Quand la dette fera basculer le monde
« Ils n’en mourront pas tous mais tous sont frappés… » La dette mondiale, qui s’envole, menace la croissance et la paix sociale. Jusqu’où ira la fuite en avant ?
Le fléau mondial de la dette
Imaginons…
La dette publique mondiale a dépassé les 400 000 milliards de dollars. Face au déficit structurel des grandes économies de la planète — États-Unis, Royaume-Uni, Japon, France… —, les banques centrales et le Fonds monétaire international ont soumis ces pays à des plans drastiques de rigueur : baisse des retraites, blocage des salaires, coupes sombres dans les services publics et le remboursement des dépenses de santé, licenciements des fonctionnaires, etc. L’explosion des taux d’intérêt des dettes, parfois plus de 7%, provoquée par la défiance des investisseurs, a mis plusieurs pays au bord du défaut de paiement. Les taux d’intérêt étouffent les économies.
Plus question d’emprunter pour acheter une maison, une voiture, un équipement domestique. Plus question d’investir pour développer son entreprise, acheter des machines ou le concurrent en difficulté. L’immobilier s’effondre partout, l’industrie automobile licencie à tour de bras. Il n’y a plus d’argent pour affronter les grands défis de l’époque, la transition économique, le développement de l’intelligence artificielle ou la réindustrialisation. Et les tensions sociales et politiques provoquent des troubles parfois violents des deux côtés de l’Atlantique.
En France, la présidente Marine Le Pen, qui a depuis 2027 sérieusement augmenté le déficit français, affronte des émeutes dans les banlieues, une grève générale, des suicides massifs de retraités ou d’agriculteurs. Son Premier ministre, Jordan Bardella, vilipendé à l’Assemblée nationale, insulté dans la rue, menace de démissionner, et sa majorité parlementaire déjà fragile a volé en éclats. Les forces de l’ordre sont submergées. Des groupes d’autodéfense s’organisent çà et là, préfigurant des milices, comme si une guerre civile couvait…
Au delà de la fiction…la dette réelle mondiale explose
On n’en est pas là. Cette situation apocalyptique est une fiction. Mais les menaces s’accumulent. La dette mondiale explose. Elle a atteint 365 000 milliards de dollars à la fin du premier trimestre 2026, soit plus de 10 000 milliards de dollars en six mois. Elle représente 310% du PIB mondial, dette privée et publique confondues. Ce ratio a un peu baissé parce que l’inflation a fait progresser le PIB en valeur. Mais le relèvement des taux d’intérêt augmente la charge des dettes publiques. En France, elle doit passer de 80 milliards de dollars en 2026 à 130 en 2030. Bien plus que le seul budget de l’Éducation nationale.
Ce sont les pays émergents qui ont contribué pour 65% à la hausse de l’endettement mondial. Mais c’est le coût croissant de la dette des pays riches qui inquiète, même si 54 pays sont aujourd’hui confrontés à une crise de la dette.
L’Amérique vit à crédit, le monde sous tension
La dette publique américaine a doublé en dix ans. Elle a dépassé cette année pour la première fois la barre symbolique des 40 000 milliards de dollars, environ 34 000 milliards d’euros. Environ dix fois la dette française. Elle représente 7% du PIB. Donald Trump avait promis de couper dans les dépenses gouvernementales et de réduire le déficit annuel pour le ramener à 3% du PIB. Raté ! Le déficit s’est creusé entre autres à cause du remboursement aux entreprises des droits de douane annulés par la Cour suprême. Les réductions d’impôt ont privé le budget fédéral de recettes.
La guerre en Iran a avalé des milliards de dollars. Les dépenses du Pentagone font des bonds : 1 000 milliards de dollars en 2026, 1 500 en 2027. L’endettement privé se creuse lui aussi à toute vitesse du fait des énormes investissements consentis par les géants de la tech lancés dans la course à la construction des data centers.
Dans la zone euro, la France sujet de la plus vive inquiétude
Pour autant, les États-Unis ne sont pas vraiment, encore, en crise financière. Mais la vigilance s’impose. D’autant que les difficultés américaines ne sont pas sans répercussions sur d’autres pays. Le Japon est le pays qui a la plus grosse dette au monde. 230 à 260% de son PIB. Pour faire face à une hausse des taux inédite et enrayer la chute du yen, Tokyo liquide ses avoirs américains.
Dans la zone euro, la situation française provoque les plus vives inquiétudes. Les Britanniques ne sont pas non plus en bonne position avec une dette publique de près de 3 000 milliards de livres, soit 3 540 milliards d’euros, 93,8% du PIB. Et le royaume emprunte lui aussi de plus en plus. Le nouveau Premier ministre travailliste, Andy Burnham, sait déjà qu’il ne pourra pas satisfaire toutes ses ambitions économiques et s’apprête à prendre des mesures « difficiles ».
Les émergents rebattent les cartes
En réalité, les pays sont très inégaux devant la dette. Certains peuvent supporter une dette deux fois supérieure à leur PIB. De façon surprenante, l’endettement des pays émergents suscite l’intérêt des investisseurs. En Afrique, en Asie, en Amérique latine ou en Europe centrale, beaucoup sont moins endettés que les Occidentaux. Leur croissance économique est en effet « boostée » par les exportations d’or, de cuivre pour l’intelligence artificielle, ou encore de pétrole.
Toutefois, au cours de ces deux dernières années, une vague de défauts souverains a touché l’Argentine, la Biélorussie, l’Équateur, le Ghana, le Liban et bien d’autres. Et c’est la Chine qui apparaît comme le principal créancier des pays émergents ou en développement. Pékin est toujours prêt à profiter de la faiblesse des autres pour mieux asseoir son influence. D’ailleurs, son aide ne permet pas de réduire les dettes. Ou bien elle les rééchelonne si les pays sont proches du défaut, ou bien elle consent des « prêts de secours » qui augmentent l’endettement.
En Suisse, un frein à la fuite en avant
Néanmoins, un pays riche et rigoureux ignore les turpitudes de l’endettement public. Sa dette nette est de 140 milliards de francs suisses, soit à peu près autant d’euros. Elle s’établit au pourcentage presque ridicule de 14,8% du PIB. Il faut dire que dès 2001, la Confédération helvétique s’est imposé un frein à l’endettement. La Suisse peut accepter des dépenses qui dépassent les recettes en cas de crise. Mais ces déficits doivent être rattrapés lors des périodes d’expansion économique. Cette disposition a été inscrite dans la Constitution. Une sagesse exemplaire qui manque à beaucoup d’autres pays
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