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Pourquoi la doctrine militaire iranienne déjoue les pronostics américains

publié le 07/04/2026 par Pierre Haski

Face aux tensions entre l’Iran, les États-Unis et Israël, la doctrine militaire iranienne dite mosaïque permet au régime de résister

 Cette stratégie décentralisée se distingue des approches technologiques américaines et israéliennes

La prouesse militaire ayant représenté le sauvetage du membre de l’équipage d’un avion américain abattu au-dessus de l’Iran a redonné confiance à Washington. Donald Trump réunit la presse aujourd’hui pour glorifier cet exploit digne d’Hollywood. Mais ce succès ne peut pas cacher la déconvenue de l’administration Trump face à la capacité du régime iranien après 39 jours et des milliers de bombardements, à fonctionner, à infliger des pertes à l’aviation américaine, à frapper des cibles dans les pays du Golfe et en Israël et surtout à tenir l’économie mondiale en otage dans le détroit d’Hormuz. Cette surprise ne devrait pas en être une.

L’analyse des différences de doctrine entre l’Iran d’un côté, les États-Unis et Israël de l’autre permettent de comprendre l’erreur de calcul commise. Elle explique que la première armée mondiale et la plus puissante de la région n’arrive pas à bout d’un régime sous sanction, rejeté par une bonne partie de sa population et qui est en train d’être détruit sous les bombes.

La doctrine mosaïque

La doctrine militaire iranienne a pour nom mosaïque, comme les œuvres d’art faites de milliers de petits cubes de pierre. Elle a été conçue dès les années 80, lorsque la jeune république islamique fondée par Khomeini a été attaquée par l’Irak de Saddam Hussein et a failli périr. Depuis, l’Iran se prépare à une guerre avec le grand Satan américain qu’il a toujours considéré comme inévitable. Le principe de mosaïque, c’est la décentralisation de la responsabilité, c’est ce qui explique que la décapitation du régime n’a pas entraîné son effondrement et n’a pas empêché les chaînes de commandement de fonctionner.

Les experts ont été surpris par la capacité de riposte coordonnée des Iraniens lorsque les Israéliens ont bombardé le centre nucléaire de Natanz. Quelques heures plus tard, l’Iran a bombardé Dimona dans le sud d’Israël, où se trouve un centre de recherche nucléaire. Ça signifie que les communications des militaires fonctionnent encore malgré les bombes. Les dirigeants iraniens se vantent d’avoir disséqué les échecs américains chez leurs voisins irakiens pour affiner leur propre stratégie.

Des approches opposées

Elles sont à l’opposé, les Américains misent sur leur supériorité technologique et des moyens sans équivalent. Avant de déclencher la guerre, il y avait deux porte-avions et des forces considérables dans la région, mais cette supériorité incontestable n’a pas évité l’enlisement et l’échec hier en Afghanistan et en Irak, elle ne sait pas gérer l’asymétrie que pratique à son tour l’Iran. Quant à Israël, on a vu à l’œuvre depuis le 7 octobre la doctrine de la disproportion.

C’est contraire au droit international, mais celui-ci est ignoré par tous les belligérants. Israël croit qu’en frappant 10 fois plus fort que les coups qu’il a reçus, il dissuadera son adversaire de récidiver. On pourrait argumenter que ça permet de gagner du temps, pas de changer la donne.

L’erreur de calcul

Israël et les États-Unis peuvent encore espérer que leur force de frappe finira par avoir raison de la résilience du régime iranien qui cherche d’abord à survivre. Force est de constater qu’ils se sont trompés jusqu’ici, ils ont sous-estimé un adversaire qui ne suit pas le même manuel de guerre qu’eux.


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