Trump englué dans l’«Epsteingate »
Accusé par le Wall Street Journal de complicité avec le prédateur sexuel Jeffrey Epstein, le président ne se sort pas d’une affaire où chaque jour apporte de nouvelles révélations.
« Que chaque jour soit un autre merveilleux secret«
L’incendie Epstein couve dans la maison Trump. L’édifice ne s’embrase pas vraiment, mais ici et là, les départs de feu se multiplient. Le premier d’entre eux a été la révélation par The Wall Street Journal de l’existence d’une lettre salace écrite par le président des États-Unis à Jeffrey Epstein, financier et prédateur sexuel, en 2003. Sur cette missive, le dessin d’une femme nue avec la signature de Donald en guise de toison pubienne. Et pour couronner le tout, cette phrase sibylline : « Joyeux anniversaire. Que chaque jour soit un autre merveilleux secret. »
L’article a provoqué la fureur du locataire de la Maison-Blanche qui, le 19 juillet, a décidé d’attaquer le quotidien en diffamation et de lui réclamer 10 milliards de dollars de dommages et intérêts. Le journal a bien sûr assuré qu’il se défendrait bec et ongles. Et depuis, rien ne va plus pour Donald Trump. L’affaire feuilletonne. Comme si l’homme le plus puissant du monde était pris dans un inexorable « Epsteingate ».
« Lolita express »
Jeffrey Epstein s’est suicidé dans sa cellule en 2019, avant son procès. Le « jet-setteur » new-yorkais était accusé de diriger un réseau de prostitution internationale et, plus précisément, de trafic de mineures. Il convoyait dans son jet au nom révélateur, Lolita Express, de jeunes femmes vers sa propriété de Palm Beach, non loin de celle de Trump, ou vers sa résidence des îles Vierges. Et là, il les offrait à ses invités. Ce souteneur de luxe était très proche de son ami Donald, avec lequel il faisait des affaires immobilières.
Des vidéos, des photos les montrent complices, riants, avec leurs compagnes dans la propriété de l’un ou de l’autre. Le président des États-Unis a-t-il profité des services sexuels de ce peu ragoûtant personnage ? Elon Musk, au paroxysme de son conflit avec le président, début juin, avait lâché : « Donald Trump figure dans les dossiers Epstein. C’est la vraie raison pour laquelle ils n’ont pas été rendus publics. »
Trump, client d’Epstein ?
Les soupçons s’accumulent. The Wall Street Journal, qui ne lâche plus Trump, révèle le 23 juillet que le président a reçu dans son bureau à la Maison-Blanche sa ministre de la Justice Pam Bondi avec son adjoint Todd Blanche, qui se trouve être l’ancien avocat du maître des lieux. Lequel apprend que son nom figure dans le dossier Epstein. Trump conteste l’article. Le fait qu’il soit sur une liste ne préjuge d’ailleurs pas de sa participation aux crimes d’Epstein. Mais cela jette un fort doute. D’autant que Trump avait promis lors de la campagne présidentielle la publication du dossier, qui compromettrait bon nombre des élites honnis de son électorat.
La non-publication de la liste des personnalités contenues dans les dossiers exaspère la base électorale de Trump. La mouvance MAGA est en ébullition. Selon des sondages récents, 40 % seulement des Républicains approuvent la gestion par Trump de l’affaire. 36 % sont mécontents. 90 % des Américains réclament la publication du dossier.
Contorsions et opérations de diversion
Trump, pris à son propre piège de transparence, dément les informations de la presse, multiplie les contorsions médiatiques pour s’en sortir. D’abord, les opérations de diversion : la publication du dossier de l’assassinat de Martin Luther King après celui de Kennedy. Ce qui n’intéresse personne. Il accuse Barack Obama d’avoir monté un complot pour invalider son élection de 2016. Tulsi Gabbard, sa directrice du renseignement national, admiratrice de Poutine – ce qui la rend pour le moins suspecte à un tel poste – a assuré détenir de nombreuses preuves incriminant bizarrement le Mossad et la CIA, qu’elle ne rend pas publiques. Une vidéo montre l’arrestation d’Obama dans le Bureau ovale sous la mine réjouie de Trump. Une scène générée par l’intelligence artificielle. Trop, c’est trop.
Le 44ᵉ président sort de sa réserve pour dire tout le ridicule des élucubrations du 46ᵉ. L’histoire ne prend pas. Le maître de la communication qu’est l’actuel président n’arrive pas à reprendre la main. Le fantôme d’Epstein le poursuit jusqu’en Écosse où, il est vrai, on aime bien les revenants. Le 26 juillet, venu jouer au golf et rencontrer la présidente de la Commission européenne, il est interpellé sur l’affaire par des journalistes et des manifestants hostiles. Il rétorque que tout cela est dénué d’intérêt, qu’il vaudrait mieux s’intéresser aux turpitudes de Bill Clinton, qui figurerait dans le dossier. Rien à faire.
» Non, non, elle n’est pas pour toi. »
Remonte le témoignage de Maria Farmer, une étudiante qui a déposé plainte contre Epstein en 1996. Interrogée sur CNN, elle assure avoir rencontré Trump dans le bureau d’Epstein. Le futur président l’avait regardée avec insistance jusqu’à ce que son ami dise : « Non, non, elle n’est pas pour toi. » La Maison-Blanche assure que Trump n’a jamais mis les pieds dans ce bureau. Les dénégations ne suffisent pas. Alors, en dernier ressort, Trump a envoyé son ex-avocat, Todd Blanche, rencontrer Ghislaine Maxwell, ex-compagne et rabatteuse d’Epstein, qui purge une peine de 20 ans de prison en Floride. Est-ce que le « deal » serait qu’elle dresse une liste des clients d’Epstein où ne figurerait pas Trump en échange d’une grâce présidentielle ? Une telle manœuvre ne tromperait personne. Elle montrerait par contre à quel point Trump est aux abois.
Murdoch, arbitre du chaos ?
Le Wall Street Journal est-il en possession de la lettre dont il décrit le contenu ? Et à quoi joue son propriétaire Rupert Murdoch ? On ne peut imaginer qu’il n’ait pas été informé par ses journalistes de la bombe qu’ils entendaient lâcher. Or, le magnat australo-américain des médias, fondateur de News Corporation, est aussi propriétaire de Fox News, une chaîne totalement pro-Trump. Est-il plus proche du libertarien Musk que du maniaque des droits de douane qu’est Trump ?
Les prochains épisodes du feuilleton nous donneront peut-être la clé de cette énigme. En tout cas, Trump contre Murdoch annonce un combat de géants dont le président américain n’est pas sûr de sortir vainqueur.
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