Pékin: Xi Jinping, Poutine et les autres….font face à l’Occident
Avec le sommet régional de Tianjin, en présence de Vladimir Poutine et d’autres dirigeants non-occidentaux, la Chine de Xi Jinping veut se poser en leader d’un « front du refus » de l’Amérique de Trump
Ces derniers mois, on pouvait avoir l’impression qu’il n’y avait plus que Donald Trump, dans les infos, mais aussi dans la marche chaotique du monde. Voici donc le retour de la Chine au centre des grandes manœuvres de recomposition des équilibres mondiaux.
Deux événements cette semaine en Chine le montrent de manière spectaculaire, et avec une tonalité de défi vis-à-vis du président des États-Unis, qui se comporte en maître du monde. La liste des participants donne le ton : Vladimir Poutine en guest star, qui passe quatre jours en Chine et participe aux deux événements ; Narendra Modi, le premier ministre indien, poussé dans les bras de Pékin par les droits de douane prohibitifs de Trump ; le président iranien Masoud Pezeshkian, en plein bras de fer nucléaire avec les Occidentaux ; Kim Jong un, le dictateur nord-coréen, qui ne sort pas souvent de son royaume ermite. Et même, pour la première des deux rencontres, Recep Tayyip Erdogan, le dirigeant de la Turquie, pourtant membre de l’OTAN ! Pour ne citer que les principaux…
Le premier événement est le Sommet, hier et aujourd’hui à Tianjin, près de Pékin, de l’Organisation de coopération de Shanghai, une structure de sécurité régionale coparrainée par la Chine et la Russie ; tandis que le second sera un important défilé militaire marquant le 80ème anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale en Chine.
Le message principal est de montrer que le monde ne tourne pas nécessairement autour de Donald Trump. Pékin se pose, sûrement exagérément, en leader du monde non-occidental. Le numéro un chinois Xi Jinping a bien saisi l’opportunité que lui offre la brutalité du président américain dans ses rapports avec un monde dans lequel il n’y a ni amis, ni ennemis, juste des intérêts.
La Chine se présente d’abord en pays du Sud Global, la nouvelle appellation du monde en développement, même si son rôle dans l’économie mondiale est devenu majeur. Pékin s’offre également en modèle de vertu, respectueux de la souveraineté des Etats – sauf en mer de Chine du Sud, mais c’est une histoire d’arrière-cour… Ce modèle se veut l’opposé de celui de Washington.
L’autre message, c’est celui de la puissance, incarnée par ce défilé mercredi sur l’avenue de la « paix éternelle » à Pékin, qui mettra en scène la modernité de l’armée populaire de libération. La déferlante de propagande de l’occasion met en avant le sacrifice plutôt que la soumission, inutile de dire qui est visé.
Y a-t-il désormais un « bloc chinois » ? Il serait exagéré de parler de « bloc » au sens où on l’entendait au temps de la guerre froide avec l’URSS. Ça n’est pas le mode de fonctionnement de Pékin. Mais depuis le temps que les analystes guettent l’apparition de signes de rupture entre Poutine et la Chine, les quatre jours que le président russe passe au côté de Xi Jinping sont un nouveau démenti. Poutine a baladé Donald Trump en Alaska le mois dernier, mais il s’affiche volontiers au côté du numéro un chinois pour voir passer l’armée qui défie les États-Unis en Asie.
La présence la plus remarquable est évidemment celle du premier ministre indien, dont le pays a des rapports plus que difficiles avec la Chine. Trump a détruit, en quelques semaines, trente ans de patient travail de la diplomatie américaine pour bâtir une alliance avec l’Inde.
50% de droits de douane, les Indiens n’en reviennent toujours pas. La présence de Narendra Modi au Sommet de Tianjin n’est pas un changement d’alliance, mais le signe que rien n’est figé dans le monde actuel. Pour le plus grand bénéfice de Xi Jinping, qui peut assurément remercier Donald Trump !
Retrouvez les chroniques de Pierre Haski sur France Inter
Tous droits réservés "grands-reporters.com"