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Reza Pahlavi, le faux-nez de la transition iranienne

publié le 14/01/2026 par Pierre Feydel

Le nom du prince héritier est scandé dans les manifestations. Mais a-t-il l’étoffe ? Et qui veut d’une monarchie dans l’opposition aux mollahs ?

Réfugié aux États-Unis depuis 1979, Reza Pahlavi, fils du dernier shah, héritier de la couronne perse, semble bien décidé à jouer un rôle essentiel dans la transition qui pourrait advenir si le peuple persan renverse la théocratie au pouvoir. Il n’a cessé d’inciter ses ex-compatriotes à la révolte alors qu’une répression sanglante s’abat sur les foules. Après un premier bilan à 734 morts, une ONG en Norvège, Iran Human Rights ( IHR) parle maintenant de plusieurs milliers de morts. Le fils aîné de Mohammad-Reza Pahlavi et de Farah Diba a 65 ans. Il n’a pas remis les pieds dans son pays natal depuis 47 ans. Sa perception de la société iranienne actuelle risque donc de manquer de pertinence.

Ce qui n’a pas empêché les États-Unis de considérer le prince comme un personnage utile en cas d’effondrement du régime des mollahs, jusqu’à ce que Donald Trump émette des réserves, considérant qu’il était urgent d’attendre avant de favoriser le retour de ce descendant d’une monarchie qui, par ailleurs, avait montré par le passé son dévouement à l’allié américain.

Ambitions et ambiguïtés

Reza Pahlavi lui-même avait à plusieurs reprises expliqué que, certes, il entendait bien prendre part à la chute des ayatollahs, mais qu’il n’avait aucune intention de participer à un futur pouvoir à Téhéran. À Fox News, il déclare : « Je suis ici pour guider et aider notre nation à traverser cette transition. » Reste que le prince héritier est devenu une figure de l’opposition. Les manifestants ont scandé son nom, brandi des pancartes à son effigie. « Pahlavi bar migarde ! », « Pahlavi va revenir ! » en persan, crient certains. Bien sûr, le personnage émerge à chaque vague de troubles. D’abord parce qu’il est le symbole vivant de l’Iran d’avant les mollahs.

À ce titre, son nom parle à tous ceux qui, aujourd’hui, auraient préféré que la République iranienne ne devienne jamais une tyrannie islamique. Et puis, les oppositions sont aujourd’hui divisées. Aucune personnalité ne se détache. Évoquer un Pahlavi est pratique. Et puis, à force de voir son nom brandi dans les manifestations, il a peut-être donné de nouvelles ambitions à lui-même.

Un retour improbable

Mais qui est ce leader par défaut dont les traits du visage, en vieillissant, sont de plus en plus proches de ceux de son père, le shah chassé du célèbre trône du paon ? Lui qui a quitté son pays à 18 ans pour parfaire aux États-Unis une formation de pilote de chasse lorsqu’éclate la révolution. Il va suivre sa famille en exil jusqu’au Caire où son père meurt en 1980. Installé dans le Maryland, il entretient des relations suivies avec sa mère, la chahbanou, qui vit en France. Il se déclare partisan d’une démocratie libérale en Iran. Mais il ne souhaite pas rentrer dans son pays. Il crée en 2013 le Conseil national iranien doté d’une charte. Sauf que le prince n’a jamais condamné clairement le régime de son père, les tortures, les exécutions de la gestapo locale, la SAVAK. Au contraire, il l’a justifié en expliquant que les victimes de cette police politique étaient des terroristes. Ce qui jette un doute sur ses intentions démocratiques.

Il n’a pas non plus regretté, en 1971, les fastueuses fêtes de Persépolis pour le 2 500ᵉ anniversaire de l’empire fondé par Cyrus le Grand, dans un pays où 53 % de la population vivait dans une misère noire. Il n’évoque jamais, au moment de la chute de la dynastie, le transfert à l’étranger du patrimoine de la famille, 4 milliards de dollars. Ces ambigüités, pour ne pas dire plus, font que la légitimité de Reza Pahlavi est fortement contestée. Sa proximité avec le courant néo-conservateur aux États-Unis et ses propos pro-israéliens n’ont rien arrangé. Mais a-t-il vraiment des partisans ?

Une base populaire incertaine

La moitié de la population iranienne est composée de minorités azéries, kurdes, turkmènes, arabes. Elles ne sont pas particulièrement monarchistes. Les 50 % de Perses restants sont loin d’être unanimes sur le retour du shah. La diaspora iranienne est, elle, plus favorable. Mais le prince, a-t-il un vrai réseau hormis les milliardaires et millionnaires de l’ancien régime qui, exilés, le soutiennent et s’agitent sur les réseaux sociaux ?

Portrait d’une figure contestée

Reste enfin sa personnalité. Les mauvaises langues le jugent peu intelligent. D’autres ne lui accordent ni la tête, ni les épaules pour reprendre en main, après près d’un demi-siècle de dictature islamique, les rênes du pays. Il n’en exprime d’ailleurs pas l’ambition. Trump, condescendant, l’a traité de « brave type ». Un jour, Antoine Basbous, journaliste et politologue franco-libanais l’interviewant, lui demande ce qu’il aurait aimé faire s’il n’avait pas été le prince héritier de la dynastie. Il répondit benoîtement : « Coach sportif. » L’équipe nationale de football iranienne aura peut-être dans les temps à venir besoin d’un entraîneur, elle est qualifiée pour la prochaine Coupe du monde…aux États-Unis.


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