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Trump pressé de signer un accord perdant

publié le 18/04/2026 par Marc Lefevre

Trump veut un accord rapide avec Téhéran. Mais il est en passe de signer un accord encore plus incomplet et risqué que celui de 2015… qu’il avait déchiré


Malgré l’interruption des contacts directs, les négociations continuent pour mettre fin au conflit armé entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Dans le flot des déclarations péremptoires et définitives de Donald Trump, suivies systématiquement par des démentis et des correctifs iraniens, la seule certitude est que les deux acteurs principaux ont intérêt à un accord.

Les États-Unis sous pression militaire et électorale

Les États-Unis ont montré les limites de leur efficacité militaire, incapables, malgré une campagne de frappes massives, de renverser le régime iranien ou de neutraliser durablement ses capacités balistiques, et ne se sont pas préparés à mener un conflit militaire de longue durée.
Les pressions des milieux économiques mondiaux et les échéances électorales des « midterms » de novembre poussent Donald Trump à un accord rapide, qu’il aura loisir de travestir en victoire.

Un régime iranien exsangue mais déterminé

Malgré les capacités de résistance qu’il a démontrées, le régime iranien se retrouve avec un appareil économique à l’arrêt et partiellement détruit. Il sait que des concessions de sa part sont inévitables pour desserrer l’étau des sanctions économiques et éviter une crise sociale qui se transformerait en révolte politique contre sa dictature.

Israël, premier exposé, dernier servi

En tant que troisième partie prenante dans ce conflit, Israël était le pays le plus exposé et le plus intéressé à voir annihiler la menace militaire représentée par l’Iran. Même s’il a su mobiliser toutes ses ressources de renseignement et de capacités militaires aériennes, il n’aura pas son mot à dire dans les négociations en cours et devra se résigner à se soumettre aux décisions de Donald Trump.

Détroit d’Ormuz : la fausse priorité

Actuellement, l’attention se porte principalement sur le sort réservé aux conditions de circulation dans le détroit d’Ormuz. Mais, vu l’ampleur des intérêts économiques mondiaux qui sont en jeu, on peut prévoir que cet obstacle sera levé et qu’une solution sera trouvée rapidement. On verra alors que l’enjeu principal des négociations en cours reste le sort qui sera dévolu aux programmes nucléaires iraniens.
Pour tous les États qui entourent l’Iran, c’est le risque de la poursuite éventuelle, sous une forme ou une autre, d’un programme nucléaire de nature militaire qui est perçu comme la principale cause d’insécurité dans la région.

Le précédent du JCPOA de 2015

La réussite éventuelle des négociations en cours entre les États-Unis et l’Iran va donc être évaluée selon l’ampleur et la solidité des engagements que le régime des mollahs est prêt à prendre sur ses programmes nucléaires.
Pour le moment, les informations qui filtrent des deux parties sont imprécises et contradictoires et se concentrent sur les fameux 440 kg d’uranium enrichi à 60 %. Pendant que Donald Trump affiche sa volonté de récupérer ce stock stratégique dans son intégralité, les Iraniens se contentent de parler de dilution partielle de l’uranium enrichi, en dessous du taux d’enrichissement de 60 %, pour diminuer sa dangerosité.
En ce qui concerne un éventuel moratoire sur les capacités iraniennes d’enrichissement, le marchandage porte sur la durée. La Maison-Blanche souhaiterait 20 ans, pendant que Téhéran serait prêt à concéder une période de 5 ans.

En 2018, Donald Trump entérine le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien. © A

43 chapitres pour un accord piétiné

À ce stade, il est utile de se rapporter à l’accord JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) conclu en 2015 entre l’Iran et les 5 États membres permanents du Conseil de sécurité dotés de l’arme nucléaire, auxquels s’était jointe l’Allemagne. Après plusieurs années de négociations laborieuses, il ne comportait pas moins de 43 chapitres nécessaires à la présentation de cet accord, avec, entre autres : • le nombre et le type de centrifugeuses qui seraient démontés et stockés sous contrôle international ;
• le stock d’uranium enrichi qui serait retiré d’Iran et démantelé ;
• le détail et les modalités de mise en place des contrôles internationaux de l’AIEA pour garantir la nature civile des activités d’enrichissement de l’Iran ;
• la limitation des activités d’enrichissement au seul site de Natanz.
Au vu de l’absence d’informations du même type sur les négociations en cours, et alors que Donald Trump annonce triomphalement que la signature d’un accord est une affaire de quelques jours, on est en droit de se poser la question de la solidité et de la fiabilité d’un tel accord.

Arak et la « voie plutonium » oubliée

Il suffit, pour cela, de se rappeler le quasi-incident diplomatique entre la France et les États-Unis au moment de la signature des accords JCPOA de 2015 :
Les négociateurs américains, présidés par le secrétaire d’État John Kerry et conduits par la cheffe négociatrice technique Wendy Sherman, pressés de conclure, avaient tendance à court-circuiter les autres parties. Leur projet se concentrait sur l’enrichissement de l’uranium, négligeant une autre voie d’accès à l’arme nucléaire : les réacteurs de recherche, comme celui d’Arak, dont l’usage peut être détourné pour produire du plutonium.
Il a fallu l’insistance des équipes françaises menées par Laurent Fabius et leur refus de signer en l’état pour imposer, in extremis, des garanties limitant cette capacité.
Or, dans les négociations actuelles, plusieurs sources évoquent la volonté iranienne de maintenir des réacteurs de recherche à eau lourde officiellement dédiés à la production d’isotopes médicaux, mais susceptibles d’être détournés à des fins militaires.

Trump 2026 : répéter, en pire, les erreurs d’Obama ?


La question légitime qui se pose est de savoir si les équipes de Donald Trump, en 2026, vont, par empressement et incompétence, faire la même erreur que les équipes de Barack Obama en 2015.
En se focalisant sur la seule filière d’enrichissement de l’uranium et en laissant l’Iran des mollahs poursuivre l’exploitation de réacteurs dits de recherche, on ouvre la voie à une production discrète, à terme, de plutonium à usage militaire.

Un accord qui pourrait affaiblir la sécurité d’Israël

Benjamin Netanyahou n’avait pas ménagé ses efforts pour dénoncer l’accord JCPOA de 2015 et s’était glorifié d’avoir convaincu Donald Trump de le dénoncer. L’accord JCPOA de 2015 était peut-être incomplet et imparfait. Mais il avait permis de freiner le programme nucléaire iranien pendant des années.
Sa dénonciation unilatérale par Donald Trump, en 2018, avait redonné les mains libres au régime des mollahs. Aujourd’hui, le même Donald Trump est en passe de signer un accord encore plus incomplet et risqué que celui qu’il avait déchiré.

Une guerre pour rien ?

Dans le contexte des élections israéliennes à la Knesset qui se rapprochent, Benjamin Netanyahou va avoir du mal à convaincre ses électeurs que son alliance avec Donald Trump a permis de renforcer la sécurité d’Israël vis-à-vis de l’Iran des mollahs. Une négociation qui néglige la « voie plutonium » et se contente de vitrifier quelques centrifugeuses ne fera qu’acheter un court répit à un risque de prolifération intact.


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