Toute l’Europe du Sud dans la fournaise
Sous la canicule, l’Espagne, le Portugal et l’Italie affrontent une saison des feux d’une brutalité rare, tandis que l’Europe fait preuve de solidarité
Madrid à feu et à sang
Des incendies de grande ampleur, d’une virulence inégalée, ravagent certaines régions de l’Europe du Sud. Ce qui se passe en Espagne égale ou dépasse la situation française dramatique. Bordeaux, sixième agglomération de l’Hexagone avec une agglomération d’un million d’habitants, est menacée ? Madrid ne l’est pas moins. La capitale espagnole regroupe intra muros une population de 3,4 millions et l’agglomération de 6,5 millions. Le Premier ministre, Pedro Sanchez, a évoqué le 24 juillet des « heures difficiles à venir ». 13 personnes sont mortes dans l’incendie d’Andalousie à la mi-juillet.
Dans la région de Valence, où une personne est décédée dans un feu, le président de la région, Juanfran Perez Llorca, a avoué que l’incendie dépassait « les capacités d’extinction ». En tout, ces deux incendies ont jusqu’ici provoqué l’évacuation ou le confinement de 110 000 habitants, 95 dans la région de Madrid, au moins 15 dans celle de Valence
La secrétaire générale de la Protection civile espagnole, Virginia Barcones, a lancé à la télévision espagnole un véritable cri d’alarme, déclaré : « Nous sommes confrontés à une urgence d’envergure nationale, qui s’étend de la communauté de Madrid à la province de Tolède (Castille-La Manche) sur un territoire de 280 kilomètres – un incendie monstre que l’ensemble de l’appareil d’État combat de toutes ses forces. »
La mécanique européenne se met en route
À 50 km de la capitale, 45 000 hectares ont déjà été ravagés. Vendredi, deux feux sur trois se sont rejoints, l’un au sud-ouest de la capitale, l’autre à Avila, pour ne former qu’un seul « monstre ». Les pompiers espagnols sont confrontés aux mêmes difficultés que leurs collègues français. Des vents tournoyants qui empêchent de prévoir la direction du feu et compliquent le positionnement des moyens de le combattre. Un ouragan de feu qui produit une telle chaleur qu’elle active des vents qui entretiennent la combustion, le tout coiffé de nuages d’orage qui projettent des éclairs et des braises. Les autorités parlaient alors d’un « feu impossible à éteindre », de « paroxysme », d’un incendie « au-delà de la capacité des pompiers à le maîtriser ». 48 heures plus tard, la baisse des températures et des vents a permis un répit.
La circulation ferroviaire entre la Galice et Madrid a été interrompue. Depuis le début de l’année, 125 000 hectares ont brûlé en Espagne. La situation espagnole offre beaucoup de similitudes avec celle qui sévit de l’autre côté des Pyrénées. Une fureur inédite de feux très difficiles à maîtriser, des pompiers déterminés mais épuisés, des pouvoirs publics qui multiplient les réunions face à des événements mouvants qui obligent en permanence à modifier les décisions.
L’Espagne va recevoir 4 bombardiers d’eau venus de Grèce et d’Italie
Les deux pays ont ensemble demandé à l’aide de l’Europe. Le mécanisme de Protection civile de l’Union européenne a été instauré en 2001. Ce système de solidarité internationale ne concerne pas que les incendies. Il peut également être déclenché en cas de pandémie, d’inondations, de séisme ou même de guerre. Les 27 en font partie ainsi qu’une dizaine de pays associés tels l’Albanie, la Moldavie, la Norvège ou encore l’Ukraine. Il dispose d’un fonds de 3,2 milliards d’euros. Dès son déclenchement, il a permis le renfort en France de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais, de deux hélicoptères tchèques et croates. L’Espagne va recevoir 4 bombardiers d’eau venus de Grèce et d’Italie.
