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Torture : Israël perd son âme

publié le 22/04/2026 par Jean-Paul Mari

L’ONU et les ONG décrivent désormais un recours systématique à la torture contre les Palestiniens, élevé au rang de politique d’État. Sévices et humiliations ne sont plus l’exception mais la règle

L’affaire interroge, choque ou indigne. Dans tous les cas, elle dérange. En bref, le 19 mars, dans le centre de Gaza, Osama Abu Nassar, un Palestinien de 25 ans, sort se promener avec son fils Jawad, âgé d’un peu moins de 2 ans. Il s’approche trop près de la ligne jaune, nouvelle frontière tracée par Israël. Une zone de mort. Les soldats ouvrent le feu. Le père est blessé. Et arrêté avec son enfant. Quelques heures plus tard, une vidéo israélienne montre le gosse remis à la Croix-Rouge. Puis une seconde vidéo, palestinienne, montre l’enfant portant de multiples blessures sur le bas du corps.

Enfin, un médecin l’examine et décrit des lésions qui s’apparentent à des «brûlures de cigarettes». En clair, un gamin de deux ans aurait été torturé. Israël nie. Les médias britanniques – Sky News, Telegraph, The Independent, Channel 4 – traitent l’affaire et présentent les deux versions. Oui, l’affaire dérange.

Il y a une trentaine d’années, on aurait accordé peu de foi à une histoire de ce genre. Non pas parce que l’on avalisait le mythe auto-proclamé de « l’armée la plus morale du monde » mais parce que la torture en Israël était perçue comme un abus, pas une méthode. Depuis, les témoignages issus des prisons israéliennes ont montré l’ampleur du phénomène.

B’Tselem, une ONG israélienne connue depuis 1989 pour son sérieux, a produit un rapport en 2026, intitulé « Living Hell », fondé sur 55 témoignages de détenus palestiniens d’une dizaine d’établissements pénitentiaires, des « camps de torture de facto ». Le rapport décrit des coups répétés, simulacres de noyade, exposition des températures extrêmes, attaques de chiens, refus de soins médicaux aboutissant à des amputations, avilissements, abus sexuels, obligation pour les détenus à se comporter en animaux ou à porter des couches. Un mélange synthétique de torture en sous-sol de commissariat d’Alger et de Guantanamo.

Ce constat s’ajoute à une longue série de rapports d’ONG et de missions onusiennes qui décrivent un système de détention où la torture et les mauvais traitements ne sont pas des accidents ou des abus mais bien un fonctionnement structurel.

Le 23 mars dernier, Francesca Albanese, représentante spéciale de l’ONU pour les droits humains, a présenté un rapport. Elle décrit un « environnement de torture généralisé » et « une torture devenue de facto une politique d’état » en Israël. Francesca Albanese parle de « vengeance collective » et de « visée destructrice » en dénonçant un « permis de tuer » accordé à Israël. Un rapport accablant, aussitôt taxé d’antisémitisme par le gouvernement israélien.

À la fin des années 90, je me rappelle avoir eu entre les mains des comptes rendus dûment remplis et signés par les interrogateurs israéliens qui listaient les sévices infligés aux suspects de terrorisme, avec mention de la méthode, secouage, privation de sommeil, station debout prolongée, et du programme, date, heure, durée. Il fallait pour cela obtenir une autorisation du juge qui accordait le niveau 1 ou 2, définissant de degré de dureté. Il s’agissait déjà « d’interrogatoire musclé » mais avec contrôle du magistrat et uniquement pour des suspects d’attentats.

La différence, aujourd’hui, est que la torture n’a plus besoin d’autorisation et que tout palestinien arrêté devient de fait un terroriste du Hamas, ce qui justifie une torture systématique. À l’échelle d’un pays démocratique, c’est un crime. À l’échelle d’Israël, revenir à ce niveau de barbarie revient à perdre sa mémoire, son intégrité, ses valeurs fondamentales. Son âme.


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