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Pourquoi Trump tient au Groenland, au risque de faire exploser l’OTAN

publié le 16/01/2026 par Pierre Haski

Les premiers chasseurs alpins français sont arrivés au Groenland, bientôt suivis par d’autres soldats européens

Il ne s’agit pas de se battre contre les Américains mais d’envoyer un signal politique, dans cette crise inédite entre membres de l’OTAN.

A la naissance de l’OTAN, en 1949, sa mission avait été résumée par une boutade : « garder les Américains à l’intérieur, les Russes à l’extérieur, et les Allemands en bas ». C’était le contexte de l’époque : le début de la guerre froide entre les Occidentaux et l’Union soviétique, et les lendemains de la Seconde guerre mondiale où la méfiance vis-à-vis de l’Allemagne restait forte.

Le monde a bien changé pour que la crise qui ne cesse de monter autour du Groenland oppose les alliés de l’OTAN entre eux ; plus spécifiquement ; l’administration américaine de Donald Trump aux Européens, sur le sort d’un territoire arctique qui fait juridiquement partie de la Couronne danoise, et donc membre de l’Alliance atlantique.

La revendication pressante de Washington sur l’immense territoire groenlandais pouvait sembler une blague au début du mandat de Trump il y a un an. Plus personne ne rit. Jamais, jusqu’ici, des troupes de l’OTAN n’avaient été déployées pour dissuader un autre pays de l’OTAN ; et pas n’importe lequel, celui du Commandant suprême des forces alliées en Europe, le SACEUR selon l’acronyme anglais. Depuis 1949, le SACEUR est toujours américain.

L’arrivée des premiers chasseurs alpins français, bientôt suivis de quelques soldats allemands, norvégiens, et autres, a été calibrée pour envoyer un message politique, sans, à aucun moment, constituer une menace militaire. Ce message est celui d’une Europe qui n’accepte pas de laisser Trump dicter sa loi à un allié européen.

Mais il est clair que si Washington décide de passer en force, ce contingent européen n’a pas pour vocation de résister militairement. Si cela devait se produire, les conséquences politiques seraient considérables. La première ministre danoise, Mette Frederiksen, l’a dit : ça serait la fin de l’OTAN.

Une occupation de force, contre l’avis du gouvernement danois, mais aussi contre la volonté des représentants démocratiquement élus des Groenlandais, ressemblerait plus aux pratiques du Pacte de Varsovie, l’alliance militaire contrôlée par les Soviétiques au temps de la guerre froide, qu’à celles du « leader du monde libre », comme les États-Unis aimaient à être décrits. L’alliance n’y survivrait pas.

Pourquoi Donald Trump tient tant au Groenland si les conséquences sont aussi graves ? Écartons les arguments sécuritaires, selon lesquels les Russes et les Chinois encercleraient le Groenland, et le menaceraient. Aucune activité particulière n’a été observée. Et si la sécurité du Groenland était réellement menacée, le traité de défense entre le Danemark et les États-Unis donnent tous les moyens à Washington pour défendre un territoire sur lequel il y a déjà une base militaire américaine.

La véritable raison est le désir d’empire du président américain, la volonté d’étendre le territoire des États-Unis, comme l’ont fait des présidents qu’il admire comme William MacKinley, à la fin du 19ème siècle. C’est également le reflet du mépris dans lequel il tient l’Europe, comme le montrait la Stratégie de sécurité nationale américaine publiée le mois dernier.

L’Europe ne peut pas laisser faire, malgré l’Ukraine, malgré les liens économiques et historiques : c’est à Donald Trump de prendre ses responsabilités, s’il est prêt à mettre fin à 70 ans d’histoire transatlantique pour assouvir son désir impérial. La balle est dans son camp.


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