D’autres pays se sont associés aux aides. Ce mécanisme marche et permet une allocation des moyens, véhicules, avions, hommes, au bénéfice de tous, à ceux qui sont les plus touchés. Une mutualisation salutaire, exemplaire de la solidarité européenne.
L’Écosse, signal d’alerte
D’autant nécessaire que les feux se multiplient en Europe. Jusqu’en Écosse, où, le 25 juillet, dans le parc national des Cairngorn à l’ouest d’Aberdeen, 600 hectares ont été brûlés, exigeant l’évacuation de 600 habitants du village de Nethy Bridge et l’intervention de 600 pompiers.
Incongruité dans cette région septentrionale mais qui signale que le réchauffement climatique ne met personne à l’abri, aucune région européenne. Reste que ce sont les pays du Sud les plus atteints. En Sicile, le 22 juillet, un pompier est mort en combattant les flammes. Plus de 1 000 foyers sont déclarés dans l’île, en cinq jours, particulièrement dans la région d’Agrigente. 6 000 pompiers, garde-forestiers, agents de la Protection civile interviennent sur 344 feux signalés étant entendu que 50 leur échappent encore. En Calabre, 160 incendies ont été recensés. Avec une particularité : des incendiaires locaux qui attachent à la file des chats errants des chiffons imbibés de liquide inflammable avant de les lâcher dans la nature.
Le Portugal en prévention
Le Portugal est le pays qui brûle le plus. En 2017, l’incendie de Pedrogao Grande, au centre du pays, avait provoqué la mort de 65 personnes et 157 blessés. Le pays est alors traumatisé par la catastrophe. En 2025, 271 000 hectares sont dévastés. Un enregistrement. Cette année, les incendies n’ont parcouru jusqu’ici que 14 000 hectares. Jusqu’ici. La pays à lui a aussi réclamé l’aide de l’Europe. Mais surtout Lisbonne a entamé une vaste politique de prévention. La multiplication des essences diverses dans les forêts est fortement recommandée. Les massifs sont tronçonnés, telle une mosaïque, par de larges coupures dénuées de végétation qui créent des parcelles au-delà desquelles les feux ne peuvent s’étendre. Les pompiers pratiquent une technique ancienne, celle de l’écobuage, du brûlage préventif des maquis grâce à des incendies contrôlés.
Selon les spécialistes, il faudrait appliquer ce débroussaillage à 300 000 hectares chaque année. Toutes ces solutions se mettent péniblement en marche. Mais le Portugal a compris l’essentiel : empêcher le feu de prendre, plutôt que de s’échiner à l’éteindre.
Encadré
Australie : L’épouvantable drame de 2020

L’île-continent de l’autre bout du monde est connue d’effroyables incendies. Pendant l’été 2019-2020 (l’hiver dans l’hémisphère nord), des feux de brousse se déclenchent en Nouvelle-Galles du Sud et dans l’État de Victoria au sud-est du pays. 18,6 millions d’hectares sont ravagés, 5 900 bâtiments détruits. 34 personnes périssent par le feu, 445 meurent des fumées, 4 000 sont hospitalisées. La faune est exterminée. Trois milliards d’animaux disparaissent : 2,46 milliards de reptiles, 143 millions de mammifères et 51 millions de batraciens. Le 7 janvier 2020, la fumée est visible au Chili, de l’autre côté de l’océan Pacifique à 11 000 kilomètres.
Selon la NASA, 336 millions de tonnes de CO2 ont été émises. L’Australie a réagi. Les combustibles dans les forêts et les zones herbacées sont préventivement brûlés. Des coupe-feux ou des pare-feux sont systématiquement aménagés. Les organismes de lutte contre les incendies mettent au point, à l’usage des communautés, des programmes mettant l’accent sur la responsabilité individuelle. Des cours en ce sens sont dispensés dans les écoles. Les municipalités établissent des règlements qui fixent des normes de construction anti-feu. Dans certaines villes, les maisons doivent posséder un abri anti-feu assurant la sauvegarde des habitants le temps que le feu passe. Des solutions à méditer de l’autre côté de l’Équateur.
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