Sauver l’information au temps de l’IA : le cri d’alarme du patron du « New York Times »
L’IA peut-elle tuer l’information fiable ? Et mettre ainsi en danger l’économie des médias et la démocratie?
Arthur Sulzberger, l’héritier de la famille propriétaire du « New York Times », a alerté lundi à Marseille sur les dangers que font peser les géants de l’IA sur l’économie des médias, et donc sur la capacité à fournir une information factuelle fiable indispensable au débat démocratique.
C’est un discours prononcé par le patron de l’un des journaux les plus influents au monde, et qui a suscité un vaste débat. Arthur Sulzberger, l’héritier de la famille qui possède le « New York Times », était lundi à Marseille où se tenait le Congrès mondial des médias. Son discours a été publié par le site Le Grand Continent
« Comment sauver le journalisme au temps de l’IA ? »
L’enjeu, de fait, est moins le journalisme, ce n’est pas un combat corporatiste ; l’enjeu est la démocratie, ou au moins l’accès à une information factuelle fiable et plurielle qui est la condition même du débat démocratique.
Le patron du « New York Times », un journal fondé il y a 175 ans, s’inquiète de la surpuissance des géants de la Tech, qu’il accuse de chercher à « démanteler définitivement les droits qui nous permettent de contrôler le travail que nous créons ». Les entreprises d’IA, explique-t-il, s’approprient des données sans consentement ni compensation. Il parle de « vol ».
L’histoire des 20 dernières années montre déjà comment les plateformes numériques ont capté une bonne partie de la valeur qui allait autrefois aux entreprises de presse. Elles ont aussi permis, parce qu’elles ne veulent pas assumer leurs responsabilités, la désinformation, la haine en ligne, et un chaos informationnel qui pèse sur le débat public dans les sociétés ouvertes.
L’Intelligence artificielle, qui émerge à grande vitesse depuis l’apparition de Chat GPT il y a quatre ans, n’est pas qu’une étape de plus : c’est un changement de paradigme, puisque les IA ne renvoient pas de trafic vers des sites comme le font les moteurs de recherche ; elles offrent des réponses structurées, qui s’appuient sur des contenus déjà publiés, utilisés sans que leurs auteurs ne soient rémunérés ; et sans validation professionnelle ou éthique comme des articles. Seuls les plus gros survivront dans cette jungle qui s’annonce, affaiblissant le journalisme et la capacité d’avoir un débat public s’appuyant sur des faits.
C’est là que le bât blesse : le rapport de force est évidemment en faveur des géants de la Tech. Sulzberger fait observer que « la valeur combinée des six principales entreprises d’IA s’élève à 11 000 milliards de dollars. C’est trois fois le PIB de la France ».
La principale réponse peut sembler paradoxale : c’est le journalisme. Le patron du « New York Times » insiste à juste titre sur un point-clé : la presse devrait s’imposer comme « l’alternative fiable » au chaos informationnel.
Cela exige de reconquérir un public qui se méfie des médias traditionnels, au profit des plateformes qui apparaissent comme plus « neutres ». Quand l’IA ne permet plus de distinguer le vrai du faux, c’est pourtant le journalisme professionnel qui doit être la réponse.
Arthur Sulzberger reprend une remarque développée en son temps, avant internet, par Hannah Arendt : quand on vous ment, on ne cherche pas à vous faire croire le mensonge, on cherche à ce que vous ne croyez plus en rien. Il ajoute : « Cela a conduit à un sentiment croissant que l’on ne peut plus se fier à rien, exigeant de chacun une vigilance presque paranoïaque à propos de tout ou, pire encore, une descente vers le nihilisme. »
L’IA n’est ni bonne, ni mauvaise ; mais sans règles elle devient la technologie de tous les dangers. Le cri d’alarme du patron du « New York Times » doit nous faire réfléchir.
Tous droits réservés "grands-reporters.com"