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Un accord enfin conclu entre Trump et l’Iran : les gagnants et les perdants de cette guerre

publié le 15/06/2026 par Pierre Haski

Un accord a finalement été annoncé entre les États-Unis et l’Iran. Il permet la réouverture du détroit d’Ormuz, mais ne règle rien : des négociations difficiles s’ouvrent.

Donald Trump aura finalement obtenu un accord avec l’Iran le jour de son 80e anniversaire. Il l’avait tant de fois annoncé que le doute a subsisté jusqu’à la dernière minute, surtout après le bombardement de la banlieue sud de Beyrouth par Israël hier, et les menaces de représailles iraniennes. Trump a désavoué son allié israélien et a pu sauver le deal.
Comme prévu, chacun revendique une victoire retentissante

Le vice-président américain J.D. Vance, qui devrait signer l’accord avec les Iraniens vendredi à Genève, a affirmé que le Moyen-Orient en serait transformé pour les 50 prochaines années. Quant à l’Iran, il proclame que les États-Unis et Israël ont été « humiliés » et ont dû se résoudre à reconnaître leur défaite.

Ni l’un ni l’autre ne sont vrais, évidemment, d’autant qu’à ce stade, ils ne vont signer qu’un document qui prolonge de 60 jours le cessez-le-feu, permet la réouverture du détroit d’Ormuz et l’arrêt de la guerre d’Israël au Liban, ainsi que la levée progressive des sanctions contre l’Iran. Mais il sera suivi de négociations sur la question nucléaire, sur le stock de 440 kilos d’uranium fortement enrichi, et sur les autres questions complexes des missiles balistiques et de l’action régionale de Téhéran. Autrement dit, l’accord ramène la région à la situation d’avant la guerre, mais ne règle rien, le plus dur est à venir.

Il ne faut pas écouter les rodomontades des deux belligérants qui proclament leur victoire à usage interne. Mais la réalité est cruelle : Donald Trump n’a pas remporté le succès escompté ; il doit se contenter d’un processus de négociation qui ne lui permettra pas de faire guère mieux que Barack Obama en 2015.


Obsédé par son prédécesseur, Trump n’a eu de cesse de défaire ce qu’Obama avait fait : en déchirant l’accord avec l’Iran en 2018, il a sans doute commis une erreur historique. Huit ans après, il ne fait pas mieux, après une guerre qui apparait clairement inutile, destructrice en vies et qui a déstabilisé la région et le monde, et a révélé les limites de la puissance américaine et ses propres incohérences. Tout ça pour ça…


Le grand perdant est assurément Benyamin Netanyahou, auquel les Américains reprochent de les avoir entrainés dans cette guerre, et d’avoir tenté à deux reprises en bombardant Beyrouth, de saboter la négociation avec l’Iran à laquelle Donald Trump tenait. Le président américain a eu des mots cruels contre le premier ministre israélien, à quelques semaines des élections dans son pays. Son opposition parle déjà d’« un des échecs les plus consternants » de l’histoire d’Israël.

Le régime de Téhéran a survécu

Quant à l’Iran, on l’a dit plusieurs fois, pour le régime de Téhéran, le simple fait de survivre serait une victoire. Il a survécu malgré l’élimination de ses principaux dirigeants, dont le guide Ali Khamenei, et des semaines de bombardements intensifs. Il a mené une guerre asymétrique, avec le blocus du détroit d’Ormuz qui s’est révélé une arme redoutable en prenant en otage l’économie mondiale.


Le régime, désormais militarisé, sort de cette guerre avec un pays exsangue, mais qui s’apprête à voir se débloquer des dizaines de milliards de dollars, va pouvoir exporter son pétrole librement. Il s’engage à ne pas développer l’arme nucléaire, mais il l’avait déjà fait en 2015, et ça ne lui coûte rien dans une vision à long terme.


On l’a oublié, mais cette guerre se faisait aussi, initialement, au nom du peuple iranien, massacré en début d’année après un soulèvement. Il n’y a rien pour lui, ni dans la guerre, ni dans cet après-guerre au goût amer. Oui, tout ça pour ça.


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