Soudan. Pour arrêter la guerre, il faut que les ingérences étrangères cessent
La chute d’El Fasher, dans le Darfour, accompagnée de terribles massacres, a fait ressortir la guerre civile au Soudan de l’oubli
Photo : Des personnes ayant fui le Soudan s’apprêtaient à descendre d’un camion arrivé dans un centre de transit pour réfugiés à Renk, au Soudan du Sud, le 13 février 2024_© 2024 Luis Tato/AFP via Getty Images
Au-delà de l’émotion, il faut que cessent les ingérences de puissances de la région, en particulier celle des Émirats arabes unis du côté des miliciens.
Il y a dix jours, la guerre civile au Soudan est sortie son invisibilisation dans les médias. Ce conflit vieux de deux ans et demi avait resurgi à la une avec la chute de la ville d’El Fasher, dans la province du Darfour, aux mains d’une milice, et des informations faisant état de terribles massacres.
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Quelques jours plus tard, pourtant, cette guerre est retombée dans l’oubli, sans que l’émoi de ces quelques instants n’y changent grand-chose. Le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Gutterrès, a estimé que la violence au Soudan dégénère, elle est « incontrôlable », a-t-il dit ; les témoignages des survivants sont tels que la Cour pénale internationale s’est saisie de ce dossier ; et les organisations humanitaires tentent de venir en aide aux civils.
Mais rien ni personne ne semble pouvoir ou désireux d’agir réellement pour arrêter cette guerre. Pourquoi cette indifférence ? C’est d’abord le reflet de l’effondrement du système international. L’ONU crie dans le désert sans que personne n’écoute. Il n’y a plus que des réponses humanitaires, sauf quand Donald Trump estime qu’il a quelque chose à gagner. Un émissaire américain a vainement tenté une médiation ces derniers jours.
Ce n’est pas la seule raison, et c’est là que cette indifférence devient coupable
Pour arrêter une guerre, il faut déjà stopper les flux d’armes. Autrefois, lorsqu’il existait encore quelques règles, on commençait par décréter un embargo sur les livraisons d’armes aux belligérants. Il n’y a plus aujourd’hui d’autorité pour le décider et encore moins pour le faire respecter.
Surtout quand la guerre civile au Soudan a de puissants sponsors. Les Forces de soutien rapide, la milice dirigée par Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemetti, un homme soupçonné de crimes de guerre depuis des années, ont pour principal soutien les Émirats arabes unis, selon des rapports de l’ONU et des chercheurs indépendants. Ils fournissent des armes, des drones de fabrication chinoise, et même des mercenaires colombiens à la milice d’Hemetti.
Or les Émirats sont un acteur trop important du Moyen Orient, partenaire économique majeur de Donald Trump, et de la France qui dispose d’une base à Abu Dhabi, pour que
la moindre pression soit exercée sur eux. On peut condamner les massacres à El Fasher, mais le non-dit est ce soutien émirati.
D’autres acteurs régionaux sont impliqués, comme l’Égypte et l’Arabie Saoudite qui soutiennent l’armée nationale dirigée par le général Abdel Fattah al-Bourhan, l’autre acteur de la guerre civile.
Le monde n’a rien fait quand le général al-Bourhan, alors allié à Hemetti, le chef de milice, ont renversé la transition civile qui dirigeait le Soudan après des décennies de dictature. Et il n’a rien fait quand ces deux chefs de guerre se sont disputé le pouvoir, plongeant le pays dans la guerre à outrance. Mais c’est une chose de laisser faire, c’en est une autre de mettre de l’huile sur le feu, comme le font ces puissances régionales.
Il n’y a certes pas beaucoup d’appétit pour des actions collectives dans le contexte actuel, celui des guerres en Ukraine ou au Proche Orient ; mais au moins les pays qui ont un peu d’influence pourraient-ils faire pression pour que les ingérences extérieures cessent. Ce serait le premier pas minimal pour arrêter le calvaire de millions de civils, otages de chefs de guerre irresponsables.
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