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Trump, président trop instable, écarté de certaines réunions de sécurité

publié le 21/04/2026 par grands-reporters

Une enquête du Wall Street Journal décrit un président Trump parfois débordé en privé, au point que certains de ses conseillers le tiennent désormais à l’écart de certaines réunions sensibles

Écarté du cœur de la crise iranienne

Le 4 avril, lorsqu’un avion de combat américain est abattu au‑dessus de l’Iran et que deux aviateurs sont portés disparus, la Maison-Blanche déclenche une opération de crise pour organiser l’exfiltration des pilotes. Une cellule restreinte se réunit pour suivre minute par minute l’opération… sans le président, volontairement tenu hors de la pièce par plusieurs de ses plus proches conseillers, qui redoutent que son impatience et ses réactions émotionnelles ne perturbent la conduite des opérations.

Informé du tir, Donald Trump aurait crié sur ses collaborateurs pendant des heures, vitupérant contre les alliés européens et évoquant la crise des otages en Iran dans les années 1970, qu’il associe à la défaite de Jimmy Carter. C’est en partie cette scène qui convainc ses conseillers de l’écarter physiquement de la salle de suivi tactique. Le président n’apprendra ainsi qu’après ses principaux collaborateurs le sauvetage du second pilote, à l’issue d’une opération jugée périlleuse par le Pentagone.

Menaces en ligne et diplomatie improvisée

Privé de contrôle opérationnel, Donald Trump retrouve son terrain de prédilection : les réseaux sociaux. Au cours du week‑end de Pâques, il publie sur Truth Social un message truffé d’invectives à l’adresse de Téhéran : « Ouvrez ce putain de détroit, bande de fous furieux, ou vous irez en enfer, vous verrez ! Loué soit Allah », visant le détroit stratégique par où transite une part majeure du pétrole mondial.

Ce type de sortie, décidé sans concertation, illustre ce que plusieurs responsables décrivent comme des « impulsions contradictoires » : menace d’« anéantir » la civilisation iranienne dans un délai de quelques heures, promesses d’accord rapide, déclarations martiales suivies de signaux d’ouverture. Ces coups de force rhétoriques ne s’inscrivent pas dans une stratégie définie, mais relèvent surtout de l’improvisation personnelle du président. Aux yeux de Trump, cette instabilité assumée pourrait pousser Téhéran à négocier. Ses conseillers y voient au contraire un risque d’escalade incontrôlée et un brouillage du message adressé aux alliés comme à l’opinion américaine.

Un chef de guerre aux priorités dispersées

La guerre avec l’Iran met aussi en lumière ce que plusieurs témoins décrivent comme une capacité de concentration aléatoire. À quelques minutes de l’échéance d’un fragile cessez‑le‑feu, alors que les équipes de sécurité nationale peinent à finaliser les termes d’une trêve, Trump s’intéresse davantage aux élections de mi‑mandat, aux cryptomonnaies ou aux politiques sur l’intelligence artificielle.

Des responsables racontent qu’il peut, au cœur d’un briefing sur la guerre, digresser longuement sur ses projets pour la salle de bal de la Maison-Blanche, évoquer des levées de fonds ou confier à ses conseillers qu’il préfèrerait parler d’un autre sujet, avant de revenir – parfois – au dossier iranien. Malgré ces distractions, un cessez-le-feu précaire finira par être annoncé peu avant la fin de l’ultimatum.

Calcul politique et quête de prestige

En filigrane se dessine l’image d’un président agacé par une guerre qui s’éternise et semble contredire une de ses grandes promesses : ne plus embarquer l’Amérique dans des « guerres sans fin ». Trump surveille de près la réaction des marchés financiers et des prix de l’énergie, qu’il considère comme des baromètres essentiels de sa popularité et de ses chances de réélection. Loin de l’indifférence affichée en public, il s’inquiéterait en privé des pertes humaines et de l’impact politique d’un conflit prolongé.

Il veut s’attribuer la Medal of Honor

Ce souci de limiter les pertes américaines l’aurait poussé à refuser une opération visant à prendre le contrôle de l’île de Kharg, principal hub des exportations pétrolières iraniennes, malgré les assurances des militaires. Au‑delà de ces arbitrages, le récit met aussi en avant un Trump obsédé par les signes de reconnaissance, notamment militaires. Il aurait évoqué sérieusement l’idée de s’attribuer la Medal of Honor, plus haute distinction militaire américaine, en invoquant un atterrissage nocturne jugé dangereux lors d’une visite aux troupes en Irak durant son premier mandat. Sa porte‑parole assure qu’il plaisantait, mais pour plusieurs témoins, cette marotte en dit long sur un président en quête de prestige autant que de victoire.