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Ulrich Siegmund, «l’homme le plus dangereux d’Allemagne»

publié le 05/09/2026 par grands-reporters

L’AfD part à la conquête d’un Land allemand. Son candidat : Ulrich Siegmund, 35 ans, pro-russe, antimigrant, anti-système, visage très souriant d’un projet très radical

Le sourire du gendre parfait

Ce dimanche 6 septembre, les électeurs de Saxe-Anhalt, dans l’Est de l’Allemagne, renouvellent leur Parlement régional. Le scrutin est regardé bien au-delà de ce Land d’un peu plus de deux millions d’habitants : pour la première fois depuis 1945, un candidat d’extrême droite peut espérer diriger un gouvernement régional allemand.

Cet homme, c’est Ulrich Siegmund. À 35 ans, tête de liste de l’AfD, il vise le poste de ministre-président de Saxe-Anhalt. Une victoire ferait de ce Land le laboratoire d’une conquête du pouvoir que l’Alternative pour l’Allemagne entend prolonger au niveau fédéral.

À Quedlinburg, petite ville touristique aux maisons à colombages, Siegmund arrive en jean et baskets, sourire large, comme s’il venait à une fête de village. Autour de lui, des stands, des saucisses grillées, des familles, des enfants, des motos Simson — ces petites cylindrées fabriquées jadis en RDA, devenues un fétiche de l’Est allemand. Kermesse, drapeaux, selfies : rien, à première vue, qui évoque le danger.

« Alles ist möglich », « Tout est possible »

Sur l’estrade, le candidat de l’AfD lance son slogan : « Alles ist möglich », tout est possible. Puis il promet : « Avec vous, chers amis, nous allons récupérer ce pays. »

C’est cette possibilité qui a fait de lui, selon Der Spiegel, « l’homme le plus dangereux d’Allemagne ». Le magazine n’a pas choisi un agitateur vociférant, mais un jeune homme à l’allure soignée, formé au commerce et à la psychologie économique, ancien vendeur de parfums d’ambiance, devenu professionnel de la mise en scène politique.

Sur TikTok, où il réunit plusieurs centaines de milliers d’abonnés, il parle avec des mots simples, des images maîtrisées et un ton rassurant. Il se filme sur une Simson bleu clair, emblème de l’ex-RDA, avec des retraités, des familles, des salariés inquiets. Il vend moins une idéologie qu’une consolation : l’idée qu’un monde disparu pourrait revenir.

L’Est, sa blessure et son marché

« Pour les gens d’Allemagne de l’Est, Ulrich est le sauveur », dit une sympathisante à Quedlinburg. Le mot dit la profondeur d’un ressentiment toujours vif dans l’ancienne RDA : le sentiment, trente-six ans après la réunification, d’être des citoyens de seconde zone ; la conviction que Berlin décide pour eux ; l’impression d’être regardés de haut par les élites de l’Ouest.

Les « Ossis » se sentent encore séparés des « Wessis ». Siegmund transforme cette blessure historique en carburant politique. Il exalte objets, paysages et références populaires d’une mémoire locale. La Simson devient plus qu’une mobylette : une bannière identitaire.

« La Simson, en Allemagne de l’Est, c’est comme votre baguette », résume un militant. Ce folklore affectif dessine une frontière entre ceux qui seraient « d’ici » et ceux qui ne le seraient pas, entre un peuple supposément enraciné et des élites accusées d’avoir dissous repères, autorité et sécurité.

Casser le « système »

Ancien commercial, formé à la psychologie économique, Siegmund maîtrise les ressorts de la persuasion. Il simplifie, rassure, répète. Sur TikTok comme dans les fêtes de village, il donne à ses partisans le sentiment d’être enfin vus et entendus.

Sa méthode convertit le malaise social en combat culturel. Pensions trop faibles, énergie chère, fermetures d’usines, guerre en Ukraine, défiance envers les médias publics : tous les griefs mènent, dans son récit, au même responsable, « le système ».

CDU, SPD, FDP : tous devraient être mis « dehors ». L’AfD se présente comme la force fraîche qui veut « casser le système », alors que Siegmund siège depuis dix ans au Parlement régional de Saxe-Anhalt.

Derrière la douceur, la remigration et le soutien à la Russie

Le danger, pour ses adversaires, réside dans sa capacité à présenter une politique de rupture comme une restauration tranquille. Son programme défend des expulsions renforcées, la « remigration », la réduction du soutien aux réfugiés ukrainiens et un retour au gaz russe.

La fédération AfD de Saxe-Anhalt, dont il est la figure de proue, est classée depuis 2023 comme mouvement « confirmé d’extrême droite » par le renseignement intérieur régional. Cette qualification vise l’organisation régionale du parti, non une condamnation pénale individuelle de Siegmund.

Des juristes de l’université Martin-Luther de Halle-Wittenberg estiment que plusieurs mesures du programme régional AfD — détention avant expulsion, accords de retour, restrictions de prestations aux demandeurs d’asile — risqueraient d’être contraires au droit. Il s’agit d’une analyse juridique, non d’une décision définitive.

L’ombre de Potsdam

Sa participation à la réunion de Potsdam, en novembre 2023, a révélé ce que son image lisse cherche à atténuer. Des responsables et militants d’extrême droite, dont l’Autrichien Martin Sellner, y ont discuté de projets de « remigration » à grande échelle visant des personnes issues de l’immigration, y compris, selon les révélations à l’origine du scandale, des citoyens allemands.

Siegmund a confirmé sa présence, mais affirme avoir participé à titre privé. Il a minimisé l’événement en le présentant comme une réunion informelle autour d’un café. Le Landtag de Saxe-Anhalt l’a néanmoins démis, le 21 février 2024, de la présidence de sa commission du travail, des affaires sociales, de la santé et de l’égalité.

« L’homme le plus dangereux »

Quand Der Spiegel l’a placé en couverture sous le titre « Der gefährlichste Mann Deutschlands », son camp a retourné l’attaque en trophée. Des militants faisaient signer le magazine ; Siegmund a publié une vidéo où il le dédicaçait et a salué une « très bonne publicité ».


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