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Trump accroit la pression sur Cuba, pour faire oublier son échec en Iran

publié le 22/05/2026 par Pierre Haski

L’ancien président cubain Raul Castro a été inculpé aux États-Unis, alors que le porte-avions Nimitz arrive en mer des Caraïbes. Intimidation ou préparatifs d’intervention ?

L’administration Trump accentue la pression sur le régime cubain, au moment où sa guerre en Iran est dans l’impasse.

Est-ce pour faire oublier son enlisement en Iran et ses conséquences pour les citoyens américains ? Ou pour s’attirer les faveurs des exilés cubains aux États-Unis, au premier rang desquels le secrétaire d’État Marco Rubio ? Donald Trump a multiplié cette semaine les pressions sur Cuba, l’île caraïbe qui vit depuis des mois sous tension.

Cela peut sembler incroyable que Washington consacre tant d’énergie à Cuba, quand la crise ouverte avec l’Iran s’enlise dans un état de ni-guerre-ni-paix qui rend le monde entier nerveux. Mais Donald Trump, qui n’arrive pas à trouver la sortie du détroit d’Ormuz et n’a aucune envie de relancer sa guerre contre l’Iran, semble penser que Cuba constitue un exutoire commode pour refaire son prestige entamé.

Le porte-avions à propulsion nucléaire américain Nimitz, avec 90 appareils à bord, est arrivé mercredi en mer des Caraïbes, et y restera jusqu’à nouvel ordre. Le même jour, la justice américaine inculpait l’ancien numéro un cubain pendant dix ans, Raul Castro, le frère de Fidel, aujourd’hui âgé de 84 ans. Il est poursuivi pour un incident survenu il y a 30 ans, et dans lequel quatre personnes, dont trois Américains, ont trouvé la mort. Ce n’est évidemment pas une coïncidence.

La tentation est forte de voir un parallèle avec l’opération de Caracas, en janvier dernier, qui avait permis à l’armée américaine de capturer Nicolas Maduro. Le président vénézuélien était recherché par la justice américaine, et une importante armada aéronavale était déployée en mer des Caraïbes.

Pour autant, rien n’indique qu’une opération militaire soit imminente. Washington semble jouer une autre partie, avec un blocus qui dure depuis déjà quatre mois, et prive l’île d’approvisionnement pétrolier. Les conséquences sur le fonctionnement de la société cubaine sont lourdes : l’île connait des périodes de black-out complet, des pénuries de carburant,

Des tractations sont également en cours : le patron de la CIA, John Ratcliffe, se trouvait à La Havane la semaine dernière, pour des entretiens avec les dirigeants cubains. Face à lui, Raul Rodriguez Castro, dit « Raulito », le petit Raoul, 41 ans, petit-fils de l’ancien président, devenu le principal interlocuteur des Américains. Il a déjà rencontré l’équipe de Marco Rubio dans une île voisine.

Le patron de la CIA était porteur d’un message de Donald Trump demandant des « changements fondamentaux » et rapides à Cuba, tout en n’excluant pas une intervention militaire.

Tout ceci laisse entendre que Donald Trump mise sur ses pressions fortes, et sur la lassitude d’une partie de la population, pour provoquer des changements politiques dans l’île, sans nécessairement passer par la phase militaire. La suite dira très vite si le président des États-Unis, qui ne cesse de communiquer sur le fait qu’il va bientôt prendre le contrôle de Cuba, se fait des illusions, comme en Iran, sur sa capacité à changer aussi aisément un régime, même impopulaire.

On a presque des scrupules à rappeler que Donald Trump agit sans mandat de quiconque, en dehors des clous du droit international, et qu’il légitime ainsi ce que pourraient faire d’autres régimes sous d’autres latitudes. Mais le président américain a déjà exprimé son mépris des lois internationales, et, surtout, il a besoin d’un succès rapide après son échec en Iran. Cuba lui apparait la proie idéale : reste à voir si elle se livrera aussi facilement qu’il l’espère.


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