Jean-Paul Mari présente :
Le site d'un amoureuxdu grand-reportage

Todd Blanche, ministre de la justice de Trump, homme de loi ou homme de main?

publié le 17/08/2026 par Pierre Feydel

Ancien avocat de Donald Trump, le nouveau ministre de la Justice américain est d’abord là pour protéger le président des affaires dérangeantes

Un fidèle à la tête de la Justice

La séparation des pouvoirs, ce pilier de toute démocratie, y compris celle qui est supposée régner aux États-Unis, en a encore pris un coup. Todd Wallace Blanche, 52 ans, l’ex-avocat de Donald Trump, a été confirmé le 8 août par le Sénat comme Attorney General, ( procureur général des Etatsd-Unis ) autrement dit, ministre de la Justice. Certes, l’administration trumpiste a érigé le conflit d’intérêts en pratique courante, mais cette fois, la ficelle est aussi grosse qu’un câble d’amarrage. Le nouveau maître du DOJ, le département de la Justice, n’a d’autre mission que celle de servir de rempart judiciaire au président et de le protéger de toutes menaces venues des révélations de l’affaire Epstein ou d’ailleurs.

Il ne s’agit en aucune manière pour ce personnage de garantir aux Américains une justice indépendante, équitable, sereine, mais d’appliquer les volontés du maître de la Maison-Blanche, faites de discriminations en tous genres, d’immunité pour les forces de l’ordre et de restrictions des libertés. Todd Blanche s’applique à la mise en œuvre de ces trahisons des principes qui ont régi la démocratie américaine depuis 250 ans.

La soumission comme méthode

Il a déjà commencé son travail de sape comme adjoint de Pam Bondi, la précédente procureure générale du pays, elle aussi d’abord avocate de Trump, remerciée par son maître le 2 avril 2026 pour n’avoir pas réussi à faire condamner les cibles désignées par le président américain, entre autres l’ex-directeur du FBI, James Comey. Qui plus est, elle s’est empêtrée dans les suites judiciaires de l’affaire Epstein, s’en prenant publiquement aux victimes du milliardaire-prédateur, faisant caviarder, avec une extrême maladresse, les milliers de documents rendus publics, masquant les noms propres des éventuels complices du criminel et laissant lisibles ceux de ses proies…

Si le poste n’est pas de tout repos, il exige une totale soumission au président, donc une grande flexibilité juridique, doublée d’une extrême élasticité morale. Todd Blanche possède toutes ces « qualités ». Ce qui explique sans doute l’inquiétude des sénateurs dont la commission qui devait entériner l’accession du candidat de Trump au poste n’a voté qu’à une voix en faveur de l’avocat : 50 « pour », 49 « contre ». Deux élues républicaines ont osé s’opposer à sa nomination, bravant ainsi les foudres de Trump : Susan Collins, du Maine, et Lisa Murkowski, de l’Alaska.

« S’il y a un moment dans l’histoire où nous avons besoin d’un ministre de la Justice irréprochable »…

Il est vrai que le candidat, craignant de ne pas parvenir à ses fins, a promis par écrit de renoncer au fonds d’indemnisation de 1,8 milliard de dollars destiné aux émeutiers qui ont attaqué le Capitole le 6 janvier 2021. Il s’est aussi engagé à limiter l’accord visant à protéger Donald Trump et sa famille des services fiscaux, l’Internal Revenue Service (IRS), contre lesquels le président a intenté un procès. Todd Blanche est, semble-t-il, prêt à tout. Mais que vaut sa parole ?

Dick Durbin, sénateur de l’Illinois, chef de file des démocrates à la Commission judiciaire du Sénat, estimant que la confirmation de Todd Blanche serait une grave erreur, a déclaré : « S’il y a un moment dans l’histoire où nous avons besoin d’un ministre de la Justice irréprochable, clairement déterminé à mettre fin à la corruption, même au plus haut niveau de notre gouvernement, c’est bien maintenant. » Raté ! Todd Blanche n’est pas là pour lutter contre la corruption trumpiste. Il est là pour lui permettre de continuer à prospérer.

Le poids d’une histoire familiale

Le procureur général des États-Unis a-t-il une revanche à prendre contre les juges ? Son père, pasteur pentecôtiste, a eu de longs démêlés avec les juges du Colorado, car il tenait des offices religieux dans sa maison après la perte du bâtiment qui abritait son église. La droite chrétienne avait pris fait et cause pour lui alors qu’il s’était vu infliger de lourdes amendes. Cette longue bataille judiciaire a marqué le jeune Todd. Contrairement à ses prédécesseurs, il n’a pas fréquenté les écoles de droit des prestigieuses universités telles Harvard ou Yale. Il a suivi des cours à la Brooklyn Law School. Ce qui ne l’a pas empêché d’entamer une carrière prometteuse. Assistant juridique, puis procureur au district Sud de New York, une des juridictions fédérales les plus importantes des États-Unis, il s’y bâtit une solide réputation, devient directeur de l’unité des crimes violents.

En janvier 2025, lors de sa nomination comme procureur général adjoint, 116 de ses anciens collègues adressent une lettre au Sénat louant « l’indépendance, l’impartialité, l’honnêteté, l’intégrité… un attachement indéfectible à l’équité devant la loi » de celui qui a défendu Trump dans trois affaires criminelles… Dont celle concernant des paiements dissimulés à l’ex-actrice de films X Stormy Daniels, dans laquelle Trump est condamné.

De New York à Mar-a-Lago

Un certain malaise s’installe lorsque Todd Blanche fait ce choix. Il doit quitter le prestigieux cabinet d’avocats dont il fait alors partie, peu soucieux de compter le futur président parmi ses clients. Il crée alors le sien, entièrement au service de Donald Trump. Aujourd’hui, le ministre de la Justice jure qu’il est le même homme que celui qui officiait contre le crime, comme procureur à New York. Il était alors démocrate, aujourd’hui, il est désormais républicain. Il vivait dans la « grosse pomme », aujourd’hui, sa résidence personnelle est en Floride. Tout comme Trump.


Tous droits réservés "grands-reporters.com"