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Référendum perdu : une gifle pour Giorgia Meloni

publié le 24/03/2026 par Pierre Feydel

En réformant la magistrature. Elle souhaitait mettre au pas les juges italiens. Son texte, soumis à référendum, a été rejeté. Un sévère coup d’arrêt à sa politique

Photo : La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, au Parlement italien, le 11 mars 2026. ©AFP – Andreas Solaro

Un référendum transformé en vote sanction

Giorgia Meloni a perdu. Les premiers résultats du référendum qu’elle a initié sur la réforme de la justice italienne donnaient lundi 23 mars le « non » en tête. Elle a annoncé malgré ce désaveu rester à la tête du gouvernement. La participation, record, a enregistré 59 % de votants. Plus qu’aux dernières consultations récentes, nationales ou locales. Et 54 % des Italiens qui se sont exprimés ont rejeté son texte. Il s’agissait de séparer strictement les carrières des juges de celles des procureurs et de créer deux conseils de la magistrature distincts. Pas de quoi forcément déplacer les foules.

Sauf que le scrutin s’est transformé en référendum pour ou contre Meloni, maléfice courant dans ce genre de consultation. On vote moins pour une réforme aux apparences techniques que pour ou contre le gouvernant qui la réclame. Et en l’occurrence, les Italiens ont montré qu’ils sont plus attachés à leur Constitution, qui aurait dû être modifiée, qu’à leurs hommes ou femmes politiques. Et, dans leur majorité, ils ne soutiennent pas la politique de la cheffe de leur gouvernement.

Une campagne féroce pour une réforme autoritaire

D’ailleurs, la réforme n’était pas si innocente que cela, bien qu’elle soit présentée comme garantissant mieux l’impartialité de la magistrature. La composition des conseils chargés des affectations, mutations et promotions des magistrats serait changée. Ils ne seraient plus désignés par les instances représentatives, mais tirés au sort. Une nouvelle cour disciplinaire aurait été créée avec 3 membres nommés par le président de la République, 3 tirés au sort parmi une liste établie par le Parlement, et 9 choisis de la même façon parmi les magistrats. Une autre disposition devait empêcher juges ou procureurs de changer de fonction pour limiter les ingérences politiques. Les défenseurs de la réforme assuraient que les relations entre procureurs et juges favorisaient l’accusation. La campagne a été féroce. Mais les partisans du « oui » s’en sont pris aux magistrats de façon outrancière.

Attaques frontales contre les juges

Carlo Nordio, ministre de la Justice, a parlé de « mécanisme paramafieux » à propos du système judiciaire. Sa cheffe de cabinet a proposé aux Italiens de « se débarrasser » de la moitié des magistrats en évoquant des « pelotons d’exécution ». Les partisans de la réforme ont du coup montré qu’ils voulaient casser l’influence de magistrats partisans, en gros de gauche. Air connu. Giorgia, elle-même, y est allée de ses couplets vengeurs, accusant les magistrats négligents de remettre en liberté, pêle-mêle, immigrés illégaux, violeurs, pédophiles et dealers. Air toujours connu.

Face à cette agressivité, l’opposition, dont tous les partis s’étaient élevés contre une réforme qu’ils accusaient de vouloir s’en prendre à l’État de droit, n’avait qu’à laisser faire. Les juges italiens sont des héros. Ils ont payé cher leur lutte contre le banditisme. Giovanni Falcone, Paolo Borsellino ou Cesare Terranova, pour ne citer qu’eux, assassinés par la mafia en Sicile pendant la décennie terrible, de la fin des années 70 jusqu’au début des années 90, témoignent de plus de dix ans de combats sans répit contre le crime.

Un revers pour une stratégie illibérale

Giorgia Meloni croit-elle que les Italiens ont oublié ces magistrats-là ? Comme tous les dirigeants de la droite extrême de la planète, promoteurs d’une démocratie illibérale, tels l’Américain Donald Trump ou le Hongrois Viktor Orbán, la présidente du Conseil italien rêve d’une justice soumise et d’un État de droit démantelé. En France, de LR au RN, des voix ont exprimé la même exaspération à l’égard d’une justice et de magistrats prenant des décisions contraires aux aspirations de leurs militants. Les jugements du Conseil constitutionnel ou du Conseil d’État ont été parfois contestés par ces mêmes responsables.

En Pologne, le Premier ministre de centre droit, Donald Tusk, a toutes les peines du monde à promouvoir des dispositions redonnant à la justice de son pays une véritable indépendance. Le président nationaliste Karol Nawrocki bloque. Ces populistes estiment que les urnes sont au-dessus de la loi. Lorsqu’ils ont été élus par une majorité qui prône des décisions contraires aux libertés publiques, aux droits élémentaires des citoyens, la justice doit suivre leurs opinions plutôt que d’appliquer le droit.

Une opposition relancée

Donc la magistrature doit être à tout prix mise au pas. C’était bien l’intention de la réforme promise par Giorgia Meloni. Du coup, la vraie nature de la leader de Fratelli d’Italia, parti d’extrême droite originellement à tendance néofasciste, s’est révélée au grand jour. Mais cette fois, elle subit un revers sérieux. Elle ne pourra plus modifier la Constitution. Elle envisageait de tripatouiller la carte électorale pour remporter les législatives de l’année prochaine. Ce ne sera pas facile.

L’opposition, requinquée, l’attend au tournant. « C’est un nouveau printemps politique », affirme, heureux, Maurizio Landini, secrétaire général de la CGIL. Le mouvement M5S parle d’avis d’expulsion remis à la présidente du Conseil. Et le Parti démocrate remarque « un lien rompu entre Giorgia Meloni et le peuple ». Tous ont les yeux fixés sur les législatives de 2027.


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