Pourquoi il faut en finir avec la Hongrie de Viktor Orbán
À force de chantage et de vetos, notamment sur l’Ukraine ,un seul homme, le Hongrois Viktor Orbán prend toute l’Europe en otage
Il avait donné son accord de principe en décembre 2025. Trois mois plus tard, il a dit non au prêt de 90 milliards d’euros de l’Union européenne pour l’Ukraine. Avec l’arrêt de l’aide américaine, l’Ukraine a un besoin vital de cet argent pour continuer à résister à l’ogre russe. Seulement voilà, un pays, la Hongrie, et son dirigeant pro-russe, dit non. Orbán dit non, c’est sa spécialité.
Non à l’ouverture des négociations d’adhésion de Kiev à l’UE. Non au soutien de l’Europe qu’il qualifie d’« erreur stratégique ». Non, aussi, à l’état de droit qu’il démolit progressivement chez lui en minant la justice, les médias, les ONG. Et en qualifiant ses opposants de « punaises ». Non, bien sûr, à la politique de répartition des migrants au sein de l’UE.
Soyons justes. Il lui arrive de dire oui. À la Russie de Vladimir Poutine, par exemple, dont il dit qu’on a ignoré ses « intérêts sécuritaires » — méchants Européens. Oui au prêt, à condition de reprendre les livraisons de pétrole russe en réparant l’oléoduc « Droujba » endommagé par la guerre. Rien moins. Et oui à la Chine, avec qui il a noué d’étroites relations. Pour convaincre ses électeurs, il puise dans l’argent public pour financer des campagnes de propagande et justifier ses positions. Au cœur de l’Europe, Viktor Orbán, dirigeant autoritaire, illibéral et anti-européen, fait sa loi.
Évidemment, les autres sont furieux. L’Allemand Friedrich Merz a dénoncé « un acte déloyal », des dirigeants ont rappelé qu’« un accord est un accord » et le président du Conseil européen a qualifié son comportement d’« inacceptable ». Certains États, comme la Lituanie, estiment que 40 % des décisions européennes sur l’Ukraine sont bloquées par la Hongrie. En clair, Orbán freine l’Europe, défend une vision souverainiste et autoritaire, bloque tout ce qui n’est pas son intérêt ou celui de ses alliés, Poutine et Trump. Orbán dit non. Et il réduit l’Europe à un petit tigre de papier.
Alors, des voix s’élèvent. Dehors Orbán ! Oui, bien sûr, mais… On ne peut pas exclure Budapest parce que les traités ne prévoient pas de mécanisme d’expulsion ! La Hongrie elle-même, comme la Grande-Bretagne, pourrait décider de quitter l’Europe, mais ce serait renoncer à ses subventions… 4 % du PIB. L’article 7 prévoit bien la suspension du droit de vote, mais il nécessite un vote à l’unanimité de tous les membres de l’UE, la Hongrie comprise. Amusant, non ? La Pologne en son temps, la Slovaquie de Fico aujourd’hui, et d’autres hésitent, de peur que le mécanisme ne se retourne un jour contre eux.
L’heure est aux prudents, aux attentistes, aux complices. Soit. Alors, suspendons le versement des fonds européens, des milliards d’euros. C’est fait. Sauf qu’Orbán continue à dire non. Embêtant. On peut aussi imposer des sanctions individuelles ciblées, gels d’avoirs et interdictions de visas, mais l’efficacité est limitée.
Alors quoi ? Un homme, un seul, peut bloquer toute l’Europe, à cause de son mécanisme interne d’une infinie lenteur et de ses règles strictes ? Il y a bien des voix qui proposent de contourner son veto par des accords bilatéraux avec l’Ukraine. Et de condamner publiquement son action – il s’en fiche – voire de soutenir l’opposition hongroise. Impressionnant. La France, elle, privilégie la voie diplomatique pour ne pas braquer Budapest et privilégier une porte de sortie – oui, surtout ne pas braquer Orbán, il pourrait se vexer. Pathétique.
D’autres, comme l’Allemagne, envisagent même de réformer les règles de vote pour éviter qu’un seul État dicte sa loi à tous les autres. Bien dit. Sauf qu’il faudrait voter un changement de règles – rappelez-vous – à l’unanimité…Kafka, reviens !
Au fond, Orbán nous démontre qu’il est urgent de trouver une Europe politique resserrée dont le noyau dur tracerait la ligne et qui cesserait de se laisser paralyser, donc affaiblir, par la volonté de tel ou tel simili-trumpiste régnant en maître-chanteur qui impose son diktat de petit caïd aux 26 autres membres de l’UE.
450 millions d’Européens qui en sont réduits aujourd’hui à croiser les doigts pour que 9,5 millions de Hongrois les débarrassent du boulet d’Orbán, lors des élections législatives d’avril prochain. Bel aveu d’impuissance.
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