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Stephen King, chassé des bibliothèques par les trumpistes

publié le 14/10/2025 par Pierre Feydel

87 des ouvrages du maître de l’horreur ont été interdits. Il n’est pas le seul. Aux Etats unis, la purge est générale

Croisade morale et inquisition

87 ouvrages du maître de l’horreur ont été interdits. Il n’est pas le seul. Aux États-Unis, la purge est générale.
Stephen King est l’auteur de romans le plus banni des bibliothèques publiques par les trumpistes. Le gouvernement des États-Unis a en effet publié plusieurs textes condamnant les ouvrages évoquant des théories de genre, le racisme ou la sexualité. Cette censure est un cocktail composé d’une bonne dose de pudibonderie et de discrimination, noyé dans un fond d’intolérance chronique. Résultat : 87 ouvrages d’un des écrivains les plus populaires des États-Unis, mondialement célébré, régulièrement en tête des ventes, sont bannis des bibliothèques. Ses livres ont fait l’objet de pas moins de 206 procédures d’interdiction sur les 6 800 lancées à travers tout le pays au cours de l’année scolaire 2024-2025. L’année précédente, il y en avait eu 10 000. Stephen King, le roi du thriller fantastique, vient d’avoir 78 ans.

L’empire King

Il a écrit quelque 139 livres, inspiré les scénarios de 65 films. Tous d’immenses succès, dont bon nombre ont été adaptés au cinéma tels Shining, Simetierre, La Ligne verte, Carrie, Misery, Ça, Christine, pour n’en citer que quelques-uns. Sur papier ou sur écran, l’engouement pour ses histoires est toujours énorme. Sorti au début de l’année, son recueil de nouvelles Plus noir que noir était encore, six mois plus tard, en tête des ventes aux États-Unis, encensé par la critique. Le Fléau, publié en 1978, a été vendu à travers le monde à 4,5 millions d’exemplaires. Une seconde adaptation cinématographique serait tournée cette année. Des estimations avancent que la vente de ses œuvres aurait dépassé 350 millions d’exemplaires.

Le cauchemar trumpiste

Voilà un écrivain culte, auteur d’immenses best-sellers, adoré d’Hollywood — auquel il a fait gagner des centaines de millions de dollars — et qu’on ne saurait soupçonner d’être un militant « woke ». Son genre littéraire appartient à une tradition anglo-saxonne bien établie. Lui-même se réclame d’auteurs de science-fiction aussi mythiques que Howard Phillips Lovecraft, ou encore d’un père de l’horreur comme Edgar Allan Poe. Mais voilà : Stephen King n’aime pas Donald Trump. Pas du tout.
Au mois d’août de cette année, l’auteur est interviewé par des fans pour le quotidien britannique The Guardian. L’un d’eux lui demande d’imaginer une fin pour l’Amérique trumpienne. L’écrivain répond : « Je pense que ce serait une destitution… J’aimerais beaucoup le voir partir à la retraite… Dans tous les cas, c’est une horreur. Trump est une histoire d’horreur. » Jugement de connaisseur.

« Un connard incompétent« 

Depuis des années, Stephen King n’a jamais cessé de fustiger Trump. En juin, il tweete : « Au fond de lui, je crois qu’il sait qu’il est un connard incompétent. » En 2022, il traite le président de « sociopathe qui a tenté de renverser la démocratie américaine ». Bien sûr, il n’a jamais caché ses sympathies démocrates. Mais cette fois, il s’insurge. Il déclare : « Les croisades moralisatrices contre les livres ne peuvent pas toujours l’emporter. » Il ajoute : « Puis-je vous suggérer de prendre l’un de mes romans et voir ce que tout cela signifie ? » Et conclut : « C’est encore l’Amérique, merde ! » Pas sûr. En tout cas, dans son dernier rapport, l’association Pen America, qui défend la liberté d’expression dans le monde littéraire, note que la répression littéraire est en pleine forme.

2 308 auteurs visés, retraits dans 23 États et 87 districts scolaires

Les œuvres de King sont particulièrement visées. Mais aussi celles d’Ellen Hopkins, romancière qui met en scène des drames familiaux, Sarah J. Maas, spécialiste d’un genre plus fantastique, ou encore Jodi Picoult, romancière pour adolescents. Ce sont dans les bastions républicains que sont la Floride, le Texas ou le Tennessee que 80 % des cas de censure se concentrent. Une bonne façon de s’attirer les faveurs de l’hôte de la Maison-Blanche et de son entourage.
Ce sont bien les États qui interdisent. Mais le réseau scolaire du département de la Défense a retiré 596 livres en 2025. Dans les écoles militaires, le département de la Guerre a supprimé plus de 500 titres. Le manga a fait une entrée remarquée dans les retraits. Pen America recense 2 308 auteurs visés, des retraits dans 23 États et 87 districts scolaires. La pression des groupes rigoristes, extrêmement conservateurs, qui réclament ces interdictions de livres, fait que des politiciens interviennent directement dans l’éducation.

Hollywood brise l’interdit

Mais interdire des livres dans les bibliothèques ne fera pas disparaître les idées qu’ils défendent, les sentiments qu’ils évoquent, les situations qu’ils décrivent. D’ailleurs, pour ce qui concerne Stephen King, il y a aujourd’hui plus de dix-huit projets audiovisuels — films ou séries — issus de ses livres, actuellement en cours de production. Mis à la porte des rayons des bibliothèques, il revient par les écrans.


Encadré

Les auteurs les plus censurés en 2025

(source : rapport 2025 de Pen America, chiffres consolidés)

RangAuteurNombre d’ouvrages bannisMotifs invoqués
1Stephen King87Violence, langage, critique du pouvoir
2Ellen Hopkins64Drogue, sexualité, troubles familiaux
3Sarah J. Maas58Thèmes érotiques et fantasy
4Jodi Picoult52Diversité, justice sociale
5Toni Morrison43Racisme, mémoire historique
6George M. Johnson (All Boys Aren’t Blue)39Identité de genre, homosexualité
7John Green (Nos étoiles contraires)34Adolescence, sexualité
8Margaret Atwood (La Servante écarlate)31Féminisme, dystopie
9Angie Thomas (The Hate U Give)29Racisme, violences policières
10Rupi Kaur (Milk and Honey)26Poésie érotique, féminisme

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