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Trump menace la santé des enfants de l’Amérique

publié le 14/08/2026 par Pierre Feydel

Flambée de rougeole, vaccins démantelés, fake news sur l’autisme : Trump poursuit sa croisade antivaccin au risque de la santé des enfants américains

Photo: Donald Trump brandit une photocopie de l’une de ses publications sur Truth Social avant de signer un décret préconisant d’espacer les vaccins infantiles sur plusieurs visites distinctes, lundi dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche. phto Anna Moneymaker Getty Images / AFP

Une rougeole hors de contrôle

Les baby-boomers ont connu ces maladies infantiles éruptives, très contagieuses, qui les couvraient de boutons rouges, les assommaient par de fortes fièvres et les confinaient chez eux, alités, larmoyants, toussants, le nez coulant, loin de l’école. La plupart du temps, le mal passait sans séquelles. Néanmoins, il pouvait avoir de graves, mais rares, conséquences pour les très jeunes enfants ou les personnes immunodéficientes. Puis vinrent les vaccins et ces affections disparurent ou presque de la vie des familles. Mais… revoilà la rougeole ! Les États-Unis traversent leur pire épidémie en 35 ans. Avec 2 300 cas répertoriés à la mi-juillet depuis le début de l’année par les « Centers for Disease Control and Prevention » (CDC), l’agence américaine chargée de la santé publique. Ce chiffre a déjà dépassé celui enregistré pour toute l’année 2025. Et c’est déjà dix fois plus qu’en 2024. 10% des personnes infectées ont été hospitalisées. Trois malades sont décédés. Cette formidable accélération risque de faire perdre aux États-Unis leur statut de pays ayant éliminé la rougeole, qu’ils détenaient depuis 2000.

Le vaccin ROR dans le viseur

Aux États-Unis, la situation est jugée « hors de contrôle ». Et ce qui distingue, dramatiquement, la première puissance mondiale, c’est que la principale cause de ces records est à l’évidence la baisse drastique de la couverture vaccinale et, plus généralement, les errements de la politique de santé de l’administration Trump. La dernière aberration du président des États-Unis date du lundi 10 août. Il a signé un décret qui modifie les recommandations américaines en matière de vaccination des enfants. Le texte propose d’administrer les vaccins lors de consultations séparées. Les injections contre la rougeole, les oreillons et la rubéole ( ROR ) seraient scindées en trois au lieu d’être administrées en une seule. Aucune justification scientifique n’a été donnée à cette injonction. Et il faudrait au moins dix ans pour mettre au point des vaccins séparés homologués aux États-Unis. Ce décret ne sera sans doute pas suivi. Ce sont les États qui décident des vaccins obligatoires pour fréquenter les établissements scolaires. Donald Trump réitère néanmoins ses délires alors que son inculture scientifique et médicale est patente. Commentant son propre décret, il évoque une des lubies qu’il partage avec son secrétaire à la Santé, le militant antivax, complotiste, Robert F. Kennedy.

L’autisme, vieille obsession antivax

Le président affirme : « Il y a des décennies, les enfants ne recevaient qu’une petite fraction des vaccins demandés aujourd’hui. À l’époque, les gens étaient en bien meilleure santé et, bien sûr, le taux élevé d’autisme que nous voyons aujourd’hui n’existait pas. » Comme si la vaccination était une cause de ce trouble du neurodéveloppement. Une pure « fake news » qu’aucune étude scientifique ne confirme, mais que le locataire de la Maison-Blanche et son secrétaire à la Santé répètent à l’envi. Même si le président reconnaît qu’il n’existe aucune preuve d’un lien entre autisme et vaccin : une contradiction de plus. Mais qu’attendre d’un Donald Trump qui préconisait d’effectuer des recherches pour savoir si le Covid-19 ne pouvait être soigné par un traitement aux UV ou l’injection, voire l’ingestion, de désinfectant. Javel contre coronavirus. Résultat : en 2020, la pandémie a tué 100 000 Américains et des millions ont été affectés. Le dernier décret trumpiste recommande de réduire de 18 à 11 les vaccins pour les enfants. Car le président juge qu’au total, ils atteindraient le volume d’une « bouteille de soda ». Ces élucubrations ont provoqué une levée de boucliers dans le corps médical.

La contestation gagne le Sénat

Jusqu’au sénateur républicain de Louisiane, Bill Cassidy, lui-même médecin, président de la commission sur la Santé, les Retraites, l’Éducation et le Travail de la chambre haute, qui a estimé que le décret « ne ferait qu’accroître la méfiance et compromettre la sécurité des enfants ». Il a ajouté : « Le président ne dispose pas de l’expertise nécessaire pour mettre en œuvre ces changements. Les vaccins sont extrêmement sûrs. Les vaccins sont efficaces. Les vaccins ne provoquent pas l’autisme. » Une façon à peine voilée de dire que Donald Trump ne sait pas de quoi il parle.

L’obscurantisme comme politique de santé

D’une manière générale, l’administration Trump a sérieusement mis à mal le système de santé américain et la recherche indispensable à tout progrès de la médecine. Une partie de l’opinion, dénuée de toute raison, complotiste, pour laquelle la croyance a remplacé le savoir, soutient cette politique d’obscurantisme scientifique. La CDC a perdu 25% de ses effectifs, sa directrice a été renvoyée, son budget divisé par deux. Plus d’argent pour dépister le cancer ou lutter contre le tabagisme. Les dégâts sont internationaux, le retrait brutal des programmes soutenus par l’USAID accélère la malnutrition dans le monde et la mortalité infantile, particulièrement en Afrique. Non seulement l’administration Trump met en danger la santé et la vie des Américains, mais elle menace le monde entier.


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