Plan de paix à Gaza : Trump piétine Netanyahou
Netanyahou n’a pas éradiqué le Hamas. Trump impose son plan de paix et ses partenaires. Consternation en Israël
Les annonces successives de l’administration Trump concernant l’organisation qui se met en place dans la bande de Gaza suscitent la consternation au sein de la société israélienne. En septembre 2025, Donald Trump avait dévoilé un plan de paix en 20 points visant à mettre fin à la guerre à Gaza, associant cessez-le-feu immédiat, libération des otages, démilitarisation de l’enclave, gouvernance transitoire palestinienne sous supervision internationale et vaste reconstruction économique de Gaza.
L’objectif affiché était que « Gaza soit une zone déradicalisée et exempte de terrorisme, qui ne représente pas une menace pour ses voisins ». Ce cadre d’accord repose sur des étapes successives allant du cessez-le-feu à la reconstruction tout en prévoyant le retrait progressif des forces israéliennes et un mécanisme de stabilisation international
Benjamin Netanyahou s’était déjà résigné à ce que le Comité national palestinien de gestion de Gaza (NCAG) soit majoritairement composé de personnalités liées au Fatah et à l’Autorité palestinienne. Mais la nomination de représentants de la Turquie et du Qatar, réputés proches du Hamas, au sein du Comité exécutif du Conseil de la Paix – qui sera chargé de superviser l’action du NCAG – fragilise encore davantage le gouvernement israélien actuel.
La Turquie et le Qatar en force
Le profil même des deux représentants choisis est un signe que la Maison-Blanche ne se laisse pas dicter ses choix. Le diplomate qatari Ali bin Samikh Al-Thawadi était présent aux côtés de Donald Trump dans le bureau ovale, au moment où Netanyahou s’excusait par téléphone en direct à la suite du bombardement raté de la direction du Hamas à Doha. Quant au ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, il est le dauphin désigné de Recep Tayyip Erdoğan. Or il n’a pas économisé ses attaques contre Israël depuis le début du conflit à Gaza.
Objectif non atteint : le Hamas toujours debout
Les massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023 ont déclenché une série de ripostes et de conflits qui continuent à modifier la structure politique et militaire de la région (la dictature Assad a été renversée en Syrie, le Hezbollah a été en grande partie démantelé et le sort du régime des mollahs en Iran tient à un fil). Mais l’objectif initial affiché par le gouvernement Netanyahou était l’éradication totale du Hamas. Cet objectif ne sera pas atteint. Même affaibli, le Hamas est en effet toujours actif dans la bande de Gaza et reconstitue progressivement ses capacités. Les taxes qu’il prélève sur les 800 livraisons humanitaires quotidiennes lui permettent de financer des milliers de nouvelles recrues. Seule la moitié du réseau souterrain de tunnels a été détruite.
Colères et fractures au sein de l’opinion israélienne
La perspective de voir des pays proches du Hamas, comme la Turquie et le Qatar, se retrouver en responsabilité pour la reconstruction de Gaza est perçue comme intolérable par la population israélienne. Mais si toutes les sensibilités politiques s’accordent pour s’opposer à une renaissance du Hamas et de sa capacité de nuisance, les solutions proposées sont plus irréalistes les unes que les autres :
- L’extrême droite demande la dénonciation des accords avec les Américains et une colonisation de Gaza. Comme l’a déclaré le ministre israélien Bezalel Smotrich : « Gaza appartient à Israël et toute autre solution est une trahison de notre sécurité ».
- Netanyahou agite la menace d’une reprise des hostilités avec toutes les répercussions humanitaires et internationales possibles.
- Tsahal, de son côté, s’oppose à la perspective d’un gouvernement militaire de Gaza.
- Quant aux oppositions de droite et du centre, elles se contentent de dénoncer les compromissions de Netanyahou avec le Qatar et ne proposent qu’un retour au protectorat égyptien en place avant la guerre des Six-Jours de 1967.
- Au sein de la gauche israélienne, seules quelques voix se font entendre pour dire que l’impasse actuelle n’est que le reflet d’une absence de vision à long terme de sortie du conflit israélo-palestinien par la recherche d’une solution politique avec une Autorité palestinienne responsable.
Démilitarisation : pierre d’achoppement du plan Trump
Dans l’impasse politique actuelle, la tentation sera donc sans doute de laisser Trump et ses pays partenaires se débrouiller. Dans le scénario de gestion de Gaza qui se met en place, pour le moment le Hamas se déclare disposé à confier la gestion du territoire de Gaza au NCAG. Mais une démilitarisation significative et effective du Hamas reste la question en suspens.
Steve Witkoff, envoyé spécial de Trump, a affirmé récemment que « le plan passe du cessez-le-feu à la démilitarisation, à la gouvernance technocratique et à la reconstruction ». Or c’est de l’échec ou de la réussite de cette démilitarisation que dépend la réussite du plan américain en 20 points.
🧾 Encadré
Composition du Comité exécutif du Conseil de la Paix
- Reem Al-Hashimy, ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis
- Tony Blair, ancien Premier ministre britannique
- Hakan Fidan, ministre turc des Affaires étrangères
- Yakir Gabay, homme d’affaires israélo-chypriote
- Jasper Jeffers, général de division, commandant des opérations spéciales au Pentagone
- Sigrid Kaag, ancienne coordinatrice humanitaire des Nations unies
- Jared Kushner, principal conseiller de Donald Trump
- Nikolay Mladenov, ancien envoyé spécial des Nations unies au Moyen-Orient
- Hassan Rashad, chef des services de renseignement égyptiens
- Marc Rowan, PDG d’Apollo Global Management
- Ali bin Samikh Al-Thawadi, diplomate qatari
- Steve Witkoff, envoyé spécial américain
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