Trump dynamite le commerce mondial
La déferlante des hausses des droits de douane vers les États-Unis risque de provoquer une récession mondiale. Et de se retourner contre l’Amérique
Dans la roseraie de la Maison-Blanche, en fin d’après-midi de la journée venteuse du 2 avril, devant un parterre de fidèles tout acquis, le 47e président des États-Unis a déclaré la guerre commerciale au reste du monde. Donald Trump, par un discours fleuve de près d’une heure, désordonné, répétitif, consacré à l’auto-célébration de son action depuis à peine 100 jours, a dynamité le fonctionnement des échanges planétaires. Tous les pays devront payer au moins 10 % de droits de douane supplémentaires pour avoir accès au marché de l’Union.
Pour les autres, il prétend infliger des tarifs qu’il estime réciproques. La Chine, dont il estime que les taxes douanières s’élèvent à 67 % pour les produits américains, verra les droits de douane vers l’Amérique limités à 38 %. L’Union européenne aura droit à 20 %, 46 % pour le Vietnam, 32 % pour Taïwan, 46 % pour le Japon, etc. Même si ces chiffres sont des bases de négociation, ces annonces font figure de cataclysme. Elles entreront en vigueur dans quelques jours.
« La politique commerciale la plus stupide du monde » (Wall Street Journal)
La prise de risque pour les États-Unis et Donald Trump lui-même est gigantesque. Sa stratégie est simple : les droits de douane perçus permettront de diminuer fortement les impôts. Ils inciteront les entreprises à se précipiter pour fabriquer aux États-Unis et échapper ainsi aux droits de douane. Les emplois supplémentaires se compteront en centaines de milliers. Le président promet un âge d’or. Ce n’est pas tout à fait ce que pensent les milieux économiques américains. Le Wall Street Journal a qualifié cette politique commerciale de « la plus stupide du monde ».
Des économistes américains redoutent le pire et parlent de « Trumpcession » (Trump + récession) ou de « Trumflation » (Trump + inflation), car les conséquences de toute politique protectionniste sont, au cours de l’histoire, toujours les mêmes : inflation, baisse de la consommation, récession, puis chômage. Déjà, des chiffres circulent : 800 milliards d’augmentation des prix dus à celle des coûts devront être payés par les Américains. Or Trump a fait campagne pour la baisse de l’inflation.
L’ami israélien taxé, le Britannique épargné, le Russe exempté…
Dans cette déferlante de surenchères apparaissent des bizarreries. 25 % s’appliqueront sur toutes les voitures entrant aux États-Unis. Sauf que 50 % des voitures achetées en Amérique sont étrangères et 50 % des véhicules américains vendus contiennent 50 % de composants venus de l’étranger, donc taxés. Le consommateur appréciera. Mais qu’importe pour Trump, ce ne sera qu’un mauvais moment à passer. Pour le locataire de la Maison-Blanche, le monde a voulu piller l’Amérique. Le déficit commercial américain atteint 1 200 milliards de dollars. Le pays est le premier importateur mondial.

La planète doit payer. Elle tente d’organiser la riposte. Mais déjà de façon diverse. Les Britanniques, qui n’ont que 10 % de hausse des droits de douane pour leurs produits, ont décidé de ne pas prendre de mesure de rétorsion. D’autres, comme Israël, taxé à 17 %, n’ont pas encore compris ce qui leur arrivait de la part d’un pays ami. La Russie et la Biélorussie, qui échappent à quelque augmentation que ce soit et dont les échanges avec les États-Unis sont nuls, restent muettes.
Quelle riposte de l’Europe ?
L’Union européenne peaufine sa réponse promise pour la mi-avril. Elle a prévu des mesures mesurées mais efficaces. Le déficit américain des échanges ne concerne que les biens. Il atteint 157 milliards en 2023. Mais sur les services, les États-Unis enregistrent un excédent de 109 milliards de dollars. Donc, la balance commerciale est relativement équilibrée, avec un excédent d’à peine 50 milliards pour les Européens. Bruxelles pourrait donc utilement contre-attaquer sur les services. Par exemple, les banques américaines qui font des affaires sur le Vieux Continent, telles que JP Morgan ou Goldman Sachs, pourraient être taxées.
Les géants de la tech seraient eux aussi l’objet de mesures de rétorsion. Le projet de redevance sur le numérique serait réactivé. Le règlement sur les marchés numériques (DMA) entraverait l’activité des GAFAM sur le continent. Bruxelles dispose aussi du moyen d’empêcher certaines entreprises de commercer avec l’Union ou de réduire leur activité… Or, en 2020, Amazon a réalisé en Europe un chiffre d’affaires de 44 milliards d’euros, dont 11 milliards en France… Une cible potentielle avec des risques d’escalade dramatique.
Une récession mondiale de l’ordre de 2 % ?
En cas de guerre et de surenchère, les conséquences seraient graves pour l’économie mondiale, avec une possible récession de 2 %, avancent certains. Mais déjà, les réactions des bourses mondiales révèlent l’état d’angoisse d’une l’économie plongée en pleine incertitude.
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