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Soudan: silence, on massacre

publié le 18/04/2026 par Malik Henni

Plongée dans une guerre oubliée qui ravage un pays affamé, miné, livré aux milices et à leurs parrains étrangers.

La pire crise humanitaire mondiale

La guerre au Soudan a provoqué la pire catastrophe humanitaire au monde : 15 millions de personnes ont été déplacées, soit un tiers de la population, dont 4 millions dans les pays voisins (Tchad, Égypte, Soudan du Sud). La population dépend de l’aide humanitaire : or, le plan d’urgence de l’ONU pour nourrir ces 20 millions de bouches affamées n’a pu acheminer que 40% de l’aide nécessaire. L’appel aux dons lancé par l’ONU pour 2026 n’est pour l’instant financé qu’à 16%. 150 000 personnes seraient déjà mortes, un nombre sans doute sous-évalué.

Un pays en ruines

Le système de santé de la capitale, Khartoum, ne fonctionne plus et son palais présidentiel gît éventré, au même titre que le reste des infrastructures. Les mines jonchent le sol de l’entièreté du pays, comme autant de promesses de morts futures. La chute d’El-Fasher, capitale du Darfour du Nord, le 26 octobre dernier, a été le summum de l’horreur : les FSR ont massacré, violé, exécuté, torturé, enrôlé de force pendant près de cinq jours… Les réfugiées qui ont pris la route de l’exil décrivent des violences sexuelles systématiques, parfois sur des enfants de 10 ans. La ville est aujourd’hui détruite, abandonnée et nul ne connaît le nombre de victimes.

La révolution confisquée

La guerre civile soudanaise entre cette semaine dans sa 4ᵉ année. Le pays s’engageait pourtant dans une voie démocratique après la révolution de 2019 : cependant, les deux hommes forts du pays qui ont succédé au dictateur Omar el-Bechir en mettant les civils au rebut en 2021, les généraux al-Burhane (Forces armées soudanaises, l’armée régulière) et Hemetti (Forces de soutien rapide, les rebelles), ont embrasé la région. Ce dernier est l’héritier politique et militaire des milices Janjawid qui, en 2003, ont commis un génocide au Darfour.

Une armée fracturée, un pays déchiré

La pomme de discorde a été l’intégration des FSR au sein de l’armée gouvernementale : le gouvernement voulait que cela soit fait en deux ans, tandis qu’Hemetti voulait temporiser et proposait dix ans. Le contexte social a fait empirer les choses : la désertification a exacerbé les conflits entre les nomades noirs et les riches propriétaires arabes.

Au profit des parrains régionaux de la guerre

Le Soudan n’est pas seul dans son malheur : les puissances régionales poussent leurs pions, et sans elles, la guerre pourrait sans doute s’approcher de sa fin. D’un côté, al-Burhane se pose en héritier de Bechir et notamment de son islamisme politique : l’Iran, le Qatar, la Turquie, la Russie et l’Érythrée sont ses sponsors. Les Turcs et les Iraniens lui fournissent des drones, utilisés aussi bien sur le champ de bataille qu’en dehors : près de 700 civils ont été tués dans des frappes de drones depuis janvier. Ses troupes tiennent le nord et la façade maritime à l’est, lui permettant d’être ravitaillé par ses alliés à Port-Soudan.

Un État parallèle au Darfour

Le sud et l’ouest (Kordofan et Darfour) sont les principaux champs de bataille actuels. Quatre des dix-huit États soudanais sont aux mains des rebelles des FSR. Ces derniers mettent en place leur propre police, leur propre administration, leur propre régime fiscal : un gouvernement sécessionniste s’est formé à Nyala. Le pays est avant tout soutenu par les Émirats arabes unis qui, au nom de la lutte contre l’islamisme politique, fournissent argent, armes et munitions aux rebelles, via le Tchad. C’est à Dubaï que l’or du Darfour collecté par Hemetti est injecté dans l’économie mondiale. La Russie joue double jeu, en permettant à la milice Afrika Korps (ex-Wagner, structure héritée du groupe Wagner, nommée ainsi en hommage à Erwin Rommel) de livrer des ressources via la Libye, la Centrafrique et le Soudan du Sud.

Une médiation dans l’impasse

Les propositions de médiation des États-Unis, du « Quad » (États-Unis, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Royaume-Uni) et des Européens ont toutes échoué. Le risque serait de voir les fronts geler tandis que la population continuerait à manquer de tout : la crise humanitaire, politique et sociale demeurerait alors insoluble.


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