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Sénégal : guerre au sommet de l’État

publié le 01/06/2026 par Malik Henni

Au Sénégal, la rupture entre le président Diomaye Faye et son premier ministre Ousmane Sonko révèle une dette truquée, une crise politique et une dérive liberticide sur fond d’homophobie

Un duo victorieux déjà fracturé

La lune de miel n’aura pas duré longtemps entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Les divergences idéologiques et une querelle d’ego ont scellé le sort du ticket qui a réussi à faire tomber le clan de Macky Sall, président autoritaire qui a gouverné de 2012 à 2024. Derrière le limogeage du chef du gouvernement et son repli stratégique à la présidence de l’Assemblée nationale se nichent de graves déséquilibres qui menacent d’emporter le Sénégal dans la tourmente.

La « dette cachée »

La victoire de Bassirou Diomaye Faye à la présidentielle en mars 2024 n’était pas écrite : par d’habiles manœuvres politiques, il a pu s’allier avec l’opposant historique Ousmane Sonko, rendu inéligible par une loi de circonstance votée par le parti du président sortant. Une fois aux affaires, le ticket gagnant découvre une malversation financière gravissime : Macky Sall avait trafiqué les comptes pour masquer le niveau réel d’endettement. Entre les documents votés par l’Assemblée nationale et la réalité des chiffres, l’écart atteint plus de 40 points de PIB. Dans un pays en voie de développement, cela équivaut à un arrêt de mort pour les marchés financiers.

Souverainisme contre pragmatisme pro‑FMI

Face à la crise budgétaire, deux lignes se sont affrontées. Le PM, de tendance souverainiste et au discours antifrançais, a voulu faire jouer les intérêts du « Sud global » en allant chercher des investisseurs chinois ou émiratis : las ! Les taux d’intérêt demandés étaient stratosphériques. Plus pragmatique, le président a ménagé la relation avec la France, bien que la fin de la présence militaire tricolore ait été actée. Aucun nom d’oiseau n’a fusé, et le Sénégal ne s’est pas engagé dans la voie autoritaire et prorusse empruntée par plusieurs de ses voisins, comme le Niger et le Mali.

Vers l’austérité sous surveillance du FMI

Face au risque de défaut, qui prendra bientôt la forme d’une cure d’austérité forcée, le Pastef, parti de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko, est comme tétanisé. Pendant ce temps, Macky Sall, responsable de cette gabegie et de ce mensonge institutionnalisé, est parti en pèlerinage à La Mecque et ne semble pas pressé de rentrer à Dakar.

Sonko, déjà en embuscade pour 2029

Retranché à la présidence de l’Assemblée, Ousmane Sonko aura beau jeu de se présenter à la présidentielle de 2029 en sauveur d’un Sénégal rendu exsangue par les demandes de réforme du FMI. La restructuration de la dette bilatérale passera par des négociations avec les créanciers, où la France aura son mot à dire, en tant que partie prenante de plusieurs banques de développement africaines. Le président a fait le choix d’un gouvernement technique en nommant un ancien sous-gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, conscient des vents mauvais qui se profilent sur les marchés financiers pour son pays.

Une loi homophobe comme exutoire de la crise

Au milieu de ces jeux de posture et des difficultés structurelles, restent deux invariantes propres aux sociétés en crise : le choix du bouc émissaire et le détournement d’attention. Le pays traverse une vague d’homophobie sans précédent, alimentée par le vote d’une loi criminalisant les relations sexuelles entre personnes de même sexe, qualifiées « d’influences occidentales ».

Les homosexuels sont menacés de castration, poursuivis dans la rue, battus par des fanatiques religieux musulmans à qui des prédicateurs intégristes ont promis l’entrée au paradis s’ils participaient aux persécutions. Pendant ce temps, les taux d’intérêt, eux, grimpent. Alors que le pays aura besoin de concorde et de courage politique pour alléger le fardeau de la dette, le Pastef a choisi de criminaliser une partie innocente de sa population.