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Trump, le boxeur groggy

publié le 24/02/2026 par Jean-Paul Mari

Réélu en fanfare, le champion promettait des victoires rapides. Un an plus tard, reste l’Ukraine, l’Iran, le Groenland, ICE, Epstein et les droits de douane…

Dans le monde pugilistique, on connaît bien ce genre de boxeur un peu fou. Avant le combat, il est « cocky », arrogant, sûr d’être le meilleur au monde, le plus grand champion de l’histoire, qui réduira son adversaire en chair à pâté. Dès le premier round, il se jette sur l’autre, envoie un déluge de coups puissants, le presse, le bouscule, impressionne. Un œil peu averti prédit même une victoire rapide par K.O. 

Sauf qu’au fil des rounds, le furieux n’a pas démoli son adversaire et commence à souffler fort, à ralentir, à se désorganiser. Et il encaisse les premiers contres dévastateurs qui  bossèlent  son visage de conquérant. L’heure est aux revers sanglants. Trump est à la politique ce que ces « cocky » sont à la boxe.

Avant même son élection, Trump assurait mettre fin à la guerre en Ukraine… en 24 h. Plus d’un an plus tard, la guerre, terrible, continue. Le 21 novembre dernier, l’Ukraine niait avoir accepté les termes d’un plan américain inspiré par Moscou. Et dans la pénombre, Vladimir Poutine, « l’ami » de Trump, passe son temps à faire semblant de discuter d’un compromis alors qu’il est adepte du tout ou rien.

Entre deux reprises, les boxeurs sucent des glaçons pour se rafraîchir. Trump veut avaler le Groenland, épisode grotesque s’il n’était président des États-Unis. Il y tient et l’a répété début janvier. Évidemment, le 2 février, le premier ministre du Groenland a déclaré l’agenda inacceptable et l’Europe, un brin réveillée, envoie ses militaires aux côtés du Danemark pour afficher sa solidarité avec l’île. Le glaçon n’a toujours pas fondu.

En Iran, au début du combat, Trump a frappé fort, sur le conseil de son allié Israël, en bombardant des installations militaires et nucléaires. Bon, un responsable américain a confié que les raids n’avaient retardé le programme que de quelques mois. Soit. Mais quand le peuple est descendu dans la rue pour abattre les mollahs, Trump lui a garanti qu’il allait les mettre K.O. Et puis… rien. Une grande droite dans le vide. Les mollahs, eux, ont massacré. Et Trump en est à renégocier un accord sur le nucléaire, du genre de celui qu’il avait annulé lors de son premier mandat.

Sur le plan intérieur, la volonté de « nettoyer » le pays de ses vilains migrants s’est traduite par des mesures drastiques et brutales. Cette fois, c’est le gant de la justice qui a bloqué temporairement les décrets que Trump signe en rafale. Blocage, le 5 février 2025, de l’« Executive Order » visant à retirer la citoyenneté de l’« Alien Enemies Act » de naissance et, le 15 mars, de celui qui accélère les expulsions. Bataille juridique.

Le contre le plus violent est venu après l’attaque forcenée de la police ICE contre Minneapolis, et la mort d’un homme et d’une femme, Alex Pretti et Renée Good, abattus au sol comme des chiens.Dans la salle, même les fans du champion ont tordu le nez devant ce coup vicieux. Et Trump a dû se résoudre à retirer ICE de Minneapolis. Un bagarreur qui recule, c’est mauvais signe.

Il faut dire que la brute se fait marteler par les coups au corps de l’affaire Epstein. Après avoir retardé la divulgation et caviardé les documents en les minimisant, le public américain sent bien que son champion triche pour cacher ses turpitudes. 

Reste le poing fort de Trump, sa capacité à taxer les produits importés, pour faire de l’argent, énormément d’argent, et affaiblir le monde adversaire. Sauf que, là encore, après avoir encaissé les directs de Pékin, c’est la Cour suprême, supposée être dans son coin, qui vient d’annuler les tarifs imposés, jugeant que le champion avait outrepassé ses droits constitutionnels.

Certes, le combat continue mais, assis sur son tabouret à la reprise, quand le soigneur lui a annoncé qu’il perdait des points et que sa cote de popularité était tombée à 38 %, le niveau historique , le plus bas d’un président à ce stade du combat, Trump, le boxeur fou, avait l’air un peu groggy.


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