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Pourquoi Amnesty International accuse le Hamas de crimes contre l’humanité

publié le 11/12/2025 par Pierre Haski

Amnesty rappelle les crimes du Hamas, en réaffirmant que le droit s’impose à tous

Tout au long des deux ans de la guerre israélienne dans la bande de Gaza, consécutive au massacre du 7 octobre, Amnesty International, la grande organisation de défense des droits humains, a réservé ses principales critiques à Israël. Dès décembre 2024, l’organisation a même utilisé la qualification de « génocide » pour décrire l’action de l’État hébreu à Gaza, s’attirant les foudres des autorités israéliennes.

Amnesty sort aujourd’hui un rapport qui montre que l’organisation est capable de dénoncer les violations des droits humains d’où qu’elles viennent ; en l’occurrence, du Hamas, le groupe islamiste palestinien qui a commis le massacre du 7 octobre, et qui se trouve toujours, plus de deux ans plus tard, en contrôle des zones peuplées de la bande de Gaza.

Le rapport méticuleux, intitulé « Cibler les civils, meurtres, prises d’otages et autres violations commises par des groupes armés palestiniens en Israël et à Gaza », conclut à des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par le Hamas et les autres groupes comme le Jihad islamique. L’enquête d’Amnesty porte sur la journée du 7 octobre et sur le sort des otages israéliens aux mains du Hamas et des autres groupes jusqu’à la libération du dernier otage vivant en octobre.

On ne découvre pas les faits décrits dans le rapport : qu’il s’agisse du fait que la grande majorité des 1200 victimes du 7 octobre -plus de 800 dont 36 enfants, selon le rapport-, étaient des civils. Il documente les sévices sexuels qui se sont produits ce jour-là et pendant la longue captivité de certains otages femmes. Il parle aussi des tortures subies par certains otages.

Le message d’Amnesty est que le droit s’applique à tous, gouvernements ou groupes armés. C’était déjà celui de la Cour pénale internationale lorsqu’elle a lancé des mandats d’arrêt, aussi bien contre les dirigeants israéliens que ceux du Hamas. La mesure avait fait scandale, les défenseurs d’Israël, États-Unis en tête, n’acceptant pas la mise en cause du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Washington a d’ailleurs imposé des sanctions aux juges de la CPI.

La démarche d’Amnesty survient alors que le droit international est en recul partout et qu’il ne fait pas de mal de rappeler des principes fondamentaux.

La portée du rapport a d’abord valeur de témoignage de la part d’une organisation qui, parmi les premières, a employé le mot « génocide » pour qualifier les méthodes d’Israël, et qui veut montrer qu’elle défend d’abord le droit quand il est bafoué, quel qu’en soit l’origine.

Mais il devrait aussi amener à s’interroger ceux qui considèrent le Hamas comme un mouvement de « résistance ». Un groupe armé qui commet des crimes de guerres et des crimes contre l’humanité comme le prouve Amnesty, n’est-il pas disqualifié pour incarner une « résistance ». Sauf à courir le risque de se retrouver un jour avec de nouveaux « Khmers rouges » capables des pires horreurs au pouvoir.

Les défenseurs de Netanyahou qui se précipiteront sur ce rapport pour proclamer « on vous l’avait bien dit » auraient tort de se réjouir. La disqualification politique portée par la démarche d’Amnesty concerne tous ceux qui violent le droit international, Israël compris. La réalité du terrain montre hélas que l’impunité reste la règle, dans un monde en pleine régression.


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