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Serbie : comment les étudiants ont fait tomber le système Vučić

publié le 28/10/2026 par Malik Henni

Vučić avait l’État, les médias et les réseaux. Les étudiants avaient la rue. Ils ont gagné. Un vote national, contre la corruption, pas un pas vers l’Europe

Photo : Des soutiens de la « liste des étudiants » célébrant leur victoire aux élections législatives serbes, devant le Parlement, à Belgrade, le 25 octobre 2026. MARKO DJURICA/REUTERS

La victoire de la Liste étudiante est un séisme politique. Elle bat le parti d’Aleksandar Vučić par 51% contre 39%.

Pourtant, tout semblait jouer en faveur du pouvoir. Vučić disposait de l’État, des ressources publiques, d’un vaste réseau clientéliste et d’une grande partie des médias, notamment la télévision publique. Depuis 2012, ce système avait progressivement affaibli les institutions démocratiques. Les étudiants n’avaient ni argent, ni leader identifié, ni expérience électorale.

Novi Sad, la colère sous les décombres

Leur force a été de ne pas jouer le jeu de Vučić. Depuis décembre 2024, les étudiants avaient réussi à cristalliser un mécontentement ancien. Le 15 mars 2025, environ 300 000 personnes s’étaient rassemblées à Belgrade pour crier leur opposition à la corruption : quelques mois plus tôt, des Serbes sont morts dans l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad, pourtant nouvellement restaurée. Où était passé l’argent ? Aucune enquête indépendante n’a pour l’heure permis d’établir où cet argent était passé.

Une génération que le pouvoir n’a pas achetée

Le temps jouait aussi contre Vučić. Son électorat reposait largement sur les retraités, tandis que les jeunes constituaient le cœur de la mobilisation étudiante. Selon le politiste Dušan Pavlović, environ 270 000 personnes sont mortes entre les deux élections, principalement des personnes âgées, tandis qu’environ 170 000 jeunes ont terminé leurs études secondaires. Mais le changement est aussi culturel. Pour cette génération, le clientélisme, la corruption, les arrangements informels et un système où les relations comptent davantage que les compétences étaient devenus obsolètes. Les promesses de hausse des salaires ou de logements subventionnés n’ont pas acheté leur silence.

Ni crise économique ni bras de fer final

Cette chute d’un dirigeant populiste de droite fait suite à celle de Viktor Orbán en Hongrie en avril dernier. La crise économique a servi de catalyseur de la colère des Magyars, alors que Vučić a perdu sans crise économique. Les salaires réels et les retraites avaient progressé, le chômage était relativement faible et la monnaie stable. La contestation portait donc moins sur le portefeuille que sur la manière dont le pays était gouverné. Autre différence historique : contrairement à Slobodan Milošević en 2000 qui avait voulu annuler les élections et s’était accroché trois semaines au pouvoir, Vučić a rapidement reconnu la victoire de ses adversaires.

La victoire a une liste, pas encore de chef

La tentative de Vučić d’organiser une sorte de « Poutine-Medvedev » serbe, en quittant la présidence pour redevenir Premier ministre, a échoué. Le nom de son successeur demeure inconnu : aucun leader n’a été désigné pour occuper le fauteuil. Le nom d’Ilija Srdanović revient souvent : cardiologue, il est également professeur à l’université de Novi Sad.

Changer le pouvoir, pas les alliances

À court terme, il y a peu de chances pour que ce changement de Parlement traduise une inflexion en politique étrangère. Ursula von der Leyen peut se fendre d’un tweet de félicitations aux vainqueurs, mais il est peu certain que ces derniers l’accueillent favorablement. Des militants étudiants ont crié dans la rue « Le Kosovo, c’est la Serbie », et aucun drapeau européen n’était visible dans les rues. L’amitié russe ne semble pas non plus remise en cause : les motivations sont purement nationales.


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