Trump : Make America Fake Again
Qu’y a-t-il de vrai dans ce qu’affirme Trump ? Rien. Le président des États-Unis passe son temps à se démentir lui-même. Et quand il ne le fait pas, ce sont les faits qui démentent ses propos
« La vérité, c’est changer de mensonge »
Claude Malhuret, président du groupe des Indépendants au Sénat, dont la verve sarcastique à l’égard de Donald Trump fait la joie des opposants au président américain, et pas seulement en Europe, a donné une définition assez claire du rapport du locataire de la Maison Blanche au mensonge. « En définitive, tacle l’élu de l’Allier, Trump, c’est le menteur-en-chef, pour lui, dire la vérité, c’est simplement changer de mensonge. » Et à propos de l’Iran, le chef de l’exécutif américain se surpasse. Jusqu’à ses amis de Fox News qui lui reprochent en mars de s’être honteusement défaussé à propos de la mort de 175 fillettes tuées par le tir d’un missile sur leur école aux premiers jours de la guerre. Une effroyable bavure. T
rump avait déclaré qu’il y avait d’autres pays détenteurs de ces armes, tentant d’innocenter les États-Unis ou l’allié israélien. Pitoyable échappatoire. Mais il ne s’agit que d’un mensonge de circonstance ; d’autres, plus systématiques et plus graves, touchent à la stratégie même du conflit et à la réalité du rapport de force, militaire comme diplomatique.
« Nous avons gagné la guerre »
Trump revendique haut et clair une victoire militaire sans partage. Il répète tous les jours que les forces iraniennes n’ont plus d’aviation ni de marine. Il assure que les 25 000 missions de bombardement accomplies par les aviations américaine et israélienne ont détruit tous les sites de lancement de missiles ou de drones. Il y a quelques jours, les services de renseignement américains ont estimé qu’il restait à Téhéran 40% de ses missiles et 60% de ses drones. La propagande iranienne a montré des kilomètres de tunnels où sont entreposées des centaines de ces armes.
Quant à la marine, si ses principaux bâtiments de surface ont été coulés, elle conserve des centaines de vedettes rapides, surarmées, elles aussi, de missiles capables de mener contre l’US Navy une guérilla navale dévastatrice. Et puis, les effectifs des Gardiens de la révolution et de l’armée ont été certainement entamés, mais sûrement pas annihilés. Enfin, la bannière étoilée ne flotte pas sur Téhéran. La guerre est loin d’être gagnée.
N »ous avons changé le régime »
Le premier jour de l’offensive, le 28 février, le Guide suprême a été tué avec bon nombre de hauts dignitaires du régime. Son successeur a été gravement blessé. Les Américains et les Israéliens, pendant les cinq semaines de frappes intensives, ont ciblé les états-majors des Gardiens de la révolution et des bassidjis. Certes, le régime islamique a perdu bon nombre de ses cadres, mais il n’est en aucun cas détruit. Ce sont les mêmes qui dirigent de façon particulièrement féroce. Tous les jours sont pendus à des grues de chantier, en public, des opposants jugés à la va-vite. Sans parler des tortures et des viols dans les prisons.
Ce sont souvent des jeunes gens, dont bon nombre de femmes, qui sont victimes de ces exactions. La composante religieuse de la dictature semble s’être estompée au profit de factions militaro-policières, maîtres de l’économie, que sont les Gardiens de la révolution. Il n’y a donc pas de nouveau régime.
Nous allons récupérer l’uranium iranien
Cette certitude trumpienne est, dans le meilleur des cas, un vœu pieux. Les 440 kg d’uranium enrichi qui permettraient de fabriquer une dizaine de bombes A ont disparu. Où sont-ils ? Enfouis sous des tonnes de roches des sites nucléaires détruits par les bombardements, dispersés aux quatre coins du pays ? Personne ne semble le savoir. Comment les récupérer si on ne sait pas où ils sont ? Vladimir Poutine a proposé de les prendre en charge pour les neutraliser. Les Iraniens n’ont pas dit oui. Donald Trump espère qu’ils vont d’eux-mêmes accepter de renoncer à leur programme nucléaire militaire.
Une menace nucléaire iranienne immédiate était-elle d’ailleurs avérée pour justifier le déclenchement de cette guerre ? Rien n’est moins sûr. Les débats sont incessants. Trump avait assuré que les fusées de Téhéran dotées d’ogives nucléaires menaçaient à terme la région, le monde, jusqu’aux États-Unis. Les vecteurs iraniens peuvent tout juste atteindre Chypre, bien loin donc des côtes américaines…
« Nous commençons le processus pour dégager le détroit d’Ormuz »
C’est ce qu’affirme Trump le 11 avril. Depuis ce jour, au blocus iranien s’est ajouté le…blocus américain. Si cette situation perdure, l’économie du monde sera durablement affaiblie. Le blocus était levé, puis s’est brutalement refermé. S’il est un jour prochain rouvert, le président américain ne manquera pas de s’approprier une gigantesque victoire, alors que le passage de l’isthme était libre jusqu’à son attaque de l’Iran. Il ne faut d’ailleurs pas oublier qu’il a, un temps, envisagé de partager avec les Iraniens un droit de péage sur le trafic dans le détroit.
On sait que le président des États-Unis est capable de dire une chose, l’inverse et encore le contraire en quelques jours. Peu à peu, il perd toute crédibilité, d’autant que ses actes ne présentent pas davantage de cohérence que ses propos.
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