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Jeu de dupes à la Maison-Blanche

publié le 31/12/2025 par Marc Lefevre

Derrière l’entente de façade, deux stratégies opposées s’affrontent toujours sur Gaza, l’Iran et l’avenir du Moyen-Orient… sur fond de calculs électoraux

Deux agendas a priori inconciliables

Pour cette cinquième rencontre de l’année entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou, les agendas des deux chefs d’État semblaient a priori contradictoires.

À la veille d’une confrontation avec la Chine et alors qu’il échoue à mettre fin à la guerre en Ukraine, Donald Trump a intérêt à ce que les conflits s’arrêtent au Moyen-Orient.

De son côté, Benjamin Netanyahou, inculpé dans plusieurs affaires de corruption, fraude et abus de confiance et actuellement jugé en Israël, s’acharne à faire oublier sa responsabilité dans la tragédie du 7 octobre et dans ses conséquences. Arguer de multiples menaces et tensions régionales, qu’elles soient réelles ou supposées, lui permet de brouiller l’agenda politique et limite les pressions publiques pour rendre des comptes.

Gaza, ligne de fracture entre Washington et Jérusalem

Alors que Donald Trump affirme vouloir passer rapidement à la deuxième phase du cessez-le-feu à Gaza, Netanyahou sait que l’implication difficilement évitable de l’Autorité palestinienne dans la gouvernance et le maintien de l’ordre à Gaza sonnera le glas de sa coalition gouvernementale actuelle.

Les deux conditions posées par Netanyahou

C’est dans ces conditions que Netanyahou avait fait connaître à l’avance ses deux priorités :
1/ Un désarmement du Hamas comme condition préalable au passage à la deuxième phase du cessez-le-feu à Gaza. 2/ Un possible feu vert pour de nouvelles attaques militaires sur l’Iran en cas de relances notables des programmes de missiles balistiques par le régime des mollahs.

Au-delà des déclarations martiales, des désaccords de fond

Sur ces deux points, les affirmations péremptoires de Donald Trump vis-à-vis du Hamas et de l’Iran ont donné l’impression que Netanyahou avait été entendu et avait obtenu gain de cause. En Israël, ces déclarations de principe aux allures martiales de Donald Trump ont satisfait les soutiens du gouvernement. En réalité, les observateurs se sont empressés de souligner qu’au-delà des flatteries et des compliments, des points d’achoppement essentiels demeurent.

Turquie et Syrie…Ca grince pour Israël

Trump n’a pas hésité à affirmer avec insistance l’importance qu’il attache au développement de ses relations avec la Turquie ainsi que les rôles que le régime d’Erdogan pourrait jouer dans la sécurisation et la reconstruction futures de Gaza.
De même, et malgré les timides remarques de Netanyahou, Trump affiche comme une priorité la conclusion d’un accord de sécurité entre Israël et la nouvelle Syrie d’Ahmed al-Charaa.

Pour stabiliser et apaiser le Moyen-Orient, Trump et ses conseillers ne reviendront pas sur le choix d’une alliance avec les pays sunnites modérés ainsi qu’avec le Qatar et la Turquie, alignés sur les Frères musulmans, que cela plaise ou non à Netanyahou.

Gaza : imposer le plan à Netanyahou

C’est d’ailleurs pourquoi la dernière rencontre Trump-Netanyahou a été accueillie avec sang-froid, sinon indifférence, par les pays arabes de la région. Des assurances avaient été envoyées par les États-Unis selon lesquelles Trump, à la différence de Netanyahou, n’est pas intéressé par une escalade des conflits.

En ce qui concerne Gaza, l’administration américaine sait que le gouvernement Netanyahou n’a… rien à proposer. Ce qui sera conclu et mis en place pour l’avenir de ce territoire, entre les États-Unis et leurs pays partenaires, devra d’abord être imposé à Israël.

2026, l’année de toutes les élections

Mais, courant 2026, deux élections vont se tenir qui risquent de changer la donne politique au Moyen-Orient. En Israël, les élections pour renouveler la Knesset se tiendront au plus tard en septembre. Tout indique que Benjamin Netanyahou y perdra la majorité sur laquelle il s’appuie actuellement.

Aux États-Unis, il est plus que probable que Trump perdra sa majorité absolue au Sénat et au Congrès après les élections de mi-mandat en novembre, et verra se réduire ses marges de manœuvre en politique extérieure.

Dans ces conditions, le pire des scénarios pour Trump est de se retrouver avec un Netanyahou leader d’opposition déchaîné, qui mènera campagne parlementaire et extra-parlementaire pour bloquer les initiatives de Trump au Moyen-Orient.

Les arrière-pensées d’une surprenante demande de grâce

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les multiples flatteries et compliments adressés à Netanyahou, ainsi que la demande surprenante adressée par Donald Trump au président de l’État d’Israël, Itzhak Herzog, pour gracier un mis en cause qui refuse de reconnaître ses fautes.

L’espoir de Trump est de voir un Netanyahou gracié et affaibli accepter de se retirer de la vie politique ou, au mieux, être partenaire minoritaire dans un futur gouvernement d’union nationale qui ne serait plus un obstacle aux visées de Trump.

Point d’orgue

Bien après la rencontre, pour marquer le coup, Trump s’est permis de rajouter qu’il attend que Netanyahou et son gouvernement prennent des mesures efficaces pour diminuer les tensions en Cisjordanie et  montre une volonté de contenir la violence des colons.


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