Sonny Rollins: ce que le « Saxophone Colossus » laisse au jazz
Mort à 95 ans le 25 mai 2026, Sonny Rollins a porté le combat pour les droits civiques, en transformant son expérience d’homme noir américain en forme musicale et politique
Mort du Colossus
La disparition de Sonny Rollins referme un chapitre majeur de l’histoire du jazz : celui d’un musicien qui a donné à sa musique une portée morale et politique. Né à Harlem en 1930, il grandit dans un quartier noir traversé par une intense vie musicale, mais aussi par les humiliations ordinaires de l’Amérique ségrégationniste. Chez lui, la question raciale passait par la mémoire et l’expérience vécue.
« Ma grand-mère se battait avec beaucoup de résolution pour les droits civiques. Elle était proche du mouvement de Marcus Garvey et nous allions souvent voir Paul Robeson, figure essentielle de l’art et de l’action afro-américains. »
En 1958, il compose Freedom Suite. Sur la pochette de l’album, il écrit :
« L’Amérique est profondément enracinée dans la culture nègre : ses expressions familières, son humour, sa musique. Quelle ironie que le nègre soit persécuté et opprimé. »
Un jazzman à part
Sonny Rollins appartient à cette génération des grands noms du jazz moderne. Dès les années 1950, il enregistre avec Charlie Parker, Miles Davis, Thelonious Monk, Max Roach.
En 1959, Sonny Rollins se retire de la scène parce qu’il veut retrouver son souffle et travailler loin du bruit. Il monte alors sur le Williamsburg Bridge, à New York, et y joue seul pendant des heures, face au vent, aux trains et à la ville. Cette retraite de deux ans devient un moment mythique de sa vie, et donnera plus tard l’album The Bridge.
« J’ai brandi mon saxo et j’ai joué, m’unissant à cette symphonie, comme je l’aurais fait avec des musiciens, mais sans limites. Je pouvais hurler plus fort que jamais. »
Sonny Rollins a montré qu’un jazzman noir peut faire de son art un espace de dignité et de résistance. Son tribut se mesure à plus de soixante albums, sept décennies de carrière et une œuvre qui aura accompagné plusieurs âges de l’histoire afro-américaine. Il était un colosse, un souffle noir.
A écouter : Sonny Rollins, l’Ivresse de la solitude – Podcast en 10 épisodes – France Musique
Tous droits réservés "grands-reporters.com"