Russie : comment la guerre détruit l’économie
Le forum international de St Pétersbourg cache une situation très dégradée. L’effort de guerre dévore les ressources du pays
Drones sur St Pétersbourg: une gifle à Poutine
Une conjonction d’événement, pas toujours fortuite, peut mettre en lumière des situations parfois soigneusement sous-estimées. En voici une : ce 3 juin, à St Pétersbourg, Vladimir Poutine ouvre son Forum économique international. La veille, les Ukrainiens ont lancé sur sa ville natale une volée de drones qui a détruit des sites militaires et énergétiques. Histoire de rappeler que c’est la guerre qui mène le jeu. Une gifle pour le président russe déjà abreuvé de mauvaises nouvelles. Depuis plusieurs jours, autour de lui, banquiers, économistes et hauts fonctionnaires s’inquiètent.
Le ministre des Finances, Anton Silouanov, a tancé le gouvernement et veut geler les finances publiques pour soutenir un effort de guerre qui dévore 40% du budget de la Fédération. Le « Financial Times » a révélé que les dépenses militaires vont dépasser les prévisions de 2 000 milliards de roubles, soit 24 milliards d’euros. Ce chiffre pourrait même, dans le pire des cas, atteindre le double.
Un PIB égal à celui de l’Italie
Plus généralement, le déficit budgétaire, 71 milliards d’euros, atteint 2,5% du PIB. Mais surtout, il fait exploser des prévisions qui le limitaient à 41 milliards. La croissance pour 2026 n’augmenterait que de 0,4% cette année. L’inflation approche les 6%. La Russie est économiquement un pays relativement modeste. Son PIB correspond à celui de l’Italie pour une population deux fois et demie plus importante. La consommation a faibli avec une TVA relevée de 20 à 22%. La Banque de Russie a certes un peu baissé son taux directeur, mais il reste à 15,5%, ce qui obère sérieusement les capacités d’emprunt des entreprises et des particuliers.
Un krach financier en 2026 ?
La vitrine du Forum international, du « Davos russe », ne trompera pas les investisseurs étrangers dont la Russie aurait pourtant dramatiquement besoin pour se sortir de l’ornière, malgré les discours lénifiants du pouvoir poutinien. La guerre reste un gouffre financier.
D’autant que la Russie ne bénéficie pas des gains espérés par l’augmentation du prix du baril en raison du blocage du détroit d’Ormuz. Les attaques ukrainiennes incessantes, désormais dans la profondeur du territoire de la Fédération, handicapent sérieusement les capacités de production, de raffinage et de transport des hydrocarbures. Des pénuries de carburant sont évoquées.
Or l’exportation du pétrole est la principale ressource de la Russie. Certains experts évoquent la possibilité d’un krach financier en 2026. Les risques de stagflation sont patents entre une croissance à l’arrêt et une inflation qui rogne les revenus réels. L’économie civile a été sacrifiée à l’économie de guerre. Même Rosstat, le service d’État des statistiques russes, ne peut cacher la réalité, comme le constate la revue « Grand Continent ».
L’armement en plein essor mais le reste décline
L’industrie de l’armement est certes en plein essor. Mais si l’on observe de façon fine l’activité industrielle, on constate que la production des filières civiles se contracte à toute vitesse. C’est le cas particulièrement du bâtiment et des travaux publics : moins de ciment, de briques, de tuyaux, de carreaux de céramique, de parpaings, mais aussi d’équipements tels que les radiateurs, les chaudières ou les ascenseurs. Mais cette diminution atteint aussi des biens intermédiaires qui intéressent plus ou moins directement les usines d’armement.
Sont concernés les moteurs électriques, les pompes ou les roulements à billes. Mais se ralentit aussi la production de matériaux tels que le verre, l’acier ou la fonte. Très significativement, en 2025, la production d’équipements radar a augmenté de 28,5%, celle de la laine a baissé de 31,3%, des équipements médicaux de 26,7%. Le secteur des transports a particulièrement souffert, même si la production automobile s’est à peu près maintenue.
Moscou sous dépendance chinoise
Qui va aider la Russie à survivre ? Son allié chinois n’a pas intérêt à son effondrement, mais ne rêve certainement pas d’une Russie forte. La dépendance de Moscou à l’égard de la Chine ne peut qu’augmenter. Certes, Pékin a besoin du pétrole ou du gaz russes, mais l’armement russe ne peut se passer des puces chinoises. La Russie laisse apparaître de réelles failles à l’Est. La Sibérie et l’Extrême-Orient russe sont peu peuplées. Leurs ressources immenses constituent une proie très tentante pour leurs voisins. Déjà, des entreprises chinoises sont très présentes dans ces contrées, notamment pour l’exploitation du bois et de l’énergie. Le défaut russe : conquérir des territoires, mais être incapable de les développer, offre à Pékin des opportunités. L’Empire du Milieu reste à l’affût.
L’économie se venge
Vladimir Poutine, en s’engageant dans une guerre sans fin en Ukraine, a mis son pays en danger. Il n’a jamais paru très soucieux du bien-être de ses concitoyens que le conflit appauvrit. Jusqu’à certains oligarques qui semblent manifester de réelles inquiétudes. Le président russe ne s’est jamais intéressé à l’économie, il a toujours voulu la soumettre à ses délires impériaux, elle a commencé à se venger.

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