Trump le cow-boy nomme un indien pour chasser les immigrés
Markwayne Mullin , le nouveau ministre de la Sécurité intérieure de Trump, trumpiste loyaliste, d’originee cherokee, est un bouillant champion de MMA. Le président adore…
La chute de Kristi Noem
Donald Trump a viré sa ministre de la Sécurité intérieure. Kristi Noem avait géré de façon désastreuse les bavures de ICE, la police fédérale anti-immigrés, qui avait, à Minneapolis, tué deux citoyens américains, Renée Good et Alex Pretti, en janvier dernier. Elle avait accusé les deux victimes d’avoir menacé les policiers alors que des vidéos de témoins, largement diffusées sur les écrans des chaînes d’information du pays, démentaient ses propos. Ces mensonges avaient outré l’opinion publique, exaspéré l’opposition, choqué jusque dans son camp. S
es explications devant les commissions parlementaires n’avaient pas valu mieux. Et pour finir, elle s’était payée, avec de l’argent public, une campagne à 220 millions de dollars pour exhorter les immigrants à quitter le pays immédiatement. Une façon de se faire sa propre publicité. Trop, c’était trop. Même Trump en a eu assez. Ce changement de tête n’est pas pour autant un changement de politique.
Un « guerrier MAGA »
Le profil du remplacement de Kristi Noem est significatif de cette continuité. Le président des États-Unis qui l’a nommé a qualifié le nouveau titulaire du ministère de la Sécurité intérieure de « guerrier MAGA ». Guerrier ? C’est vrai que Donald Trump, tout prétendant au prix Nobel de la paix qu’il soit, utilise, par les temps qui courent, un vocabulaire des plus bellicistes. C’est vrai aussi que le nouveau chef des chasseurs d’immigrés revendique le sang indien qui coule dans ses veines. Markwayne Mullin, seul Amérindien du Sénat, est très fier de ses origines cherokees.
Une de ces nations que l’armée américaine a mis tout le XIXe siècle à vaincre. En tout cas, sa personnalité bagarreuse plaît au président des États-Unis, auquel il n’a sans doute pas échappé que ce nouveau membre de son administration avait été, en 2006 et 2007, un champion de MMA (Mixed Martial Arts). Il a gagné trois compétitions de ce sport de combat, pratiqué dans une cage d’acier, qui mélange des techniques de plusieurs arts martiaux.
Un pur produit de l’Oklahoma conservateur
Ce pur trumpiste est né en 1977 dans une petite ville rurale, en Oklahoma, un État où l’on maintient l’héritage des cow-boys à coup de manifestations diverses : rodéos, ventes de bétail, concerts de musique country, célébrations de l’esprit western. C’est un des territoires les plus conservateurs des États-Unis où les églises évangéliques pullulent. Pas vraiment une terre progressiste. Markwayne, qui porte accolés les deux prénoms de ses grands-pères, est le plus jeune des sept enfants de Jim et Brenda Mullin. L’esprit de famille compte pour ce père de sept enfants, dont des jumelles adoptées.
Très jeune, il manifeste une volonté farouche, porte des orthèses pour réduire son pied bot, subit plusieurs opérations, travaille dur pour surmonter ses troubles de l’élocution. En 1997, à 20 ans, il entre dans l’entreprise de plomberie familiale pour prendre la suite de son père. Et, en 2010, il obtient un diplôme de technologie de l’université d’État, sans atteindre le niveau de la licence. Il décuple la taille de l’entreprise familiale et est élu à la Chambre des représentants en 2012. Il est systématiquement réélu, en augmentant son score.
Le sénateur invite le syndicaliste à régler leur différend à coups de poing
Dix ans plus tard, le comité d’éthique du Congrès s’intéresse à lui. Il déclare 32 à 76 millions de dollars de fortune personnelle. Son groupe, qui réunit plusieurs sociétés de services liés à l’habitat, est prospère. Mais il est sommé de rendre 40 000 dollars versés indûment à l’une de ses sociétés. Pourtant, c’est plutôt son tempérament qui pose problème. Il est élu au Sénat en 2022.
L’année suivante, il manque d’en venir aux mains avec Sean O’Brien, à la tête du très puissant syndicat des « Teamsters », les routiers, mais aussi des employés d’autres secteurs. En pleine commission, le sénateur invite le syndicaliste à régler leur différend à coups de poing sur-le-champ. O’Brien a eu le malheur de le traiter de « cow-boy », de « clown ». Bernie Sanders, sénateur progressiste du Vermont qui préside l’audience, doit rappeler sèchement son collègue à un peu de tenue.
Fidélité absolue à Trump
Ce caractère entier se reflète dans ses positions de trumpiste pur et dur. Le sénateur Mullin s’est montré d’une fidélité absolue au président. En décembre 2020, comme représentant, il soutient ceux qui tentent un recours auprès de la Cour suprême contestant les résultats de l’élection présidentielle qui vient de donner la victoire à Joe Biden.
Quelques heures après l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021, il fait partie des 147 membres du Congrès qui votent contre la certification des résultats électoraux. Pourtant, il a parlementé avec les émeutiers, tentant de les calmer. Plus tard, sur CNN, il jugera la journée « horrible ». L’élu avait conseillé à Trump de ne pas gracier tous les manifestants arrêtés pour cette attaque et d’étudier soigneusement chaque cas, des policiers ayant été tués ce jour-là. Donald Trump ne l’a pas écouté.
Pour autant, le sénateur de l’Oklahoma lui conserve une entière fidélité. Il soutient totalement la politique anti-immigration du président. Il ne trahira jamais son idole. Sa fidélité n’est pas en cause. Son tempérament bouillant, en revanche, celui qui plaît tellement au président, pourrait lui valoir à son nouveau poste, assez exposé, quelques déboires.
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