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Trump perd la bataille de l’opinion américaine

publié le 03/03/2026 par Pierre Feydel

Dans le camp républicain, les critiques fusent. Le peuple américain est globalement hostile à l’offensive contre Téhéran. Le président des États-Unis joue très gros.

Le rêve pourrait tourner au cauchemar

La mégalomanie de Donald Trump semble sans limite. Veut-il entrer dans la glorieuse catégorie des présidents américains qui auraient sauvé le monde ? Franklin D. Roosevelt, vainqueur du nazisme, et Ronald Reagan du communisme. Lui-même triompherait de l’islamisme en détruisant le régime iranien des mollahs. Sa misérable culture historique lui fait oublier que sans l’Union soviétique, il aurait été beaucoup plus difficile de vaincre Hitler, et que l’« empire du mal » a largement contribué à sa propre perte.

Ces rêves de gloire trumpiens pourraient d’ailleurs tourner au cauchemar si le conflit armé engagé provoquait un chaos funeste dans toute la région, une guerre civile en Iran, d’horribles massacres de populations civiles et des pertes importantes parmi les équipages américains de la Navy et de l’Air Force, sans compter un bon gros choc pétrolier. En tout cas, les Américains ne sont pas vraiment d’accord.

La peur d’une guerre sans fin

Selon un sondage Reuters-Ipsos, 43 % des Américains désapprouvent les frappes, 27 % approuvent, 29 % sont indécis. Chez les Républicains, à peine 55 % soutiennent l’offensive. 47 % des personnes interrogées seraient plus enclines à soutenir l’intervention si elle provoquait la mise en place d’un régime plus favorable aux États-Unis. Mais si elle conduit à la mort de soldats américains, 54 % la condamneront. Tous craignent l’enlisement, une de ces « guerres sans fin » contre lesquelles le candidat Trump s’était élevé, jurant qu’il ne se lancerait jamais dans de telles aventures, célébrant les bienfaits de l’« America First » et d’un isolationnisme définitif. Il affirmait : « ne plus vouloir de guerre ». Sa base MAGA applaudissait. Aujourd’hui, ce noyau dur du trumpisme se fissure.

Fractures dans la galaxie MAGA

Marjorie Taylor Greene, ex-représentante de la Géorgie, passablement complotiste, autrefois membre du Freedom Caucus, qui rassemble au Congrès les républicains les plus radicaux, traitait l’offensive contre l’Iran de « trahison » et qualifiait de « mensonge » l’idée qui voudrait que l’Iran puisse accéder sous peu à l’arme nucléaire.

Et si cette ultra a démissionné de son mandat, rejetée brutalement par Donald Trump pour avoir critiqué la gestion par la Maison-Blanche et le ministère de la Justice du dossier Epstein, elle reste un personnage extrêmement populaire à l’extrême droite. Son opinion compte. Elle dénonce cette guerre contre l’Iran « pour le compte d’Israël ». L’idée que Donald Trump est plus soucieux de la sécurité et du bien-être des Israéliens que des Américains fait son chemin. Le podcasteur Tucker Carlson, ex-journaliste de Fox News, soutien dévoué de Trump, a qualifié l’attaque contre Téhéran « d’absolument répugnante et malveillante ».

Nick Fuentes, suprématiste blanc teinté de nazisme, reçu par Trump, dont l’audience est importante chez les jeunes Républicains, a lui aussi clamé son opposition à l’offensive. Il y a même des personnages éminents qui restent dubitatifs sur le bien-fondé de l’attaque. Le vice-président lui-même, J. D. Vance, a assuré au Washington Post, 48 heures avant l’opération, qu’il restait « sceptique à l’égard des interventions militaires ».

Le précédent des guerres perdues

Le Moyen-Orient n’a pas vraiment réussi aux présidents américains. George W. Bush a gagné la guerre en Irak et perdu la paix, faisant un cadeau somptueux à l’Iran. Barack Obama a refusé d’intervenir en Syrie et laissé le pays plonger dans la guerre civile. Joe Biden, après 20 ans de présence, a subi la déroute afghane. Depuis son arrivée au pouvoir, contrairement à ses protestations de pacifisme, Donald Trump a bombardé un peu partout, en Irak, en Syrie, en Somalie, au Yémen, au Nigeria, au Venezuela. À chaque fois, il a totalement ignoré le Congrès.

Le Congrès sort du silence

Les élus ont peu protesté. Cette fois, bien que prévenus par Marco Rubio, le secrétaire d’État, ils se rebiffent. Chuck Schumer, le leader de l’opposition démocrate au Sénat, a reproché au président de ne pas avoir fourni aux représentants de la Nation américaine les éléments sur l’ampleur de la menace que les États-Unis devaient redouter et justifier ainsi l’offensive. Normalement, le commandant en chef ne peut ordonner une action militaire qu’en cas d’urgence.

Un pari à haut risque politique

Seul le Congrès des États-Unis peut déclarer la guerre. Les Démocrates bataillent pour rappeler le président à ses devoirs constitutionnels. L’idée est de voter une résolution en ce sens. Si elle est adoptée, Donald Trump pourra y mettre son veto. Ce vote néanmoins permettra de mesurer l’importance du rejet du conflit avec l’Iran au sein du pouvoir législatif. Le locataire de la Maison-Blanche joue gros. Il envisage quatre semaines de bombardements, un mois. Il a déjà des morts américains.

Dans ces conditions, l’opposition à cet acte clé de sa politique étrangère ne peut qu’augmenter. Au risque de lui faire perdre les élections de mi-mandat. Et s’il perd la majorité au Congrès, il ne pourra plus conduire sa politique. Le pire serait qu’en plus il n’ait pas débarrassé le peuple iranien de l’effroyable dictature qui le martyrise. Conscient de tous ces terribles risques, le président des États-Unis semble vouloir, dès le début des hostilités, accélérer la guerre dans une région qui s’est embrasée. Jusqu’où ?


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