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Palestine : des élections pour sortir de l’impasse

publié le 15/06/2026 par Marc Lefevre

Des territoires occupés oubliés, une question palestinienne étouffée, un leadership à bout de souffle, une jeunesse sans horizon…l’Autorité palestinienne annonce, enfin, des élections présidentielles en 2027

Depuis plusieurs mois, l’actualité au Moyen-Orient est dominée par le bras de fer militaire entre l’Iran et les États-Unis de Donald Trump, engagés aux côtés d’Israël. Les blocages répétés du détroit d’Ormuz affectent les flux commerciaux au point de questionner l’organisation même de l’économie mondiale. Parallèlement, l’attention se porte sur le Liban, ravagé par les affrontements entre le Hezbollah et Israël. Dans ce paysage saturé de crises, ce qui se passe dans les territoires palestiniens est relégué au second plan.

Gaza, l’angle mort humanitaire

La bande de Gaza continue de vivre dans le dénuement et de payer les conséquences des massacres du 7 octobre commis par le Hamas. Malgré les annonces faites, la nouvelle autorité de gestion tarde à se mettre en place. Pendant ce temps-là, la population survit au milieu des affrontements sur le contrôle de l’aide humanitaire entre ce qui reste du Hamas, les différents clans familiaux et les réseaux de trafiquants qui pullulent.

Cisjordanie : colonisation et impasse politique

En Cisjordanie, la séparation est de plus en plus fictive entre les zones sous la responsabilité de l’Autorité palestinienne et celles sous contrôle israélien. Les colons israéliens les plus radicaux et violents multiplient les provocations et les agressions. Leurs entraves aux activités économiques des Palestiniens restent impunies pendant que le gouvernement Netanyahou multiplie les annonces sur l’expansion et la régularisation des colonies de peuplement érigées illégalement. Le conflit israélo-palestinien, prétexte à tous les affrontements en cours, reste sans horizon ni perspectives.

Israël : la question palestinienne sous le boisseau

En Israël, le gouvernement Netanyahou encore en place s’est formé autour du refus de la constitution d’un éventuel État palestinien. Du côté de l’opposition, on s’organise pour un possible changement de pouvoir à l’occasion des élections législatives prévues à l’automne. Mais les traumatismes des massacres du 7 octobre sont encore trop prégnants. Si bien qu’une majorité des partis d’opposition s’accorde pour mettre la question palestinienne sous le boisseau et éviter qu’elle ne soit trop utilisée par le clan Netanyahou.

Abbas, un leadership à bout de souffle

Du côté palestinien, et face au chaos à Gaza mais aussi en Cisjordanie occupée, le régime encore en place de Mahmoud Abbas montre son impuissance. La reconnaissance officielle de l’État de Palestine obtenue auprès de plusieurs pays importants en septembre 2025 a pu être considérée comme un succès diplomatique, mais elle ne s’est accompagnée d’aucune amélioration concrète et visible pour la situation des populations palestiniennes. Pour obtenir cette reconnaissance diplomatique, le régime de Mahmoud Abbas s’était engagé par écrit à relancer un processus démocratique et à organiser des élections législatives et présidentielles d’ici septembre 2026.

Un parti qui verrouille le territoire

Le Fatah s’est bien réuni en congrès en mai 2026 pour la première fois depuis dix ans. Mais cet évènement n’a été que l’occasion d’une confirmation de la maîtrise de l’appareil du parti par un leadership en place depuis plus de trente ans. L’arrivée au Comité central de Yasser Abbas, fils de Mahmoud Abbas et plus connu pour ses activités d’homme d’affaires que comme militant de la cause nationale palestinienne, a même alimenté les accusations de népotisme et les spéculations sur une éventuelle préparation de la succession de son père âgé de 90 ans. Des élections locales ont bien eu lieu en Cisjordanie en avril, mais elles ont été prudemment verrouillées par le Fatah et n’ont pas permis l’émergence de sensibilités politiques alternatives et nouvelles.

Une jeunesse palestinienne sans horizon

Pourtant, les observateurs occidentaux qui étaient sur place pour surveiller la régularité de ces premières élections locales confirment qu’il y a un espoir d’évolution démocratique au sein de la communauté palestinienne.À ce jour, 70% des Palestiniens de Cisjordanie ont moins de 35 ans. Ils n’ont connu qu’une occupation militaire israélienne ou un régime autocratique et largement corrompu.

Si la frustration et la colère face aux provocations des colons israéliens continuent d’enfler, cette population ne semble pas vouloir tomber dans le piège d’une troisième Intifada qui pourrait servir de prétexte au gouvernement Netanyahou pour mettre fin à ce qui reste d’autonomie palestinienne. Sans perspectives de solutions politiques à la question nationale, cette jeune génération palestinienne encore silencieuse aspire au minimum à pouvoir gérer son quotidien au mieux, en restant à l’écart des affairismes et de la corruption mais aussi des dégâts éventuels d’un islamisme radical.

L’étau financier israélo-européen

Les territoires palestiniens sont étranglés financièrement par Israël. Comme le rappelle le ministre des Finances de l’Autorité palestinienne, Estephan Salameh, son budget est amputé de plus de 60% de ses ressources par le refus de son homologue israélien, Bezalel Smotrich, de lui reverser les recettes fiscales qu’Israël perçoit en son nom. Et ce sont les aides financières provenant de la Communauté européenne qui suppléent partiellement à cet étranglement, assurent le salaire des fonctionnaires palestiniens, le fonctionnement des écoles et celui des forces de sécurité qui assurent un minimum de maintien de l’ordre.

Une fenêtre électorale ?

À l’initiative du ministre des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot, un appel en faveur d’une solution à deux États vient d’être lancé à Paris par plusieurs centaines de représentants d’associations et d’initiatives engagées sur le terrain en faveur d’une solution au conflit israélo-palestinien. Un tel appel, initié par la France, n’a des chances d’être entendu que s’il est accompagné des actes concrets et tangibles que les populations des deux camps attendent.

Ce n’est peut-être pas un hasard si, le lendemain de la publication de cet appel, l’Autorité palestinienne s’est résolue à annoncer enfin que des élections législatives seront organisées en novembre 2026 pour renouveler le Parlement palestinien, et seront suivies par des élections présidentielles en 2027. Cette annonce s’accompagne de nouvelles mesures destinées à abaisser à 23 ans l’âge requis pour être candidat et à imposer également un minimum de candidatures féminines.

On votera aussi en Israël

,Ces échéances électorales palestiniennes vont coïncider avec les élections à la Knesset, où la population israélienne devra décider si elle souhaite ou non sortir du chaos où l’a menée le gouvernement Netanyahou.

Un renouveau démocratique dans les territoires palestiniens aurait alors un double effet bénéfique. 1/ Permettre à la population palestinienne de voir émerger un nouveau leadership responsable. 2/ Envoyer un double signal à la population israélienne. Pour dépasser le traumatisme du 7 octobre et renouer le dialogue entre les deux peuples.


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