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Ukraine : la violence sexuelle, méthode de torture et de terreur

publié le 20/10/2026 par grands-reporters

Viols, mutilations, humiliations : l’ONU documente plus de mille cas de violences sexuelles dans la guerre en Ukraine, dont 89% attribués aux autorités russes

Viols, mutilations, humiliations : l’ONU documente plus de mille cas de violences sexuelles dans la guerre en Ukraine, dont 89% attribués aux autorités russes

Viols, mutilations, décharges électriques sur les organes génitaux : un rapport des Nations unies documente les violences sexuelles contre les prisonniers et les civils. Sur 1 004 cas vérifiés, 89% sont attribués aux autorités russes. Une enquête qui révèle des pratiques répétées pour humilier, contraindre et briser.

Dans la région occupée de Zaporijjia, un soldat russe s’installe chez une femme et la viole plusieurs fois par semaine pendant un mois. En échange, il lui promet que son mari détenu sera mieux traité. Dans la région de Kherson, une autre femme raconte qu’un militaire fait irruption chez elle, la viole chaque nuit et la menace de viol collectif. Le domicile devient un lieu de captivité, sans barreaux ni cellule.

Publié le 18 septembre 2026, le rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme décrit l’utilisation des violences sexuelles comme méthode de torture, d’intimidation et de coercition. Il repose sur des centaines d’entretiens confidentiels, des documents judiciaires, des archives officielles et d’autres éléments vérifiés.

Mille cas recensés

Les 1 004 cas recensés correspondent chacun à une personne, parfois victime de plusieurs agressions. Ils ne représentent donc pas le nombre total d’actes commis. L’enquête rassemble les informations recueillies entre le 24 février 2022 et le 31 juillet 2026 : 984 cas concernent des faits survenus pendant cette période ; 20 portent sur des violences antérieures, nouvellement documentées.

Les enquêteurs attribuent 892 cas aux autorités russes — armée, administration pénitentiaire, services de sécurité et autres organismes —, soit environ 89% du total. Les 11% restants sont imputés aux autorités ukrainiennes. Cette répartition vaut pour les cas vérifiés, non pour l’ensemble des violences commises pendant la guerre. L’ONU estime leur ampleur réelle très supérieure à ce bilan.

Les hommes, premières victimes

Le rapport bouscule une représentation fréquente : la majorité des victimes identifiées sont des hommes, notamment des prisonniers de guerre. Parmi les 915 prisonniers ukrainiens et membres du personnel médical retenu interrogés après leur libération, 572, soit 63%, ont livré des récits cohérents et détaillés de violences sexuelles. Ce pourcentage concerne les personnes interrogées, pas l’ensemble des captifs ukrainiens.

Viols, tentatives de viol, mutilations, coups sur les organes génitaux, décharges électriques, mises à nu forcées : les sévices accompagnent toutes les étapes de la captivité. Ils commencent parfois dès la capture, se poursuivent pendant les transferts et les interrogatoires, mais aussi lors des fouilles et des douches, jusqu’aux dernières heures précédant un échange de prisonniers.

Le « tapik », instrument de supplice

Parmi les instruments employés figure le « tapik », téléphone militaire de campagne soviétique détourné pour infliger des décharges électriques. Le rapport recense 155 prisonniers ou membres du personnel médical retenu ayant subi des décharges sur les organes génitaux. Les 27% souvent cités correspondent aux 572 personnes ayant rapporté des violences sexuelles, et non à tous les prisonniers interrogés.

La répétition est centrale : 72% de ces 572 personnes déclarent plusieurs épisodes de violences sexuelles ; 48% en ont subi dans plusieurs lieux de captivité. Les enquêteurs ont documenté ces pratiques dans 83 établissements officiels et 81 lieux non officiels ou de transit, en territoire ukrainien occupé et en Russie. La similitude des méthodes et leur dispersion géographique étayent le constat de pratiques dépassant des actes isolés.

Humilier sous les caméras

Certains sévices se déroulent dans des espaces communs, sous vidéosurveillance ou en présence de supérieurs. Les victimes mettent notamment en cause des agents du service pénitentiaire russe, le FSIN, des militaires et des membres du FSB. Les violences servent à obtenir des informations ou des aveux, à punir et à humilier ; elles s’inscrivent aussi dans les routines de la détention.

De quatre ans à 82 ans

Les civils sont également visés. Le rapport documente des violences contre des hommes et des femmes détenus par les autorités russes. Hors détention, les viols et agressions recensés touchent principalement des femmes et des filles, souvent chez elles.

La plus jeune victime de viol identifiée est une fillette de quatre ans ; la plus âgée, une femme de 82 ans. Les deux cas sont attribués aux autorités russes. Dans la région de Kyiv, une femme a raconté avoir été violée par deux soldats après qu’ils eurent tué son mari. Ils menaçaient de l’abattre devant son jeune fils si elle résistait. La violence sexuelle prolonge ici la terreur exercée sur toute une famille.

Des crimes aussi du côté ukrainien

L’enquête établit également la responsabilité de membres de l’armée, de l’administration pénitentiaire et des services de sécurité ukrainiens. Les victimes comprennent des prisonniers de guerre russes ou ressortissants de pays tiers et des civils détenus dans des affaires liées au conflit. Les violences se concentrent surtout au début de la captivité.

Près de la moitié des cas consistent exclusivement en menaces de violences sexuelles. Les autres comprennent notamment des décharges électriques et des coups sur les organes génitaux, des mises à nu forcées, deux agressions sexuelles et deux tentatives de viol. Les menaces constituent elles-mêmes des violences : l’absence d’agression physique ne les rend pas anodines.

L’ONU relève des mesures préventives prises par Kyiv, mais souligne qu’à la date du rapport, elle ne connaissait aucune affaire ayant dépassé le stade de l’enquête. Concernant la Russie, elle ne constate aucune mesure tangible pour prévenir ou poursuivre ces crimes et dénonce des dispositions favorisant l’impunité.

L’accès refusé aux geôles russes

L’Ukraine a permis aux enquêteurs de rencontrer librement et confidentiellement les prisonniers russes et les détenus liés au conflit dans les établissements officiels. Malgré des demandes répétées, la Russie leur a refusé l’accès aux prisonniers ukrainiens, aux civils détenus et aux territoires occupés. Les témoignages des captifs ukrainiens sont donc principalement recueillis après leur libération.

Cette asymétrie ne signifie pas que l’ONU aurait été privée d’accès aux victimes potentielles des autorités ukrainiennes : elle pouvait précisément interroger les détenus dans leurs établissements officiels. Les personnes toujours retenues par la Russie restent, en revanche, largement hors de sa portée.

La peur, le silence, l’impunité

Au défaut d’accès s’ajoutent le traumatisme, la honte, la stigmatisation et la crainte de représailles. Certains survivants redoutent aussi d’être accusés de collaboration. Enfin, seuls sont publiés les cas pour lesquels les personnes ont donné leur consentement éclairé : toutes les violences vérifiées ne figurent donc pas dans le bilan.

Le Haut-Commissariat réclame aux deux États des enquêtes impartiales et des poursuites, quels que soient le grade et l’affiliation des responsables, ainsi que des soins et des réparations pour les survivants. Ses conclusions ne renvoient toutefois pas les parties dos à dos : par leur nombre, leur répétition et leur implantation dans de multiples établissements, les violences attribuées aux autorités russes occupent une place prépondérante dans les faits établis.


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