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Pakistan–Afghanistan : la guerre ouverte au cœur du ramadan

publié le 01/03/2026 par Malik Henni

Frappes sur Kaboul, frontière en feu, vieille querelle frontalière: Islamabad et les talibans, autrefois alliés, entrent en guerre. Jusqu’où?

« Colère pour la justice »

En plein mois sacré de ramadan, deux États musulmans se sont mutuellement déclaré la guerre. La République islamique du Pakistan a affirmé, le 26 février, mener « une guerre ouverte » contre son ancien allié taliban, en Afghanistan. Déjà, en octobre 2025, des escarmouches à la frontière avaient inquiété, avant qu’une médiation de la Turquie et du Qatar ne résolve provisoirement la crise. Las : des talibans ont attaqué des postes-frontières pakistanais, ce à quoi Islamabad a répondu par des bombardements ciblés. L’opération « Colère pour la justice » a permis de détruire plus de 70 postes-frontières afghans, tandis que 18 autres ont été investis par les forces pakistanaises. Plusieurs villes, dont Kaboul, ont été bombardées. L’an dernier, 3 000 Pakistanais sont morts à cause de cette guerre larvée. À cela s’ajoute une situation humanitaire complexe où des millions d’Afghans sans papiers sont renvoyés par le Pakistan par le poste de Torkham.

L’alliance brisée

Les racines du conflit plongent dans la relation complexe que les deux pouvoirs entretiennent. Premier soutien des talibans pendant leur lutte contre le pouvoir soutenu par les Occidentaux, les Pakistanais ont découvert que les talibans fournissaient aide et appui à un groupe terroriste, le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP). Ces derniers souhaitent l’établissement d’une charia stricte, sur le modèle afghan. Cachés dans les montagnes afghanes, ils s’y sentent suffisamment en sécurité pour harceler les Pakistanais de l’autre côté de la frontière. La situation est d’autant plus confuse qu’un troisième acteur hostile aux deux autres, l’État islamique au Khorassan (branche locale de l’État islamique), contrôle encore des zones en Afghanistan.

La ligne Durand, fracture coloniale

Aux conflits idéologiques s’ajoutent les contentieux territoriaux : jamais reconnue par aucun pouvoir afghan, le reliquat colonial qu’est la « ligne Durand » sépare les populations pachtounes des deux côtés de la frontière de 2 600 km. En 1893, sir Mortimer Durand a fixé la frontière entre les Indes britanniques et l’émirat afghan, sans que les populations locales n’aient leur mot à dire. Deux fois plus de Pachtounes vivent au Pakistan (environ 40 millions) qu’en Afghanistan, sur près de 20 % du territoire pakistanais. Six mois après leur retour au pouvoir, dès janvier 2022, le porte-parole des talibans avait déclaré que cette question de frontière demeurait « non résolue ». De la Palestine à l’Himalaya, l’héritage britannique sème encore la discorde des décennies après son départ.

Une guerre partie pour durer

La Chine, frontalière des deux pays, propose sa médiation. Elle souhaite mettre fin à l’instabilité qui met en péril ses investissements dans le cadre du corridor économique Chine-Pakistan, l’une des composantes des Nouvelles Routes de la soie. L’Union européenne appelle à la désescalade, Washington soutient le droit du Pakistan à se défendre. Si le risque d’une déflagration régionale semble, pour l’heure, contenu, une seule solution pourra apporter la stabilité dans la région. Il faudra aller chercher l’assentiment des chefs de clans pachtounes de chaque côté de la frontière, à cheval, pour trouver un moyen de faire accepter la ligne Durand. Sans quoi, le conflit larvé qui dure depuis la partition des Indes continuera.


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