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Economie: les Russes pris dans le quotidien de la guerre

publié le 23/07/2026 par Pierre Feydel

Les frappes de l’Ukraine sur les installations pétrolières ou les sites du e-commerce ruinent la confiance des populations envers le pouvoir ou les banques

Photo : La boulangerie Machenka, de Denis Maksimov, en banlieue de Moscou, le 18 février 2026. ALEXANDER ZEMLIANICHENKO/AP

Le front du carburant

Le consommateur russe souffre. En accroissant ses difficultés, les Ukrainiens espèrent faire réagir le citoyen et ainsi déstabiliser le pouvoir poutinien. Une stratégie payante. Les queues s’allongent devant les stations-service vides sur tout le territoire de la fédération. Aux dernières nouvelles, elles auraient atteint 3000 km, la distance qui sépare, par la route, Paris de Moscou. Et dans ces files, des Russes exaspérés multiplient les altercations, parfois en viennent aux coups. Une question revient lancinante : « mais que se passe-t-il ? » Comme si la population n’avait pas pris conscience de la guerre avec l’Ukraine.

Mais c’est fini. En frappant systématiquement les raffineries dans tout le pays, les Ukrainiens ont créé de fortes perturbations un peu partout. En tout plus de 80% des capacités de raffinage russe ont été prises pour cible cette année. 25 installations ont été touchées dont 16 à deux reprises représentant 161 millions de tonnes de carburants produites par an. Dernière en date, celle d’Omsk à 2800 kilomètres de la frontière irakienne, contrainte de se mettre à l’arrêt.

Pénuries et colère sociale

Résultat, des pénuries dramatiques. Les quantités disponibles sont réservées à l’effort de guerre. Et les engins agricoles en pleine période de récolte sont privés de gasoil ou d’essence. Ce qui augure d’autres pénuries, alimentaires cette fois. Moscou doit donc acheter du pétrole raffiné, entre autres à l’Inde, à laquelle par ailleurs, elle vend du pétrole brut. Une situation ubuesque. Les prix à la pompe grimpent. Le marché noir prospère. Les entreprises publiques et l’armée revendent sous le manteau, très cher, des carburants acquis grâce à des subventions. La corruption prospère et le chaos s’installe.

Les Ukrainiens enfoncent le clou. Non contents de détruire le raffinage, ils s’attaquent aux exportations de pétrole et de gaz russe qui représentent un quart des recettes de l’État. Ils ont coulé en mer d’Azov et ailleurs 170 pétroliers de la flotte fantôme grâce à leurs drones maritimes. Les recettes pétrolières de Moscou ont baissé de plus de 18% en 2025. La chute s’est accélérée pendant les premiers mois de 2026.

Pékin souffle le chaud et le froid

Mauvaise nouvelle supplémentaire : la Chine quoique alliée proclamée de la Russie vient de lui jouer un très mauvais tour en retardant le projet de gazoduc Force de Sibérie 2. Il devait permettre de réorienter vers la Chine les exportations gazières russes désormais bloquées avec l’Europe. La politique énergétique russe va donc mal. Mais les Ukrainiens s’ils tentent d’étrangler l’économie de la fédération, n’oublie décidément pas les pressions sur le consommateur. Le 18 juillet, des drones se sont abattus dans les régions de Moscou et de Tambov sur des entrepôts de la société de e-commerce Wildberries. 8 personnes auraient été tuées dans cette attaque.

Trois jours plus tard l’opération s’est répétée deux fois sur des sites de la même entreprise dans le sud du pays. En détruisant ainsi les infrastructures de « l’amazon russe, » Kiev manifeste sa volonté de démontrer à la population que ceux qui la dirigent sont incapables de la protéger.

La confiance s’évapore

Plus d’essence, plus de vente en ligne, des pénuries de toutes sortes, la perte de confiance vis à vis du pouvoir est manifeste. Elle se répercute gravement sur les banques. Jusqu’alors 89% des paiements dans le commerce s’effectuaient électroniquement (57% en France). Aujourd’hui, les retraits en espèces explosent sous l’effet des coupures d’internet mobile provoquées pour gêner les systèmes de guidage des drones ukrainiens. Ce retour spectaculaire à l’argent liquide n’augure rien de bon. 1560 milliards de roubles soit 1 milliards d’euros ont ainsi été mis en circulation depuis le début de l’année. Une attitude charactériqtique d’une période de tension.

En juin 2023, la mutinerie du groupe Wagner avait provoqué le même phénomène. Une précaution : avec de l’argent liquide le consommateur sait qu’il pourra acheter le nécessaire quoi qu’il arrive. Début juillet, l’agence Reuters s’appuyant sur le rapport d’un service de renseignement européen, a alerté sur un risque d’effondrement du système bancaire russe.

Banques au bord de la rupture

Les banques ont, en effet, soutenu l’effort de guerre et accepté une augmentaion des prêts à hauts risques. Or, dès 2025, 10% des prêts aux entreprises seraint devenus douteux, et 15% de ceux consentis aux particuliers ne vaudraient pas mieux. Le taux de faillite des sociétés a atteint 33% . les défauts de paiement se multiplient. Plus de 217 milliards d’euros ont été sortis du système bancaire pour être investis ailleurs. Ce qui limite la capacité de prêts des banques très sèrieusement handicapée par un taux d’intérêt à 14, 25%. Et, c’est ce moment que l’Union euriopéenne a choisi pour voter bientôt un 21ème train de santions qui viserait les réseaux de cryptomonnaies et les institutions financières.

Le pouvoir poutinien nie, lui, toute difficulté. La banque centrale russe assure qu’elle peut faire face. Una attitude de façade qui ne trompe personne. Les oligarques sont vent debout contre des taux d’intérêt qui, selon eux, brideraient l’investissement. L’indice MODEX de la bourse de Moscou a perdu 29% par rapport à la même période de l’année dernière. Le PIB augmenterait péniblement de 0,4% cette année contre prés de 5 en 2024.

La garde rapprochée se fissure

Des signes de fortes tensions dans les cerles du pouvoir apparaissent ici ou là. Elvira Nabioullina, la gouverneur de la Banque centrale russe avait disparu depuis des semaines. Elle réapparait subitement, prétexte un rhume et baisse les taux d’intérêt de 0,25%. Elle veut faire taire les rumeurs d’une possible éviction. Car sa rigueur, à l’évidence, ne plait pas à tout le monde. Mais sa réputtaion dépasse les frontières de la fédération. Cette économiste a dirigé la contre-offensive aux sanctions occidentales de 2014, nettoyé le secteur bancaire de ses dérives, ramené l’inflation qui avait atteint 18% en 2022 à 6%. Poutine trouverait néammoins sa politique trop restrictive.

Conseillère d’Etat de1ère classe de la Fédération de Russie, elle n’a jamais caché ses inquiétudees quand au coût du conflit avec l’Ukraine, quelques 775 millions d’euros par jour. Jusqu’où la Russsie pourra supporter ce colossal effort malgré les difficultés qui s’amoncellent ? Jusqu’où le consommateur et le citoyen russe accepteront d’en subir les conséquences ?


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