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Pourquoi l’Espagne est seule en Europe dans son opposition frontale à la guerre en Iran

publié le 05/03/2026 par Pierre Haski

L’Espagne a la position la plus tranchée en Europe, mais si elle avait raison de dire « non » au président américain ?

L’Espagne s’oppose à la guerre israélo-américaine en Iran, et le dit haut et fort. Elle s’attire la colère de Donald Trump qui la menace de représailles.


Y a-t-il un modèle espagnol d’opposition à Donald Trump ? Ou le contexte intérieur espagnol est tel qu’il n’est pas exportable ? Toujours est-il que l’Espagne dirigée par le socialiste Pedro Sanchez est aujourd’hui le pays européen qui s’oppose le plus frontalement à Trump, et prend le risque d’encourir la colère du président américain.
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Madrid a refusé d’autoriser les avions américains en route vers l’Iran à utiliser les aéroports militaires espagnols pour se ravitailler, et exprime une condamnation nette de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, au nom du droit international.
Donald Trump est furieux et menace de couper tout commerce entre les États-Unis et l’Espagne. Il s’est attiré hier une réponse cinglante de Pedro Sanchez, comme aucun autre dirigeant européen n’a osé le faire jusqu’ici. Sanchez a pris la parole pour prononcer un quadruple « non » : « non » à la guerre, à la faillite du droit international, à l’idée que le monde ne puisse résoudre ses problèmes qu’à coups de bombes, et enfin, « non à la répétition des erreurs du passé », une allusion à la guerre d’Irak en 2003.

Il y a deux explications à cette position tranchée. La première est justement liée à la guerre en Irak, à laquelle avait participé l’Espagne, alors dirigée par les Conservateurs de José Maria Aznar. Arrivés au pouvoir l’année suivante, après le sanglant attentat terroriste de Madrid, les socialistes ont unilatéralement retiré les troupes espagnoles d’Irak, rejoignant la France et l’Allemagne dans leur refus.


Le gouvernement socialiste était alors dirigé par José Luis Rodrigues Zapatero, et comptait en son sein le ministre des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos. Or ces deux hommes sont aujourd’hui très proches de l’actuel chef du gouvernement, Pedro Sanchez, qui a fait référence à cet épisode de 2004. C’est donc une cohérence historique.
L’autre explication est plus prosaïque : le PSOE, le parti socialiste au pouvoir, est mal en point, affaibli dans les urnes et secoué par plusieurs scandales. Sa position sur la guerre israélo-américaine remobilise la gauche et polarise face à l’extrême droite de Vox, très trumpienne, et qui a le vent en poupe.


L’Europe, c’est cinquante nuances de prudence face à cette guerre, sauf, en effet, cette condamnation espagnole. Madrid a ressenti un grand moment de solitude, mardi, lors de la visite du Chancelier allemand Friedrich Merz à Donald Trump. Le président américain s’est lancé dans une diatribe contre l’Espagne, affirmant même que les États-Unis pourraient utiliser les bases espagnoles avec ou sans la permission de Madrid.


Trump a rappelé que l’Espagne avait aussi refusé de s’aligner sur la décision de l’OTAN de passer les dépenses militaires à 5% du PIB. A la stupéfaction des Espagnols, le Chancelier allemand a alors critiqué l’Espagne à son tour, au lieu de la défendre par solidarité européenne. Madrid a fait connaître son mécontentement à Berlin.


L’Espagne se distingue en politique extérieure : elle a reconnu la Palestine un an avant la France, a refusé de plier face à Trump sur ce chiffre de 5%, dont tout le monde reconnait en privé qu’il est fantaisiste, et maintenant manifeste son opposition à la guerre. Elle nous force à nous poser la question : et si elle avait raison ? Et si l’Europe décidait de dire « non ».



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