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Pourquoi il est difficile d’être optimiste au-delà de la première phase du « plan Trump » pour Gaza

publié le 10/10/2025 par Pierre Haski

La première phase de l’accord verra la libération des otages et de prisonniers palestiniens. Mais peut-on réellement être optimiste pour la suite, lorsque les choix plus politiques seront sur la table des négociations ? Pas à ce stade : voici les éléments qui rendent sceptique.

Quand on suit le conflit israélo palestinien depuis longtemps -ma première visite à Gaza remonte à 1981-, il y a un sixième sens qui vous empêche de céder aux espoirs démesurés. C’est ce qui se passe depuis l’accord conclu hier entre Israël et le Hamas, à l’initiative de Donald Trump.

Ce sixième sens m’autorise à être optimiste à court terme, avec la libération des otages et de prisonniers, l’arrivée d’une aide aux civils de Gaza, et un cessez le feu. Mais il m’empêche de l’être à plus long terme, c’est à dire de penser que cette première phase sera réellement suivie d’un début de solution politique.

Vu la tragédie depuis deux ans, c’est déjà beaucoup. Il faut se réjouir sincèrement de voir le calvaire des otages israéliens toucher à sa fin, quelque 2000 prisonniers palestiniens sortir de prison, la fin des bombardements et de la destruction de ce qui reste de Gaza… c’est un moment de joie célébré dans la rue par les Israéliens et les Palestiniens, pour une fois à l’unisson.

Cette première phase est déterminante

Elle va permettre de clore le chapitre ouvert par le massacre du 7 octobre. La négociation d’une seconde phase va alors s’ouvrir, qui décidera de la gouvernance de Gaza, de la sécurité, de la reconstruction ; en un mot, de l’« après ». C’est beaucoup plus compliqué.

La difficulté tient dans les forces politiques dominantes. Côté palestinien, le Hamas a signé l’accord, mais n’entend certainement pas disparaître, militairement et politiquement comme le prévoit la suite du plan. Il a une vision radicale et n’y renoncera pas. L’autre courant palestinien, incarné par Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, est prêt au compromis, mais il est marginalisé par les Américains et les Israéliens.

Quant à la coalition au pouvoir en Israël, elle s’oppose bec et ongle à toute solution qui préfigure un État palestinien. C’est une situation totalement différente de 1993, avec les accords d’Oslo, la seule vraie tentative de paix en un siècle, conclus par des interlocuteurs qui recherchaient le compromis.

Les pressions extérieures pourraient jouer un rôle, mais une décision permet d’en douter : l’émissaire américain Steve Witkoff avait approuvé dans un premier temps la présence, sur la liste de prisonniers palestiniens à libérer, de Marwan Barghouti, emprisonné depuis plus de vingt ans, souvent surnommé le « Mandela palestinien ». Mais Israël l’a fait retirer de la liste, et les Américains ont accepté ce véto.

Pourquoi est-ce significatif ? Libre, Barghouti incarnerait un leadership palestinien susceptible de négocier un accord politique avec un large consensus derrière lui, selon toutes les études d’opinion. Benyamin Netanyahou préfère avoir en face de lui un Hamas disqualifié par la violence, et un Abbas discrédité par son impotence. C’est le meilleur moyen de bloquer toute velléité de « deux États ».

Trump obtient sous pression un accord entre Israël et le Hamas

Tout aussi inquiétante est l’absence de référence, dans le plan Trump, à la Cisjordanie et à la colonisation, avec en particulier le dernier plan « E1 », approuvé le mois dernier par le gouvernement israélien, et qui coupe la Cisjordanie en deux. Là encore, il s’agit pour Israël d’éviter un État palestinien.

Avec un Donald Trump qui engrange les bénéfices de son succès et risque de ne pas être très intéressé par la suite, ce sont quelques éléments qui rendent la suite du processus plus complexe. Et qui m’empêchent d’être vraiment optimiste.


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