Quand la génération Z se révolte
De l’Asie à l’Afrique, du Népal au Maroc, la génération Z, les 13-28 ans, se révolte avec les mêmes codes générationnels issus de leur culture numérique commune
La fracture générationnelle se transforme en fracture politique, mais avec quels lendemains ? Les dirigeants politiques s’inquiètent.
On peut parler d’une révolte générationnelle, lorsque les insurgés eux-mêmes nomment leur mouvement « GenZ », pour désigner les jeunes qui ont aujourd’hui entre 13 et 28 ans. De l’Asie -Bangladesh, Népal en passant par le Sri Lanka et l’Indonésie-, la vague de révoltes a gagné l’Afrique, Madagascar et depuis bientôt une semaine, le Maroc.
Au Maroc, l’appellation « GenZ-212 » -212 c’est l’indicatif téléphonique du pays-, a fait son apparition sur les réseaux sociaux, et a généré des manifestations qui ont tourné à l’affrontement avec les forces de l’ordre. Il y a eu trois morts par balles à Laqliaa, près d’Agadir, lorsque les manifestants ont attaqué un poste de gendarmerie. Des incidents ont eu lieu à Tanger ou à Casablanca, il y a eu plus de 400 arrestations, et de nombreux blessés et dégâts.
Des points communs à toutes ces révoltes
Il y a plusieurs points communs entre ces révoltes spontanées qui naissent dans des coins du globe très éloignés, des sociétés très différentes, des systèmes politiques tout aussi divers.
Le premier point commun : la GenZ est la première génération totalement numérique, et c’est donc naturellement sur les réseaux sociaux que le mouvement est né, et que se produit la contagion d’un pays à l’autre. La plateforme privilégiée est Discord, un système de messagerie instantanée, initialement utilisé par les adeptes des jeux vidéo. Discord compte plus de 600 millions d’utilisateurs dans le monde, et a déjà joué un rôle politique : aux États-Unis, c’est là que se serait préparé l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2022.
Le deuxième point commun, c’est l’absence de leaders reconnus ou autoproclamés, et une profonde méfiance vis-à-vis des partis ou des syndicats. On retrouve là certains des ingrédients des « printemps arabes » de 2011, qui avaient ébranlé toute la région.
Troisième point commun, enfin, les revendications, anticorruption, pour plus de justice sociale. « Le peuple veut la chute de la corruption », scandent les manifestants marocains, qui contestent les investissements massifs dans les infrastructures des prochaines Coupe d’Afrique et Coupe du monde de football, tandis que la santé et l’éducation sont en crise.
Quelle est la dimension politique de ces soulèvements ?
Inévitablement, c’est le pouvoir en place qui en paye le prix. Au Népal, il a même été renversé, et remplacé par une équipe chargée d’organiser des élections en mars 2026. On ignore encore si les jeunes manifestants décideront de présenter des candidats, ce serait une évolution intéressante.
A Madagascar, le pouvoir est sur la sellette avec la poursuite des manifestations. Le Maroc présente un cas à part : la monarchie est épargnée par les slogans, qui visent la classe politique et la gestion du pays. En 2011, le roi Mohammed VI avait réussi à retourner le début de « printemps » avec des réformes constitutionnelles. Il est cette fois resté silencieux.
La vraie question est la suite de ce mouvement. D’autres pays s’y joindront-ils, en particulier en Afrique où on trouve le plus grand décalage entre la jeunesse de la population et l’âge des dirigeants ? La fracture générationnelle se transforme en fracture politique dont nul ne peut prédire l’issue.
Une fois de plus, c’est un grain de sable inattendu qui vient perturber des situations politiques qui semblaient sous contrôle. La GenZ arrive à maturité, et fait entendre sa voix : bien des autocrates, mais pas seulement, doivent aujourd’hui redouter que ça explose aussi chez eux.
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