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Ukraine. Quand la jeunesse s’en va

publié le 22/02/2026 par Malik Henni

Jeunes en exil, armée vieillissante, Europe plus frileuse : l’Ukraine joue aussi sa survie démographique

La nouvelle loi

Voilà quatre ans que les bombes russes ravagent l’Ukraine et que des millions d’exilés fuient les alertes aux bombardements pour se réfugier à l’Ouest. La loi martiale interdit à tout homme de 18 à 60 ans de quitter le pays, avant qu’un assouplissement ne soit décidé. Le 25 août 2025, le gouvernement ukrainien annonce officiellement un assouplissement des restrictions de sortie du territoire dans le cadre de la loi martiale.

Une jeunesse qui s’échappe

Les hommes âgés de 18 à 22 ans sont désormais autorisés à quitter l’Ukraine. Ceux appartenant à cette tranche d’âge déjà à l’étranger peuvent revenir puis repartir librement. La restriction demeure en vigueur pour les hommes de 23 à 60 ans, sauf exceptions prévues par la loi. Il s’agit d’un allègement ciblé, sans remise en cause de la loi martiale instaurée en février 2022 et régulièrement prolongée depuis.

À présent, les jeunes de moins de 22 ans peuvent quitter l’Ukraine. Bien souvent, ils sont poussés par leur famille, qui ne veut pas les voir atteindre l’âge de la conscription, pour l’instant maintenu à 25 ans. En huit mois, 22 000 jeunes hommes ukrainiens prennent le chemin de l’exil, loin de leur famille.

Un consentement qui s’effrite

Cette libéralisation est une façon pour le gouvernement d’acheter la paix sociale. V. Zelensky refuse la mobilisation générale, de peur de braquer une société déjà sur les nerfs, à cause notamment des scandales de corruption. À mesure que la guerre dure et que sa conclusion apparaît de moins en moins favorable aux intérêts ukrainiens, le consentement de la population à voir une partie de sa jeunesse mourir « pour rien » sur le champ de bataille s’érode.

Des rafles

Les réseaux sociaux sont pleins de vidéos d’agents recruteurs qui raflent les jeunes hommes dans la rue pour leur mettre une convocation au front entre les mains, de manière illégale. Les jeunes, élevés au temps de la démocratie et des droits de l’homme, ne se voient pas se sacrifier pour un pays qui n’a même pas trente-cinq ans.

Une armée aux cheveux grisonnants

Ce climat morose explique les velléités de départ. Sur le front, ce sont les vieux (« did » en ukrainien), formés au temps de l’Union soviétique, qui tiennent la ligne. La moyenne d’âge des soldats est de 45 ans, loin des 30 ans de la plupart des autres pays du monde.

L’Europe moins accueillante

Les pays européens sont-ils prêts à continuer à accueillir les réfugiés ukrainiens ? Un tour de vis est à craindre. En Pologne, un parti à la droite du PiS, la Confédération, se constitue en opposition aux mesures d’aide à l’Ukraine et à sa population. La montée de l’AfD en Allemagne pousse le chancelier Merz à faire voter une réforme de l’accueil des Ukrainiens en novembre dernier. Les aides sociales leur sont réduites, mais leur titre de séjour est automatiquement renouvelé. En novembre dernier, le chancelier allemand Friedrich Merz appelle Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, à retenir les jeunes hommes dans son pays « pour qu’ils accomplissent leur devoir ».

Une bombe démographique

À terme, quelle que soit l’issue du conflit, la question du retour de ces jeunes hommes et femmes formés et éduqués est primordiale pour la survie de la nation ukrainienne. De 52 millions d’habitants, la population du pays descend à 41 millions à la veille de l’invasion russe de 2022. Avec les exilés et les morts de la guerre, la population est aujourd’hui entre 33 à 36 millions, selon les estimations. Le taux de fécondité est l’un des plus faibles du monde, avec seulement 1,3 enfant par femme. Ce que les bombes russes ne réussissent pas à faire, à savoir rayer l’Ukraine de la carte, la démographie pourrait bien s’en charger.


Encadrés

Des femmes accompagnées de leurs enfants traversent la frontière ukrainienne pour entrer en Pologne, au poste frontière de Medyka, le 8 mars 2022. ©AFP – Louisa GOULIAMAKI

🌍 Les réfugiés ukrainiens en Europe

5,2 millions d’Ukrainiens fuient la guerre pour s’installer dans les pays de l’Union européenne, soit environ 12% de la population. 560 000 vivent désormais hors d’Europe. L’Allemagne est le premier pays d’accueil, avec 1,2 million d’exilés, suivie par la Pologne (1 million) et la République tchèque (400 000). Malgré la distance, l’Espagne en accueille 250 000, soit plus de trois fois plus que la France (73 000). Ils bénéficient du statut de « protection temporaire », distinct et plus avantageux que celui de « réfugié » : cela leur permet d’avoir accès à un logement, au système de sécurité sociale et à l’éducation pour les enfants.

🇫🇷 France: un accueil… timide

La France accueille environ 70 000 à 75 000 Ukrainiens sous statut de protection temporaire, loin derrière l’Allemagne , la Pologne ou la République tchèque. Ce statut, activé en mars 2022 au niveau européen, leur garantit un titre de séjour, le droit de travailler, l’accès à l’assurance maladie, une allocation spécifique et la scolarisation des enfants.

L’accueil repose sur l’hébergement d’urgence, l’appui des collectivités locales et l’intégration scolaire rapide. La France respecte le mécanisme européen, mais demeure un pays d’accueil secondaire dans la géographie de l’exil ukrainien.


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