sont jusqu’à trois fois plus élevés, les perspectives de carrière plus stables et l’environnement politique jugé moins étouffant. Selon les données disponibles en 2025, près de 500 000 Hongrois, majoritairement jeunes et qualifiés, vivent désormais à l’étranger — un chiffre considérable pour un pays de moins de dix millions d’habitants.
Démographie : une chute inquiétante malgré les aides
Seul point positif : le chômage, à 4,6 %, reste sous la moyenne européenne (5,9 %). Mais la confiance des ménages ne revient pas : pire, elle met en péril le futur de la nation. Le taux de fécondité ne cesse de plonger, malgré les aides du gouvernement. Ces dernières, mal ciblées, favorisent plutôt les couples ayant déjà les moyens de subvenir aux besoins de leurs enfants. Avec un taux de 1,31 enfant par femme en âge de procréer, la Hongrie va passer cette année sous le seuil des 9,5 millions d’habitants… comme en 1951. Inquiets pour leur avenir, les Hongrois pourraient décider de se débarrasser de celui qu’ils identifient comme responsable de leur malheur : la dynamique de campagne porte le parti de Péter Magyar à 45 %, contre 40 % pour le Fidesz.

Poutine en octobre 2023 à Pékin. (AFP/Photo by Grigory SYSOYEV/POOL)
🔶 Encadré
Orbán, les liens persistants avec Vladimir Poutine
• Seul dirigeant de l’UE à maintenir un dialogue régulier avec le Kremlin, Viktor Orbán a rencontré Vladimir Poutine à plusieurs reprises depuis l’invasion de l’Ukraine, notamment à Pékin en 2023 puis à Astana en 2024.
• Dépendance énergétique assumée : la Hongrie continue d’acheter du gaz russe via Gazprom, à un tarif négocié séparément, et poursuit le chantier nucléaire de Paks II, confié à Rosatom.
• Convergences politiques : Orbán dénonce régulièrement les sanctions européennes, qu’il juge « contre-productives », et s’impose comme voix dissidente de l’UE sur la Russie.
• Blocages répétés à Bruxelles : Budapest a retardé ou menacé de bloquer des aides militaires et financières à l’Ukraine ainsi que plusieurs décisions européennes nécessitant l’unanimité.
• Un pari dangereux : ces positions isolent la Hongrie au sein de l’Union, inquiètent les partenaires européens et alimentent la méfiance des investisseurs vis-à-vis d’un possible basculement vers l’orbite russe.
Tous droits réservés "grands-reporters.com"