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Pour les Européens, le défi de défendre l’Ukraine ET le Groenland

publié le 07/01/2026 par Pierre Haski

Comment concilier le soutien américain à l’Ukraine, et s’opposer aux appétits de Trump sur le Groenland, possession danoise ?

C’est tout le dilemme des Européens, qui hier, se réunissaient à Paris avec les émissaires américains sur l’Ukraine, tout en soutenant le Danemark sur le Groenland.

Imaginez que vous soyez un dirigeant d’un pays européen en ce moment… Vous avez d’un côté l’invasion russe de l’Ukraine, avec la nécessité absolue d’un soutien des États-Unis pour que Kiev puisse résister ; et de l’autre, un empire américain en mouvement, qui, après le succès de l’opération éclair au Venezuela, a des visées précises sur le Groenland, dépendance arctique d’un pays européen, le Danemark.

Comment concilier la contradiction possible, sinon certaine, entre ces deux situations ? Comment garder les Américains du côté du soutien à l’Ukraine, au côté des Européens, tout en les dissuadant de passer à l’acte unilatéralement au Groenland ? Comment, pour être plus direct encore, éviter de se retrouver alliés d’un côté, adversaires de l’autre, sans tout faire exploser ?

Ce dilemme s’incarnait hier à Paris dans un double mouvement : d’un côté, le Sommet de la Coalition des volontaires sur le soutien à l’Ukraine, en présence de Steve Witkoff et Jared Kushner, les émissaires américains ; de l’autre l’expression d’un soutien européen au Danemark face aux appétits américains. Comment ne pas aller trop loin sur la seconde, pour ne pas compromettre le premier ?

C’est un exercice périlleux, qui explique que les opinions publiques trouvent bien timorées les réactions européennes à la violation du droit international au Venezuela ou aux menaces sur le Groenland.

Un communiqué publié hier à Paris par les dirigeants de la France, de l’Allemagne, du Royaume Uni, de la Pologne, de l’Italie, de l’Espagne et bien sûr du Danemark, rappelle que « le Groenland appartient à son peuple », et ajoute : « Il appartient au Danemark et au Groenland, à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland ».

Le communiqué ne dit évidemment pas ce que feraient les signataires si les États-Unis passaient outre. S’ils ont regardé l’interview sur CNN de Stephen Miller, l’homme-clé de la Maison Blanche sous le règne de Donald Trump, il y a de quoi s’inquiéter. Sa logique est implacable : les États-Unis sont une superpuissance, et font ce qu’ils veulent. CQFD.

Quelles conséquences pour l’Ukraine ? C’est le sujet le plus complexe : depuis bientôt un an, la majorité des États européens, pilotés par la France et le Royaume Uni malgré le Brexit, tentent d’organiser le soutien à l’Ukraine, y compris dans la perspective d’un possible cessez-le-feu négocié avec Moscou. La clé, ce sont les garanties de sécurité qui pourront être apportées à l’Ukraine pour s’assurer que la Russie ne reprendra pas les combats quand elle voudra.

L’idée est de déployer des forces européennes en deuxième ligne, en cas d’attaque russe. Mais la plupart des pays européens ne sont prêts à s’engager que si les Américains sont en soutien : on ne change pas des décennies de dépendance à l’Amérique en quelques mois.

Miracle de la diplomatie, les Américains qui étaient restés à l’écart du plan de cette coalition, sont désormais impliqués, comme le montrait la présence de MM. Witkoff et Kushner hier. Mais ce soutien résisterait-il à un bras de fer Europe-États-Unis sur le Groenland ?

Défendre l’Ukraine ET le Groenland, c’est le donc test du moment pour les Européens, signe du nouveau désordre mondial, avec toutes ses contradictions.


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