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Pékin. Trump se casse les dents sur la muraille de Chine

publié le 30/10/2025 par Pierre Haski

Donald Trump s’est trompé sur la Chine et doit reculer face à Xi Jinping

Photo : Donald Trump et Xi Jinping jeudi, après leur entretien de deux heures en Corée du Sud, en marge du Sommet Asie-Pacifique. ©AFP – ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Le président américain et le numéro un chinois ont négocié une trêve dans leur guerre commerciale, qui permettra de repousser l’application des restrictions chinoises sur les terres rares ; mais Trump a dû reculer face à une réponse chinoise vigoureuse, une erreur de calcul qui lui coute cher.

Donald Trump parle beaucoup, beaucoup trop… Sa diplomatie du tweet fait souvent son effet, surtout auprès de ses alliés tétanisés. Mais ses indignations et menaces, ont trouvé en la Chine un adversaire qui a du répondant.

La Chine sort l’arme des terres rares

Il y a seulement trois semaines, le président des États-Unis menaçait d’annuler son sommet d’aujourd’hui avec le numéro un chinois Xi Jinping, leur première rencontre depuis 2019, et de lui imposer 100% de droits de douane. Il a été contraint de reculer car Pékin a déployé une carte maîtresse : le contrôle des terres rares.

Puisque les relations internationales sont désormais placées sous le signe des rapports de force, Donald Trump a été pris à son propre piège. En imposant des restrictions à l’exportation de ces fameuses terres rares, des minerais stratégiques vitaux pour les technologies numériques et l’industrie de défense, la Chine a montré aux États-Unis qu’ils ne détenaient pas toutes les cartes.

Le piège des semi-conducteurs et la question de Taïwan

Cette crise s’étend à l’industrie des semi-conducteurs : les constructeurs automobiles européens sont menacés d’un arrêt de leurs chaines de production d’une semaine à l’autre en raison des pressions chinoises sur un petit producteur néerlandais, Nexpéria, victime collatérale de la guerre commerciale sino-américaine.

Le problème quand on est une superpuissance, c’est qu’on pense que les autres sont des nains. Donald Trump n’a pas compris, et personne dans son entourage non plus visiblement, que la Chine de 2025 n’est pas celle qu’il a connue lors de son premier mandat, et à laquelle il avait commencé à infliger des sanctions technologiques.

Cela fait des années maintenant que Pékin se prépare à ces pressions américaines. La semaine dernière encore, le Plenum du Comité central du Parti communiste chinois, un moment important de la vie politique chinoise, adoptait le prochain plan quinquennal tout entier tourné vers l’autosuffisance technologique.

L’erreur du président américain

Si la période actuelle est celle qui définira les rapports de force des prochaines années, Donald Trump s’est lourdement trompé. En Corée, avec Xi Jinping, il n’a pu négocier qu’une trêve dans sa guerre commerciale qui satisfera les marchés, pas l’équilibre à venir entre les deux principales puissances du XXI° siècle.

Il existe un non-dit majeur dans cette relation, c’est le sort de Taiwan. Pour l’autocrate Xi Jinping, c’est un enjeu historique majeur de réintégrer cette île – qui est indépendante en tout sauf en nom. C’est même l’enjeu de sa place dans l’histoire de la Chine.

Mais pour Donald Trump ? Quelle importance attache-t-il à Taiwan ? Son prédécesseur, Joe Biden, avait dit publiquement qu’il interviendrait en cas d’attaque chinoise. Mais Trump n’est pas un sentimental, la nature démocratique de l’île n’a pas de quoi le motiver, un peu plus avec les semi-conducteurs que produit Taiwan.

La grande crainte de Taipei, c’est que Donald Trump se laisse entrainer sur la voie d’un grand « deal » sino-américain dans lequel Taiwan ne serait qu’une variable d’ajustement – alors que ça serait sans doute fatal à l’influence américaine en Asie. Mais Trump multiplie depuis janvier les erreurs de calcul avec Pékin, et rien ne peut être exclu.

Un avantage pour Pékin

Le Sommet de Corée n’est qu’une étape dans la longue marche des rapports sino-américains : l’avantage, pour l’heure, est à Pékin.


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